Histoire-de-voyager : Entretien avec Sophie Roche

Publié le 27 Août 2014

Sophie cet été avec Tanimoto Senseï et Furukawa sensei (source : S.Roche)

Sophie cet été avec Tanimoto Senseï et Furukawa sensei (source : S.Roche)

J'ai découvert Sophie Roche grâce à Monfouga Senseï (ou plutôt, c'est Sophie Roche qui m'a découvert pour être plus exact en me contactant). Cette Aïkidokate de valeur, résidente à Kyoto, est également organisatrice de voyages incroyables pour les Aïkidokas dans cette région du Japon qu'elle commence à très bien connaître. Au départ, je pensais simplement parler justement de ces voyages et prendre un peu le pouls de la cité d'Okamoto Senseï mais notre correspondance autour de l'Aïkido s'est bien étoffée et je me suis rendu compte qu'elle pouvait facilement devenir un petit entretien détendu et sans prétention.

Je pense également qu'il est salutaire de parler et de mettre aussi en lumière des "simples" pratiquants très actifs (comme Guillaume, PatriceGeraldMarie, Nicolas  Yvan ou tant d'autres) qui mettent grandement en valeur notre discipline tous les jours par leurs recherches, leur engagement et parfois leur abnégation. Ils contribuent tous au même titre que nos professeurs à rendre vivante notre discipline et à la faire découvrir.

Mais trève de morale et sans plus attendre je vous invite à découvrir l'interview de la très humble et très drôle Sophie Roche et son site Histoire-de-voyager.com (si vous souhaitez allez à Kyoto et pratiquer maintenant, vous savez quoi faire :-) ):

[Ndlr : Et pour ceux qui n'arrivent pas à faire fonctionner le lien voici l'adresse complète du site du Sophie : http://www.histoire-de-voyager.com/en]

Aïki-kohaï : Bonjour Sophie

Sophie.Roche : Konnichiwa Pierre san !

Aïki-kohaï : Afin de débuter cet entretien de kohaï décontracté, je vais lancer la question classique (ndlr :il faut que je change de disque un jour). Quand as-tu débuté l'Aïkido ?

S.R : Le 2 décembre 2010, et depuis toute ma vie a progressivement super bien changée...

Je n'ai pas choisi de faire de l'Aikido en fait, j’ai été submergée de fascination dès que j'ai assisté à un cours. Je n'étais pas sportive, juste danseuse j'avais fait pas mal de Rock and Roll/Swing, Salsa et autres danses de salon, je me disais depuis longtemps avoir envie de tester un art martial mais je n'y connaissais pas grand chose et ne m'étais pas encore penchée sur le sujet. Ce jour là j'eus toutes mes réponses au même endroit au même instant.... !

Je n'ai pas choisi de continuer pour le self-defense, mais j'ai très vite compris que des choses se passaient en moi et que ces choses là ne seraient pas anodines et contribueraient à affiner mon équilibre tant physique que mental. 

Pour moi  l'Aikido n'est finalement (il n'y à pas de fin à l'Aikido mais je me comprends..) qu'une formidable école de la vie, que l'on étudie les uns avec les autres sur le tatami.

Aïki-kohaï : Qui a été ton premier enseignant ?

S.R : Le seul, disons le principal jusqu'à mon départ pour Kyoto est Michel Lapierre du KodokanParisXV (ndlr : où enseigne également Eléonore Lemaire). Mais j'ai aussi participé à plusieurs stages d'Arnaud Waltz (son sensei et lui-même élève de Christian.Tissier shihan), dont un stage chaque année lors d'une semaine d'Aikido complète dans le Jura. Le Kodokan, Michel Lapierre a été et sera toujours mon premier et super sensei, un excellent technicien. Je l’adore.

Aïki-kohaï : Est-ce à cette époque que tu as découvert l'Aïkido au Japon où est-ce venu plus tard?

S.R : L’idée de l’Aikido au Japon s’est présentée très naturellement au fil du temps parce que l’Aikido vous amène forcément vers le Japon, et la possibilité de m’y installer est née le jour où j’ai pris connaissance du Visa « Cultural activities ».  Je suis arrivée au Japon en septembre 2013, et ne suis retournée en France que pendant 3 mois jusqu'à aujourd'hui.

