Retour vers l'intention : Compte rendu de stage avec Bruno Zanotti le 16 janvier 2022

Publié le 17 Janvier 2022

La photo de famille (crédits : Aïkido Millennials)

La photo de famille (crédits : Aïkido Millennials)

Il y a des compte-rendus qu'on attend sur le blog Aïki-kohaï et d'autres qu'on attend pas. Des ellipses de vie martiale qu'on laisse passer pour revenir au moment propice tandis que d'autres préfèrent mettre en avant les instants d'acharnement.

Entre mars 2020 et janvier 2022, je n'ai cessé d'essayer de retourner en stage sans pouvoir y parvenir de façon satisfaisante. J'ai bien sur pu reprendre pendant l'été 2021, en catimini, mais j'étais incapable d'en tirer autre chose que de la satisfaction de pouvoir toucher à mon gi, mon ken et n'importe quel tapis qui voulait bien de moi.

Je ne suis pas naïf, je dois me battre pour rester au niveau pendant ces deux saisons de l'enfer où j'ai mis une grande partie de mes projets martiaux à l'arrêt comme nous tous. J'ai également compris, alors que j'étais prêt pour un shodan mérité été 2020 qui m'a été subtilisé par le SRAS-COV 2, il allait falloir sérieusement reprendre les fondamentaux en 2022 pour retrouver non pas la technique mais un corps et un esprit martial.

C'est dans cet état que je suis apparu sur le tapis de Bruno Zanotti shihan. Nous nous étions déjà vus et pendant une heure nous avions souffert en suwari waza. Dans la mesure où c'est ma principale faiblesse, je me suis dit que l'instant était approprié.

En 2019, lors de mon premier compte-rendu, je m'étais juré d'être moins mauvais la prochaine fois que nous nous recroisions. J'ai tenu parole.

Je voulais tant me montrer à la hauteur de cet enseignant sans concession qu'on aime ou qu'on aime pas, certes, mais qu'on respecte toujours pour sa ténacité, sa rigueur et sa puissance. J'ai déjà parlé de Bruno dans ces colonnes et c'est l'occasion pour moi de redire à quel point son curriculum est tout d'abord intéressant à découvrir pour les nouveaux pratiquants.

Bruno n'est pas qu'un shihan d'Aïkido. C'est un élève de Seigo Yamaguchi sensei. Comme Christian Tissier, comme Bernard Palmier. Comme Philippe Gouttard.  C'est un parcours de 17 ans au Japon qui va devenir ensuite un chemin vers la professionnalisation. C'est un homme qui a l'âge de mon père et qui est plus souple, plus dur, plus affuté, et incroyablement plus rigoureux que je ne le serais jamais.

Au delà des propositions de ce stage, s'il y a bien quelque chose à retenir tout d'abord de Bruno Zanotti, c'est bien cette incroyable abnégation. Cette pugnacité. C'est cette façon qu'il a de nous amener à nous dire "est-ce possible pour moi ?" alors que fait par lui l'exemple est simple et limpide. Est-ce les bêtises de Cambrai qui lui donne cette énergie incroyable ? Cette douce densité ? Cela reste à voir mais je n'ai pas encore trouvé la réponse.

 

La Souplesse (ou pas)

 

Retour vers la sortie :

Le stage débutait sur des propositions très simples. Mobiliser la souplesse de son partenaire, apprendre à sortir autour de lui de sa ligne d'attaque. Le contrôler. Le projeter ou lui enlever son arme pour le couper avec. "En Aïkido on ne tue pas, on blesse" plaisantait Bruno pour nous rappeler à la fois l'importance du réalisme mais aussi du musubi.  Différentes techniques permettaient justement de nous roder à examiner cette ligne d'attaque du jour, à la jauger, en entrainer le partenaire autour, à lui donner du sens. Au départ, nous avons pu débuter par des saisies ryote dori puis une grande variété de techniques sur des attaques shomen qui pouvaient se terminer par irimi nage, shiho nage ou d'autres propositions.

