Quand la grève SNCF ouvre des perspectives martiales

Publié le 16 Juin 2014

Adrien Raymond (Judoka émérite, source : athletes.sncf.com)

Adrien Raymond (Judoka émérite, source : athletes.sncf.com)

Pendant qu'Adrien Raymond (que je salue), grâce au dispositif Athlètes SNCF, bénéficie d'horaires de travail aménagés pour s'entrainer, je dois m'aménager moi même des horaires d'entrainement à domicile ou en plein air (et oui, plus de trains donc adieu Paris!).

Car même si l'entrainement dans mon dojo local me permet tout de même de travailler deux fois par semaine, je dois dire que cela demeurait insuffisant à mes yeux (j'ai plutôt l'habitude de trois à quatre sessions semaine) et j'ai dû soudain me pencher sur une toute nouvelle réflexion de kohai idiot que je voulais évidemment partager avec vous : est il effectivement possible et utile de s'entrainer seul pour compléter sa pratique martiale ?

L'entrainement martial en solo peut il demeurer productif même si l'on a pas de montagnes et de grottes japonaises à profusion dans la banlieue Parisienne ?

Cherchant de nouvelles solutions pour répondre à ces énigmes, c'est vers les écrits de quelques maîtres que je me suis penché afin de trouver des réponses et rassurons nous, elles existent (pour ceux qui en doutaient). De nombreux aspects de notre entrainement martial peuvent évidemment se développer en solitaire. En voici quelques morceaux choisis :

-La préparation physique : Première idée du Kohaï moyen : faire des pompes, des abdos, de la muscu, du rameur ou même dujogging afin de développer sa musculature et son cardio. Idées stupides ? Evidemment non ! Mais attention toutefois à ne pas en faire trop. Nous ne sommes pas là pour devenir Schwarzeneger mais bien pour compléter notre pratique martiale. Et acquérir trop de masse musculaire au détriment de la souplesse pourrait même s'avérer problématique.

Comme le mentionne Kisshomaru Ueshiba (L'art de l'Aïkido p.104) "S'il est une chose qui doit être évitée en Aïkido ce sont les méthodes d'entrainements et les techniques qui visent exclusivement à développer la force musculaire. Lorsque le véritable sens de la "puissance" en aïkido n'est pas compris, cela ne fera aucune différence même si le pratiquant possède la force de cent hommes. En Aïkido, pour développer de la puissance il faut relâcher le cou, les épaules et le haut du corps et concentrer son ki dans le seika tanden [....] Si la force se place dans une partie spécifique du corps, elle est comme l'eau qui stagne, elle perturbe le mouvement dans sa continuité".

En revanche préparation physique peut signifier souplesse et étirements. Moriteru Ueshiba (Progression Aïkikaï, p.191) indique "En Aïkido il existe de nombreuses techniques qui visent à contrôler et à immobiliser les articulations. Avant l'entrainement proprement dit, il est nécessaire d'étirer les articulations." De plus, ces exercices d'échauffements nous apprennent à appliquer correctement les contrôles utilisés pendant la pratique (échauffement du Kote-gaeshi, Kote Mawashi etc...). Il est donc très sain et très utile de pratiquer seul des séances d'échauffements et/ou d'étirements qui peuvent se faire sans risque et aider à nous préparer à retourner sur les tatamis.

-les déplacements (Irimi et Sabaki, Ki no Henka, Kokyû No Tenkan Hô) Même si nous ne sommes pas forcément corrigés in vivo par nos senseïs, il peut être relativement simple de s'entrainer seul aux déplacements et autres éducatifs de déplacements. Un seul bémol toutefois, mieux vaut bien les connaître et/ou les pratiquer avec votre enseignant régulièrement pour être sur de les reproduire correctement chez vous et d'en retirer tous les bienfaits.

Moriteru Ueshiba (Progression Aïkikaï, p.18) rappelle notamment qu'"Irimi et Sabaki sont les deux piliers de l'Aïkido" mais il existe de nombreux éducatifs de déplacements à réaliser seul (ou à deux) sur les articulations tels que Hiriki No Yosei Ichi, Hiriki No Yosei Ni, Tai No Henko Ichi et Tai No Henko Ni ainsi que Shumatsu Dosa Ichi et Shumatsu Dosa Ni (cf.Total Aikido : The Master Course de Gozo Shioda p.32 à 42). Je pense également aux éducatifs individuels en tachi-waza (Irimi nage Tenkan, Shihô nage shihô-Giri Tenkan) et même en buki waza si vous disposez d'un bokuto et d'un peu de place (Shihô nage shihô-Giri Tenkan par exemple).

-la pratique à genoux (seiza, shikko etc...) : Un peu plus compliqué si vous ne disposez que de surfaces très dures, il est tout de même possible de les pratiquer en ayant toutefois à l'esprit qu'il faut absolument passer par la correction préalable d'un enseignant. Ne vous lancez surtout pas dans la pratique a genoux à domicile si vous ne gérez pas votre sécurité articulaire car vous auriez alors plus d'inconvénients que de bénéfices et là n'est pas le but de votre préparation. Alternez également ces exercices avec des séquences d'étirements et échauffez vous bien.