Bien sûr le Japon était déjà « en moi » depuis un certain temps avant..

J'ai visité Tokyo et Osaka bien sûr, la ville d'Obama au nord au bord de la mer du Japon, dans les montagnes ainsi que Matsuyama sur l'île de Shikoku, j'y retourne ce mois-ci.

Aïki-kohaï : Qu'est ce que l'Aïkido Japonais a pu apporter à ta pratique lorsque tu l'as découvert ?

S.R : Quand je l'ai découvert j'ai été complètement désorientée, surtout par le manque (à mes yeux bien sûr) de martialité comme on la qualifie en France. Il n'y a pas de notion d'atemi par exemple bien souvent, tu n'as pas trop à te soucier de quel poing ou genou puisse partir si tu es mal placé. A l'Aishinkan par exemple j'ai posé la question une fois, celui à qui j'ai demandé m'a répondu "pas besoin d'atemi si il y a un bon irimi". Je n'avais jamais vu cela comme ça. Je suis donc actuellement en grande observation, je questionne. J’ai très envie de savoir ce qu’est et comment est vécue la martialité ici, au pays des samurai, mais plus le temps passe et plus je sens que la question n'est peut être pas là…En tout cas, le japonais ne parlent pas de martialité : comparé aux français qui en parlent beaucoup !

Aïki-kohaï : Pourquoi Kyoto ? Dans toutes les destinations intéressantes qu'offre le Japon, pourquoi aimes-tu cette ville en particulier ? Que peut-on y trouver que les autres villes japonaises n'ont pas ?

S.R : Je n'ai pas visité toutes les destinations intéressantes, je prévois de le faire bien sûr. Mais ce choix je l'ai fait avant de partir, je ne sais pas pourquoi c'était Kyoto et pas autre chose.​ Même avant d'avoir eu vent de Yoko Okamoto sensei, ce qui a du coup appuyé ce choix.

Mais je me sens tellement chez moi dans cette ville, je ne sais pas pourquoi. Et j'aime à penser que peut être j'y suis déjà venue dans une vie antérieure ! Cette ville me fait vibrer !

 

TozandoShop à Kyoto (Sophie aime les bokuto^^)

 

Aïki-kohaï : As-tu pratiqué avec Okamoto Senseï (« la dame de Kyoto »)? Une anecdote à raconter concernant son enseignement ?

S.R : Oui ! au départ je suis venue chez elle par recommandation de Christian.Tissier car je ne connaissais qu'elle ici et son enseignement est bien entendu très proche de celui de mon club à Paris puisqu'elle a été l'élève de Christian Tissier pendant 4 ans. 

J'ai dû participer à une dizaine de cours dans son dojo, qui est au demeurant splendide il faut le savoir... Tout en bois, douche en bois etc... C’est un véritable écrin !

Et Yoko contrairement à ce que j'ai déjà entendu est très cool et rigolote, même si on sent bien qu'elle a aussi une âme de guerrière !

Aïki-kohaï : J'ai lu qu'Histoire-De-Voyager.com avait aussi des partenariats (avec notamment le dojo d'Ogawa Senseï que je ne connais que de nom et Irie senseï qui travaillent parfois ensemble si j'ai bien compris). Si tu n'avais que quelques mots pour parler de ces senseï, que dirais-tu ?

S.R : Hiroki Ogawa est mon sensei à Kyoto (du club Aishinkan) et je pratique dans son club depuis novembre 2013 à raison de 7h minimum/semaine.

C'est celui que j'ai choisi après en avoir testé 6 à Kyoto...Irie sensei fût le précédent, je pense que si je n'avais pas "trouvé" l'Aishinkan" je serai sûrement restée chez lui, mais je suis très heureuse dans ce club.

Je pratique néanmoins quelques fois chez Irie sensei, comme pour un cours d'armes de temps à autres etc.. Irie Sensei aime bien que je revienne et il voulait que je reste dans son club je pense. Il possède une grande sensibilité.

Je vais donc de temps à autre à Matsuyama pour pratiquer (logement sur place : en dormant sur le tatami) sous l'égide du fondateur de l'Aishinkan : Tanimoto sensei.

