L’intérêt des démonstrations en Aïkido

Publié le 28 Septembre 2019

Hélène Doué lors de la NAMT 2019 (Photo / Aïki-kohaï)

Hélène Doué lors de la NAMT 2019 (Photo / Aïki-kohaï)

Le principe de démonstration de l’art de Moriheï Ueshiba existe depuis une époque antérieure à la date de naissance officielle de l’Aïkido (1942). Dès 1935, alors que le fondateur évite la sévère répression gouvernementale des partisans de l’Omoto Kyo grâce à ses contacts dans l’armée, il propose une célèbre démonstration, filmée au journal Asahi à Osaka (où Moriheï va œuvrer en tant que professeur de Daito Ryu Aïkijujutsu sans toutefois le nommer officiellement) qui restera gravée dans la mémoire collective de tous les pratiquants modernes.

Si cette démonstration fait encore débat de nos jours (Moriheï y montre alors son expression du Daito Ryu Aïkijujutsu et on peut légitimement s’interroger sur ce qui relève de « son style » tout en gardant à l’esprit ce qui relève du curriculum technique), il est à noter que les uke désignés par le fondateur sont des élèves spécialement choisis. Il ne s’agit pas des élèves d’Osaka alors en formation mais bien des élèves de Tokyo pratiquant régulièrement avec O-senseï au Kobukan (dont un certain Rinjiro Shirata dont la famille est alors impliquée dans l’Omoto Kyo).

Cette simple donnée historique classée dans les tiroirs appelle pourtant deux réflexions :

-Moriheï Ueshiba souhaitait utiliser des élèves spécifiques pour cette démonstration.

-Le fait de choisir certains élèves manifestement avancés pour démontrer son art actuel démontre une certaine réflexion quant à la préparation technique.

 

Moriheï Ueshiba lors d'une démonstration en 1955

 

On peut corroborer cette analyse en s’appuyant sur l’incident de 1941, année de consécration pour Moriheï Ueshiba où celui-ci est invité à démontrer son art au Saineikan dojo dans les sous-sols du Palais Impérial. O-sensei refuse tout d’abord cette démonstration en prétextant qu’il ne peut montrer des « techniques fausses » à l’Empereur. Ce à quoi l’Empereur lui aurait répondu par personne interposée « Je me moque si c’est un mensonge. Montrez-moi le mensonge ! ».

Cette anecdote nous permet donc d’ajouter deux nouveaux éléments :

-le fondateur de l’Aïkido est conscient de la nature arrangée et fausse de la démonstration martiale.

-cet aspect coopératif ne peut qu’être préparé, là encore, à l’avance.

Bien plus tard en 1956, l’Aïkikaï commence à déployer des efforts intenses pour promouvoir l’Aïkido auprès du grand public. Durant 5 jours, O-senseï réalise une série de démonstration sur le toit du grand magasin Takashimaya (à l’époque le plus grand centre commercial de la capitale). Bon gré, mal gré, le fondateur adhère donc régulièrement à l’ensemble des démarches publicitaires bien nécessaires à la notoriété de son art.

On peut souligner que la démonstration va demeurer jusqu’à sa disparition et au-delà une composante indispensable dans la communication autour de l’Aïkido.

C’est enfin la démonstration de Minoru Mochizuki et André Nocquet du 5 et 6 décembre 1951 à Paris, au cours des premiers Championnats d’Europe de Judo, qui permettra à l’Occident d’admirer (et de faire connaître) l’Aïkido pour la première fois. La presque totalité des élèves directs du fondateur vont bien entendu tous envisager de démontrer, selon différentes méthodologies et approches, leur discipline pendant le reste de leur carrière.

 

Moriheï Ueshiba lors de la démonstration de 1935

 

L’ensemble de ces réflexions historiques permet d’établir avec certitude que la démonstration est un outil valable et une composante importante de l’Aïkido depuis la base. Elles permettent également d’établir qu’il existe aussi un certain degré de préparation et d’éléments convenus à l’avance depuis bien avant 1942 et ce, pour éviter à la fois les blessures mais aussi, selon certains témoignages, pour protéger quelques aspects avancés de l’art lui-même.

Par conséquent, il est surprenant que le pratiquant (ancien ou moderne) s’offusque, par principe, sur l’existence même des démonstrations et sur ses aspects les plus convenus de ce qu'on peut y trouver. S’il est parfois compréhensible que l’équilibre d’une démonstration soit parfois remis en cause par son aspect trop chorégraphié ou pauvre en présence martiale, on ne peut nier l’utilité de la démonstration par nature. De même, j'estime qu'il est indispensable d'aller plus loin et d’apprendre justement à démontrer afin de savoir quand faire vivre et quand laisser respirer la technique martiale.

Faire transpirer la martialité, la justesse et la présence dans une présentation publique ne s'improvise pas même à très haut niveau, à moins d'être un génie des arts martiaux. Et nous savons bien que, de vous à moi, ils sont peu nombreux...

Autre point : Sans apprentissage et la préparation suffisante, comment s’indigner aujourd’hui que l’expression publique de l’Aïkido frise parfois le ridicule ?

Quelles solutions ?

A l’ère du tout numérique, où la communication pour la survie de notre art est devenue une question plus que vitale, je suis donc très heureux de voir que fleurissent les initiatives pour continuer de faire rêver les néophytes à travers les démonstrations.

Plus nous serons nombreux à profiter d’un savoir-faire, au niveau de l’excellence ou du plus basique, plus nous permettrons à d’autres d’aimer et d’apprécier la discipline qui nous lie tous irrémédiablement.

Par conséquent et pour profiter de ce court billet, je vous invite à aller plus loin que mes mots. Venez découvrir la proposition originale de Pascal Guillemin sensei lors d’un stage spécialement dédié à la démonstration (un livret de formation est remis aux participants mais aussi de précieux conseils). A n’en pas douter, cet expert (dont vous trouverez quelques photos de mon cru ici même) saura rouvrir des portes dans vos palais mentaux et remettre en question certaines préconceptions. Pascal, en restant très accessible, ne réclame pas moins des stagiaires motivés que l’excellence et c'est un challenge que vous invite à relever. Parce que l'excellence en Aïkido, tous vont la réclamer sans jamais la reconnaitre chez son voisin.

L’intérêt des démonstrations en Aïkido
Le sabre prêt à frapper de Pascal (Namt 2015/Photographie : Aiki-kohai)

Le sabre prêt à frapper de Pascal (Namt 2015/Photographie : Aiki-kohai)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Actualités-Nouveautés, #Stages, #Photos, #Pratique de l'Aïkido

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