Partager la passion de l'Aïkido : Entretien avec Clément Martin

Publié le 9 Mai 2021

Clément Martin en action

Clément Martin en action

Au hasard de mes rencontres martiales, j'ai eu l'occasion de découvrir un jeune enseignant prometteur, ouvert, et dynamique : Clément Martin du Kishinkaï Aïkido. J'ai été immédiatement capté par ses propositions et favorablement impressionné par son niveau, sa pratique et son ouverture. Dans un univers martial où, la quête de soi ne s'accompagne plus très souvent par des aventures humaines, l'expatriation de Clément au Vietnam, dans un univers très éloigné de son école mère, est une prise de risque remarquable qui n'est pas sans rappeler les voyages rocambolesques de nos pionniers et de nos maîtres jusque dans les années 90.

En effet, transmettre l'Aïkido dans un microcosme acquis, où vos pairs sont déjà favorablement sensibles à vos propositions, n'est absolument pas la même chose que de sortir de sa zone de confort et se mettre en danger auprès d'un public qui ne possède pas vos codes. Nos échanges se sont déroulés dans l'optique d'obtenir un retour motivant sur l'expérience de Clément et j'ai effectivement été comblé. Répétons le : Il est important d'exposer qu'à l'heure du Covid 19 et des désillusions, il est toujours possible de se dépasser pour la passion qui est la nôtre.

Bravo à lui et bonne lecture !

 

 

Aïki-kohaï : Bonjour Clément. Peux-tu en quelques mots te présenter pour nos lecteurs ?

Clément : Bonjour Pierre, tout d’abord merci de m’avoir contacté pour cette interview ! Je m’appelle Clément, j’ai 30 ans, j’ai un Master en communication, j’ai travaillé dans la publicité, puis dans plusieurs maisons de disques. J’ai arrêté tout ça il y a 2 ans et j’ai décidé de partir voyager, pour découvrir autre chose. Aujourd’hui je vis à Hanoi, j’ai fondé une famille et ouvert un dojo !

Aïki-kohaï : Abordons ensemble tes débuts en Aïkido.  Quand as-tu débuté et pourquoi avoir orienté ton parcours martial vers l'Aïkido ?

Clément : J’ai toujours été fasciné par le combat, les armes, la guerre. Je jouais dans les bois avec mon frère et des copains, on n'avait même pas 10 ans, on se taillait arcs, flèches, sabres avec des arbres et on jouait toute la journée. Il y avait du combat bien sûr, des rires, des larmes parfois, mais que des bons souvenirs…

Après le bac, en entrant en école de commerce, j’ai commencé à m'entraîner avec un ami dans les parcs de Paris. On regardait des vidéos, on achetait des bouquins et on essayait les techniques, les points vitaux, pour voir si ça marchait bien. C’était fun, il y avait beaucoup de freestyle, mais question productivité c’était limité. Il est parti étudier à l’étranger et je me suis retrouvé tout seul à Paris, avec une grosse envie d’aller plus loin. J’ai regardé sur le net et je suis tombé sur le blog de Léo. Il avait du style, le discours était pertinent, logique et à contre-courant, il y avait des armes et les pratiquants avaient l’air jeunes, comme moi. Ça aurait pu être judo, krav maga ou systema, j’ai fait mon premier pas dans l'aïkido à cause du personnage.

Je me présente donc à son dojo à Alésia, mais les horaires ne correspondent pas à mon emploi du temps. Du coup je me retrouve avec un autre professeur d'aïkido, c’était une pratique dure, et ça m’a pas trop plu. Et puis j’ai vu que le frère de Léo, Isseï, donnait ses cours à Herblay, pas (trop) loin de chez mes parents. Il avait le même nom, et je venais de m’acheter ma première voiture ; j’y étais le lendemain pour le cours du soir. C’était il y a 10 ans. Je suis retourné autant que j’ai pu chez Isseï. Je l’ai suivi en stage en France et en Europe, j’ai appris énormément, il m’a transmis la passion pour l'aïkido, le relâchement, la ligne, le geste pur. Et puis petit à petit j’ai rencontré tout le groupe du Kishinkai, les autres professeurs, les maîtres que Léo fait venir du Japon, les élèves lors des stages..