C’est lui qui a créé ce club en 1980, et le club dispose maintenant de 5 branches : 3 sur Shikoku, 1 à Kyoto et 1 en Italie, où je suis allée cette année.

 

Ogawa senseï et Tanimoto Senseï en action (source : Sophie Roche)

 

Aïki-kohaï : Je vois que tu as l’air heureuse du choix de ton professeur. Il est vrai que c’est très important pour apprendre dans de bonnes conditions. Dit m’en un peu plus sur Ogawa Senseï.

S.R : Ogawa sensei est une personne très timide en dehors du tatami (comme beaucoup de japonais), mais c'est un très bon technicien et il est aussi très humble. J'aime sa façon d'organiser le déroulement des cours. 

Il ne nous corrige pas en passant entre nous pendant que nous effectuons la technique demandée : il pratique aussi avec chacun de nous comme s'il était un élève !  Nous avons donc toujours droit à un cours particulier et cela très souvent, bien sûr il peut se le permettre car le club de Kyoto est jeune (créé en 2011) et nous ne sommes jamais 30 personnes sur le tatami..

J'aime sa façon de prendre en main un débutant qui arrive pour son tout premier cours : il va du coup rester tout le cours avec lui/elle. Et j'apprécie également le rythme d'un cours : en premier lieu nous travaillons les techniques demandées comme dans n'importe quel club, puis il y a toujours une séquence de pratique libre d'une trentaine de minutes environ où chacun fait ce qu'il veut avec qui il veut. J'aime aussi notre façon de travailler les techniques nécessitant de l'espace comme irimi nage ou kote gaeshi : on le fait alors sous forme de 2 ou 3 "ateliers", tori se met au milieu et les uke passent à la queue leu-leu. J’aime travailler une même technique avec un nouvel uke à chaque fois.

Aïki-kohaï : Le choix de ces senseï a t'il un rapport avec ta pratique personnelle et/ou ta recherche en tant que pratiquante ?

S.R : J'ai choisi l'Aishinkan parce que (comme  chez Yoko), c'est le seul club où j'ai trouvé un vrai sens du travail de uke... Ailleurs les attaques ou bien les saisies manquaient trop d'intention à mon goût. Je sais que c'est une autre façon d'apprendre car les sensei japonais ne "placent" peut-être pas les éléments d'apprentissage dans le même ordre qu'en France, je suppose.

C'est également le club où j'ai vu et senti le plus de travail de prise de centre, on travaille vraiment en fonction de/avec l'autre.

Il faut bien noter qu'au Japon chaque club/sensei possède ses propres codes, son propre style et techniques.

Et surtout, il est très rare de voir des échanges inter-clubs comme on aime à le faire en France ou ailleurs ! ! l

L'on m'a expliqué que les sensei (dans toutes les disciplines, arts traditionnels/do) aiment à garder leurs techniques et leur enseignement plutôt secrets. Il n'est d'ailleurs pas spécialement bien vu de pratiquer dans différents clubs/écoles.

Le point positif est que chaque école garde son style, sa signature.

Irie sensei et Ogawa sensei, eux, sont très pour le principe d'échanges inter-clubs, les élèves sont fascinés quand je leur raconte comment nous échangeons au sein des fédérations, ils nous envient.

Aïki-kohaï : Qu'est ce qui t'a donné envie de faire découvrir l'Aïkido japonais comme "agent de voyage", déformation pro ou idée originale ?

S.R : Idée géniale tu veux dire ! (rires)

Plus sérieusement : mon amour de l'Aikido et des voyages ! 

Je me suis dit que tout comme moi, chaque personne pratiquant un art martial a un jour le besoin et l'envie de découvrir comment se déroule l'enseignement dans le pays source, puisque aussi pour la plupart d'entre nous le besoin d'en savoir plus sur la culture japonaise devient à un moment donné complètement naturel.

Si le Japon vous parle déjà pas mal, le connaître de visu, vous amènera à en tomber amoureux et donc à en vouloir encore et encore toujours plus.... je vous aurai prévenus !

 

Stage d'été à Matsuyama (source : Sophie Roche)

Aïki-kohaï : Concrètement, le séjour est il accessible si l'on ne parle absolument pas un mot de Japonais ?