Moriteru Ueshiba (Progression Aïkikaï, p.39) conseille concernant le Shikko proprement dit ces quelques indications :"Le shikko, "marche à genoux" est utilisé en Aïkido pour exécuter les différentes techniques à genoux et il peut être considéré comme l'un de ses aspects les plus importants. Déplacez vous sur vos orteils, pour avancer ou reculer, ou pour pivoter, sans altérer votre posture. Maintenez l'équilibre entre les hanches et les genoux, gardez les mains et le haut du corps droit et conservez en permanence une posture correcte".

-les suburis : Exercices en solitaire emblématiques, ils consistent à faire des coupes de sabre dans le vide. En dehors d'un peu d'espace et d'un bokuto (bokken : le sabre de bois, à noter que le suburi peut aussi se pratiquer avec d'autres armes) vous n'avez pas besoin de grand chose non plus. Les suburis sont très utiles s'ils sont correctement pratiqués. Evitez toutefois les suburitos et autres rames de bateau à la lourdeur imposante et qui causent souvent des difficultés et douleurs articulaires sur le long terme. De même évitez les trop longues séries de coupe et favorisez l'ampleur et la justesse plutôt que 1000 suburis mal faits de façon répétitive. Il est assez simple de prime abord de répéter les sept suburis très connus de Morihiro Saito senseï (ils sont décrits dans la série Takemusu en six volumes mais dénichables sur le net et/ou en vidéos) mais en réalité l'aide préalable de votre enseignant pour les réaliser correctement peut s'avérer indispensable. N'hésitez pas à demander conseil. Sachez enfin qu'il existe également bon nombre de suburis (je pense notamment au buki-waza du cercle Tissier et de l'école de Palmier Shihan) et de katas d'autres écoles de Kenjutsu (que vos senseïs connaissent peut être et pas nous, bande d'ignares que nous sommes) avec un bénéfice tout aussi intéressant. Soyons ouverts et curieux.

Saito Senseï précise notamment sur la pratique des armes (dans une interview très connue de 1999 par Franziska Roller et Miles Kessler, traduction de Stéphane Richard) : "Tous les éléments de la pratique forment un tout, une intégralité. C'est pourquoi, en aikido, même les principes du sabre sont formateurs. Tous les mouvements des techniques de corps à corps comme les mouvements des techniques d'armes sont tout à fait semblables. C'est pourquoi les techniques d'armes sont absolument indispensables à l'aikido. Elle en sont un élément à part entière."

-La méditation :(Seiza Naikan etc...) Vous me direz immédiatement : Qu'est ce la méditation fout dans un article sur l'entrainement ? Et bien détrompez vous là encore. Polir son mental est tout aussi important que d'affuter ses capacités physiques et méditer peut s'avérer un outil très utile. Je ne suis évidemment pas un expert en la matière (et je m'endors régulièrement en m'y essayant) mais je reconnais que cela peut avoir un puissant bénéfice (et notamment sur votre capacité à vous asseoir en seiza plus longtemps et à contrôler votre concentration). Là encore, il est souvent nécessaire d'avoir l'avis et les conseils d'un enseignant compétent.

Sur ce point le second Doshu précise (L'art de l'Aikido, p.33) d'ailleurs :"lorsqu'un homme est assis tranquillement, le corps enraciné dans le sol comme un arbre, il a fait le premier pas pour s'unir au ciel et à la terre. Regardez au plus profond de vous et découvrez la vérité dans toute sa dureté. Pratiquez la méditation assise pour percer les mystères du ciel et de la terre.". Je suppose que c'est à méditer XD.

-les jeux de cartes : Non je ne suis pas en train de perdre la raison à m'entrainer chez moi, il existe bel et bien une série de jeux de cartes sur l'Aïkido nommé Aïkido KRD permettant de jouer, d'apprendre et de reconnaitre à la fois le nom des techniques, des postures et les attaques.

Très pratique, à emporter partout, tout à fait instructif pour terminer votre séance de suburis, il en existe d'ailleurs trois jeux différents (Tori, Uke et Kamae). A noter que ces jeux sont développés par l'équipe Budo KRD qui précise par ailleurs sur son site de façon très sympa : " Nous souhaitons faire partager notre passion pour que chacun, audelà de son appartenance à tel ou tel courant de l'aïkido, éprouve joie et bonheur dans sa pratique." Partisan profond de l'Aïkido de la joie, je ne saurais donc que vous les recommander pour vous entrainer à la maison plutôt que de tenter un shomen uchi sur votre chat ou pire, votre chien d'attaque pourtant très gentil.

En conclusion : pas besoin de m'engager obligatoirement à la SNCF pour pouvoir compléter ma pratique lorsque le chemin du Dojo devient compliqué. Il suffit d'un peu d'huile de coudes, de recherches, d'imagination et de motivation martiale. Ne devrait on pas dire : "ce qui est retardé en raison d'un mouvement social nous rend plus fort ?".

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Actualités-Nouveautés

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