Aïki-kohaï : As-tu pratiqué d'autres disciplines avant l'Aïkido ?

Clément : Natation, Rugby, Athlétisme, Tennis, j’ai joué beaucoup de musique, mais pas d’autre discipline martiale.

Aïki-kohaï : Peux-tu nous parler de ta rencontre avec Léo Tamaki ? Pour avoir choisi le Kishinkai plutôt que d'autres écoles ?

Clément : À mon premier cours avec Léo, on a commencé par 30 minutes de suwari waza, ça m’a calmé... Je me souviens qu’il y avait beaucoup d’intensité entre les élèves à ce cours, ça se mesurait pas mal les uns aux autres. J’ai trouvé ça un peu inconfortable. En plus, je portais un hakama pour la première fois, donc c’était assez pénible, il fallait que je le remette tout le temps…

Ça a été ma première rencontre avec Léo. Ensuite je l’ai revu en stage très rapidement, et j’ai commencé à passer de temps en temps à ses cours à Paris en plus de ceux de Isseï. J’ai toujours été impressionné par sa qualité d’enseignant ; les explications sont très claires, le déroulement du cours est bien rythmé, c’est agréable. Après 4 ans, j’ai dû déménager sur Paris même et je n’ai plus eu la possibilité d’aller aux cours d’Isseï à Herblay, je me suis donc inscrit à ceux de Léo.

 

 

Aïki-kohaï : Avais-tu déjà l'envie de te tourner vers l'enseignement ? Ou est-ce plus tardif ?

Clément : Je suis tombé amoureux de cette discipline, et plus j’ai pratiqué, plus je suis devenu addict. L’idée d’enseigner m’est donc naturellement venue plusieurs fois à l’esprit. Mais avec mes boulots, c’était compliqué de dégager du temps le soir pour commencer, ou alors il aurait fallu tout arrêter et me consacrer entierement à l’aikido, mais je n’étais pas prêt. Aujourd’hui j’ai franchi le pas, et je me consacre entièrement à la pratique, la recherche martiale, et l’enseignement. C’est génial, j’adore ça !

Aïki-kohaï : Comment t'es-tu retrouvé à Hanoï ? Est-ce le hasard ? Des contraintes professionnelles ?

Clément : J’ai quitté mon job en maison de disques et je suis parti pour visiter le Vietnam avec des copains pendant 1 mois, et rendre visite à cet ami avec qui je m’entrainais à Paris au tout début, et qui vit à Hanoi. Je m’y suis super bien senti dès le début. Je suis rentré en France, et 1 mois plus tard, j’y retournais, avec un billet d’avion en aller simple, tout excité par la découverte d’un nouveau pays.

Aïki-kohaï : Le projet d'ouvrir un Dojo là-bas était-il prépondérant au départ ?

Clément : Quand je suis reparti à Hanoi, j’ai pris les choses de valeur pour moi: une guitare, mes couteaux de cuisine, quelques fringues et une tenue d’aikido. Je ne savais pas du tout ce que j’allais faire là-bas. Après réflexion, il s’est avéré que l’aikido est la seule chose que je peux faire tous les jours sans me lasser. J’ai donc décidé d’ouvrir un dojo sur place et de partager cette passion à mon tour.

Aïki-kohaï : As-tu rencontré des difficultés là-bas pour ton projet ?

Clément : Pas de difficulté particulière pour l’ouverture du dojo en soi. Par contre, disons que le Covid est tombé au mauvais moment ; j’ai été contraint de fermer le dojo 2 semaines après son ouverture, puis 3 fois encore depuis... Mais bon les élèves reviennent, et les rangs grossissent, petit à petit. Aujourd’hui 1 an après l’ouverture, le dojo est à l’équilibre, donc c’est déjà un beau succès pour moi !

Aïki-kohaï : As-tu des enseignants de référence ? Ou des professeurs qui t'inspirent déjà que tu souhaites rencontrer dans le futur ?