S.R : Absolument !​

Je suis partie en ne connaissant que quelques phrases. La passion ouvre toutes les portes. Combien sur cette terre pourrions-nous en citer ! Combien sont partis à l'étranger seuls et sans connaître la langue inhérente au pays, puis y sont restés. Ils sont des milliers !

J'avais entendu deux versions avant mon départ : 

1- "les japonais ne parlent du tout anglais"

2- " les japonais parlent anglais"

Les 2 sont vraies, mais je pencherai plus pour la première. Je rencontre des tas de japonais parlant anglais, exactement comme nous quand ils ont fait des études ils l'ont appris et ont un fort désir de s'ouvrir au reste du monde vu que le Japon ne l'est pas depuis si longtemps. 

Le truc c'est que souvent ils connaissent l'anglais mais à cause du "complexe du Gaijin" (l'étranger est plus beau, il parle forcément super bien anglais, c'est un super amant etc...). Les japonais ne vont pas oser de peur de faire des erreurs, de ne pas comprendre nos questions donc ne pas pouvoir répondre et donc perdre la face. Il suffit pourtant de les aborder calmement avec cœur, commencer par quelques mots en japonais en y plaçant quelques autres d'anglais et vous verrez : ils vous parleront en anglais !

Aïki-kohaï : Est-ce que tu accompagnes les "voyageurs pratiquants" sur le tatami là-bas ?

S.R : Je les accompagne si ils souhaitent pratiquer à L'Aishinkan bien sûr. Concernant les autres clubs je me charge de les introduire auprès des sensei et de les guider pour se rendre au dojo bien entendu !

 

Sophie vous amènera aussi découvrir le coeur traditionnel de Kyoto avec notamment  quelques surprises (Atsuko Chanoyu source : DeepKyoto/SR)

 

Aïki-kohaï : Est ce que les pratiquants s'adaptent facilement aux pratiques japonaises ? As-tu une anecdote à ce sujet ?

S.R : Oui ce n'est pas si tordu. Et puis les japonais sont toujours très attentionnés envers vous donc aucun risque ! Ils seront toujours là afin que vous ne vous retrouviez pas dans une situation embarrassante ou autre.

Une chose qui m'est arrivée il-y-a peu de temps alors que je pratiquais dans un autre club : le Budo-Center. J’étais invitée par un ami qui est inscrit dans deux clubs.

Au départ mon ami m'avait dit "viens d'abord pour mitori geiko (l'apprentissage par le regard) et la prochaine fois tu pourras participer, ok. Mais en fait on m'a vite fait attrapée et collée sur le tatami alors que je venais de faire 45 minutes de vélo par 33° à 9h du matin et que je pensais pouvoir me reposer en regardant tranquillement.

Bref ! A un moment donné je travaillais irimi nage avec un monsieur très gentil qui de plus parlait très bien le français. 

J'étais venue cependant en jean et chemisier d’un style un peu ample avec encolure arrondie (disons pas échancrée façon sexy ni remontant jusqu'au cou).

Tout se passait bien et à un moment donné le sensei arrive, montre et dit quelque chose à mon partenaire puis repart aussitôt. 

Je lui demande alors : "qu'a t'il dit ?"

Le monsieur sourit et m'explique : "il m'a demandé de faire attention et de ne pas mettre mes mains sur ta peau mais sur ton vêtement". Je suis restée coi !

Aïki-kohaï : J'ai vu que tu préparais quelques "surprises" à tes voyageurs lors de leur séjour ? Un petit indice ?

S.R : Sûrement des petits cadeaux sympathiques...Et en plus des découvertes ne figurant pas sur les programmes de séjours ... ! (ndlr : Sophie n’en dira pas plus)

 

 

 

 

[Ndlr : Et pour ceux qui n'arrivent pas à faire fonctionner le lien voici l'adresse complète du site du Sophie : http://www.histoire-de-voyager.com/en]

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Entretien

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Sitou 20/03/2016 17:18

Bonjour Sophie
Très admiratif de ton courage et surtout de ton ouverture d'esprit. ..En espérant te lire.
Fait attention à toi.
A bientôt
Richard