J'ai le souvenir d'avoir retrouvé petit à petit ma mobilité ainsi que mes sensations. Comme si mon corps attendait cette intensité pour, peu à peu, se remettre en route. Après avoir été assoupli par un Arthur Frattini très en forme, je me suis tourné vers mes camarades du Club de Chelles mais aussi vers tous les gradés un peu acharné que je voyais.

J'ai compris une phrase très simple que j'entends régulièrement dans la bouche de mes professeurs : "En stage, précipite toi en premier vers le uke du sensei puis ensuite vers le fond du dojo, là où les gradés n'ont aucune intention de se reposer". C'est dans le cœur palpitant du stage que je suis allé chercher l'intensité que proposait Bruno Zanotti et je n'ai pas été déçu.

C'est là que j'ai compris la différence entre notre première rencontre où j'étais resté sous le choc et cette rencontre ci où j'ai cherché le choc.

 

Immobilité dans le mouvement

 

Les armes de Bruno Zanotti :

Comme lors de sa visite en 2019, Bruno Zanotti est venu me faire sentir ce qu'il entendait par entrainer le partenaire. Anecdote intéressante, je l'ai trouvé plus avare en parole qu'à notre première fois et étrangement plus doux pour un homme de sa réputation de déménageur normanno-picard. 

J'ai beaucoup apprécié ses propositions avec un bokuto. Principalement ces techniques assez fines ou uke intervient sur l'extérieur suite à une frappe shomen, puis dans un faux iji-kime-osae où le bras de tori n'est pas enfermé, se fait désarmer. Mention spéciale à ce kote gaeshi qui retournait également le sabre du partenaire sur lui même que j'avais déjà pu expérimenter avec un tanto mais que j'ai trouvé beaucoup plus fin et délicat dans les propositions de Bruno.

Cette sensation était d'ailleurs étrange car nous l'avons également expérimenter à mains nues en fermant le poing et elle changeait complètement de visage.

J'ai également aimé cette technique où tori, armé du ken, se fait saisir par uke à deux mains tandis qu'il le mobilise pour réaliser un shihonage qui permet d'expérimenter la signification profonde de shiho nage et la finalisation de la coupe. Cela m'a remémoré ces très longues séances de shiho giri avec l'inoubliable Hiroshi Tada sensei et ses explications très complexes.

Je n'avais pas souvenir d'avoir expérimenté autant de kenjutsu avec Bruno Zanotti et je l'ai trouvé particulièrement concret. Je ne suis pas sur de la façon dont il considère les armes dans son enseignement mais, pour ce stage, l'approche du buki-waza était complémentaire de la pratique à mains nues et une approche servait parfaitement l'autre. 

Lors de cette dernière partie du stage, j'ai pu enfin travailler avec des élèves de Bruno, des élèves d'Arthur, des élèves de Patrick Belvaux de Nogent, mais aussi le rude gaillard Sébastien Heurteau de Neuilly sur Marne. J'ai également été ravi de terminer la pratique avec mes compagnons de Chelles ainsi qu'avec ma tumultueuse camarade Yeza Lucas que beaucoup désormais connaissent avec Aïkido Millennials.

J'ai eu l'impression de redémarrer la "machine à stage" que j'ai été et que vous connaissez mais le moteur peine encore à se remettre en route. Le chemin vers la ceinture noire est particulièrement long pour moi pour les raisons que vous connaissez et mes difficultés personnelles.

Bruno Zanotti était donc la bouffée d'air qu'il me manquait en cette saison froide. Je le remercie pour sa disponibilité, sa gentillesse et sa précision. C'est cette chaleur qui m'attendait au cœur de l'hiver pour que le creuset soit d'un rouge bien vif. Avec sa soixantaine de participants, l'événement m'a redonné confiance en mes capacités et en la capacité de nous rassembler aussi. J'ai été rassuré de sentir que le budoka en moi n'était pas au rabais et juste un peu assoupi mais pas plus que beaucoup d'autres. Et évidemment, vous connaissez l'adage de Franck Herbert "le dormeur doit se réveiller".

Gageons que mes camarades vont s'en charger pour moi. C'est cette dynamique d'entrainement que je vous souhaite tous pour l'année 2022.

 

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Actualités-Nouveautés, #Compte-rendu, #Pratique de l'Aïkido

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