 

 

Clément : Mes professeurs de références sont ceux avec qui j’ai le plus pratiqué ; Isseï et Léo Tamaki, puis viennent les autres professeurs du Kishinkai. Ils apportent chacun à leur façon des clés différentes. Tour à tour, ils éclairent, inspirent, challengent. Pour moi les principes intrinsèques à la pratique du Kishinkai représentent suffisamment de profondeur pour travailler. J’ai rencontré des grands maîtres comme Kuroda ou Hino, et ce fut à chaque fois une expérience unique, repoussant l’horizon du possible. J'aimerai beaucoup rencontrer d’autres maîtres comme maître Hatsumi, ou Otake.

Aïki-kohaï : Parviens-tu à rester élève dans le contexte actuel où il est difficile de voyager ?

Clément : Malheureusement non, je ne peux pas suivre de cours pour le moment. Mais mes Léo et Isseï prennent toujours le temps de répondre à mes questions, j’échange des vidéos avec eux quand j’ai un doute sur un mouvement, on s’appelle, ça ne remplace pas la pratique mais c’est déjà beaucoup !

Aïki-kohaï : Quelle est ta routine actuelle ? Comment vit-on le confinement à Hanoi et la pratique martiale ?

Clément :  Pour ma pratique personnelle : le matin au réveil je travaille les techniques d'aïkido en solo (uke et tori) sur une thématique que je fait varier chaque jour pour garder du plaisir (Ushiro, slow motion, taninzukage, côté gauche uniquement... la liste est longue en cherchant un peu), je jongle avec des exercices de mobilité, de relâchement, de centrage, je travaille mes attaques : coups de pieds, poings, frappes et coupes. Ensuite je travaille une arme au choix (tanto, bokken, iaito, jo, bo, naginata court ou long, ou lance) pendant une autre heure.  Je vais commencer l’archerie orientale/asiatique également. En début d'après-midi je fais 30 minutes de yoga, suivi de 15 minutes de méditation. Je me suis remis à la musculation doucement, donc je vais à la salle de gym, 2 fois 1h30 par semaine ; ça fait du bien ! Et je vais courir 10km ou nager le dimanche, ça dépend. Et puis je donne mes cours d’aikido dans 2 dojos, entre cours privés, enfants et adultes ça me fait 14h de cours par semaine. Mais l'entraînement personnel et l’enseignement sont 2 pratiques bien distinctes.

Aïki-kohaï : On te voit souvent utiliser les armes lors de ta pratique au dojo. Est-ce prépondérant pour toi ? Accessoire ? Complémentaire ?

Clément : C’est une des raisons pour lesquelles j’ai accroché avec l’aikido au début. Pour moi c’est essentiel, ça me permet de voir la pratique à main nues sous un nouvel angle à chaque fois que je travaille avec une arme, de travailler différents rythmes, différentes distances. Par exemple avec les armes longues (et lourdes) j’ai compris comment rester léger, et ne pas forcer le mouvement de l’arme, et descendre dans les jambes.. Sinon de toute façon au bout de 5 minutes tu es cuit ! Avec le iai je travaille beaucoup sur la lecture d’intention, dans le travail à 2.

L’aikido n’est pas très répandu ici, donc quand je suis arrivé au Vietnam, je n’avais qu’un seul élève avec qui pratiquer, alors forcément on en arrive vite aux armes.. Et puis c’est fun, il faut le dire !

Aïki-kohaï :  Quelles sont tes aspirations et projets pour les prochaines années sur le tapis ?

Clément :  Retourner pratiquer avec les membres du Kishinkai lors de longs stages, continuer à apprendre. J’aimerais aussi beaucoup organiser une retraite de plusieurs jours pas loin de Hanoi ; 6h d’aikido par jour, trek et bain à la cascade, dortoir en maison traditionnelle sur pilotis et pratique aux armes dans la jungle ! J’aimerai aussi aller au Japon faire une semaine intense de Karaté à la JKA, ou faire le Master tour avec Léo par exemple. Ou les deux.

 

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Entretien, #Pratique de l'Aïkido

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article