Aïkido : Les chiffres dramatiques de la région Ile de France

Publié le 15 Février 2021

Il était (lui aussi) insubmersible à la base.

Il était (lui aussi) insubmersible à la base.

Il y a quelques semaines, je tirais (une fois de plus) la sonnette d'alarme sur le contexte actuel extrêmement difficile pour notre discipline et ses consœurs. Dans ce "manifeste" vous précisant pourquoi il est nécessaire de s'engager dès maintenant pour la revitalisation de l'Aïkido, je vous précisais que nous sommes arrivés à un point où il devient primordial de confronter à la réalité ceux qui refusent de la voir (ou même trouvent que l'entre-soi est un excellente nouvelle).

J'ai reçu à la suite de cet article de nombreuses réactions et j'en suis heureux. Certains me demandaient des précisions sur mes visions "alarmistes". D'autres tentaient de me réconforter d'une façon très émouvante sur le fait qu'ils agissent déjà et sont engagés à 100%. Quelques uns... se contentèrent d'avancer dans une sorte de réalité parallèle où les bilans actuels sont positifs et où leurs actions directes depuis des années sont nécessairement déconnectées des résultats actuels.

A ceux là je souhaitais apporter quelques précisions très détaillées car, avec quelques comparses dont mon ami Emmanuel, nous étudions profondément l'ensemble des données statistiques et ministérielles depuis 2017. Nous en tirons des analyses sérieuses et pas des suppositions.

Vous trouverez sur ces liens les chiffres pour 2017, 2018 et surtout 2019. Certaines de ces analyses sont parues dans feu Dragon Magazine devenu Self et Dragon et sont saluées pour leur sérieux par la plupart des acteurs des arts martiaux (toutes fédérations confondues mais également hors groupes).

Vous aurez l'occasion de croiser ces données à loisir car elles sont tirées des données ministérielles et sont donc publiques. Le contradictoire n'a jamais été un problème et nous n'avons pas de crainte sur l'interprétation limpide de ces données. Les comparaisons liées à la pyramide des âges sont aussi disponibles pour ceux qui le souhaitent ainsi que la répartition par exemple, entre les licences féminines et masculines par âge (hors ATP) par fédération.

 

Premier rappel : Les chiffres des licenciés sont en chute libre depuis la dernière Olympiade. Cette tendance déjà confirmée depuis les deux Olympiades précédentes s'est accentuée au niveau national. Au niveau national, entre 2016 et 2019, nous enregistrons par exemple une perte de 12% de licenciés pour la FFAAA (13% pour la FFAB).

Il est intéressant de noter que cela correspond à -3252 licenciés au niveau national pour la FFAAA (et -3574 au niveau national pour la FFAB). Sur cette perte globale, précisons à titre subséquent que 867 licenciés de moins sont comptabilisés en Ile de France pour la FFAAA (et 828 pour la FFAB).

Ainsi l'Ile de France perd 26% des effectifs nationaux de la FFAAA à elle-seule...

 

Quelques rappels sont également vitaux et principalement dans la région Ile de France (ou tout est censé bien aller et où les bilans sont positifs) qui rassemble pourtant l'un des plus grands "viviers" de clubs fédéraux au delà des pratiquants. Là, encore, les chiffres catastrophiques se concentrent et pas uniquement sur le nombre de licences.

Au niveau de la région Ile de France, nous enregistrons une perte de 9% des clubs pour la FFAAA (et 6% à la FFAB). Précisons qu'au niveau national ce sont 2% de clubs en moins pour la FFAAA (et 7% en moins au niveau national pour la FFAB).

La encore, les chiffres sont donc nettement plus mauvais dans cette région qu'ailleurs. On peut également se poser la question de l'état de ces chiffres en 2020 (ceux-ci sont encore en cours de récupération par le ministère) mais les premières estimations globales (toutes disciplines olympiques confondues suite à l'enquête du CNOSF) tablaient déjà sur une perte sèche d'1,6 Million de licenciés.

 

 

Gageons que les tendances régionales vont largement s'accentuer pour les deux prochains exercices quels que soient les programmes et les personnes. Il n'est pas nécessaire d'être devin pour établir des modèles statistiques pour les clubs qui sont  globalement nettement plus mauvais suite à la crise du Covid et, je le répète, ces modèles ne sont pas uniquement dû à ce contexte particulier car les tendances ne sont pas inversées depuis plus de 10 ans maintenant.

Les projections étant pessimistes, il va sans dire que je ne vous invite pas à continuer de croire que tout va parfaitement bien et que les fonctionnements actuels (ainsi que les équipes en place) sont prêtes à un programme de reprise post-covid pour sauver la situation. Il ne suffit pas d'avoir des connaissances règlementaires (quand bien même ces connaissances seraient pointues, des milliers de spécialistes du droit en sont capables car c'est leur métier), il ne suffit pas de réunir des groupes déjà opérationnels parce que déjà en place depuis 5 à 10 ans pour répéter le même exercice de gestion d'équilibriste en état d'ébriété.

Comme pour d'autres fédérations (et de façon générale parce que le modèle fédéral est d'ailleurs actuellement discuté dans l'hémicycle en mars 2021 dans le cadre de la démocratisation de la vie fédérale et des projets de lois sur le sujet), il est nécessaire de repenser l'ensemble.

Au niveau national, cette réflexion est déjà engagée et je souscris quelques changements apportés depuis peu dans un esprit de plus grande ouverture. Au niveau local, car je suis persuadé que c'est là le fond du problème, nous devons mobiliser de nouvelles forces vives de toute urgence.

Avec des idées neuves. Avec une gestion moderne. Avec l'envie d'aller au delà des frontières connues de nos fédérations. Avec la volonté de professionnaliser les jeunes, de s'attacher à l'excellence plutôt qu'à la bureaucratie et aux petits jeux politiques.

 

 

Non, tout ne va pas bien en Ile de France mais il ne tient qu'aux pratiquants au-delà de la sempiternelle base des inféodés et des attentistes, de venir faire entendre leurs voix. Des solutions existent. Elles commencent par proposer des choses nouvelles et de sortir des déclarations d'intentions.

Mais ne vous trompez pas de combat. C'est l'Aïkido dans son ensemble qui doit organiser, proposer, se réinventer à tous les niveaux et pas uniquement dans les petites frontières des fédérations françaises qui ne sont que la pointe visible d'un iceberg vers lequel le destin de la discipline avance inexorablement.

Aïkido : Les chiffres dramatiques de la région Ile de France

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Actualités-Nouveautés, #Pratique de l'Aïkido

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