La pratique au service de la vie : Compte rendu de stage avec Philippe Gouttard le 9 mars 2019

Publié le 31 Mars 2019

Source : Will Poma

Source : Will Poma

Il y a des compte-rendus incontournables qui tombent chaque année sur le blog. Quelques colonnes de printemps attendues comme une fête par les plus enthousiastes d'entre mes lectrices et lecteurs. Certains sont de ces textes qui font encore les beaux jours de mon travail et d'autres sont probablement les plus émotionnellement chargés.

Les compte-rendus de stages de Philippe Gouttard sont probablement les plus récurrents et les plus complets du blog Aïki-kohaï.

Pour ma part, je les apprécie pour des instants de fidélité envers un maître qui m'a démontré de nombreuses fois sa sincérité et sa volonté de tirer ses stagiaires vers le haut. Chaque année je le retrouve donc comme si nous nous étions quittés hier et je me remet à l'ouvrage.

Philippe est de ceux qui prennent régulièrement des nouvelles de leurs élèves, grands ou petits. Il est également de ceux qui éprouvent les compétences de tous, sont sincèrement impliqués dans l'évolution de chaque élève mais sont également préoccupés de leurs petits tracas du quotidien. C'est une chose primordiale que je souhaite transmettre à ceux qui n'ont pas cette chance où sont happés par des considérations de grades, de titres, de politiques et/ou des désirs élitistes.

Je dois enfin être sincère, il s'agit aussi d'une démarche essentielle pour moi. Je dois à la fois beaucoup à Philippe et je souffre également de ne pas pouvoir trouver plus de temps à lui consacrer. Certains ont la chance de pouvoir le retrouver à l'étranger, au stage de Mèze, à celui de St-Etienne ou bien à Noël. De mon coté, je n'ai qu'une chance ou deux d'attraper son art au vol quelques jours par an. Alors, je me dois de tout consigner comme si tout ceci allait s'envoler d'une branche.

 

Source : Will Poma

 

Les armes de Philippe Gouttard :

Vous ne connaissez pas le travail aux armes de Philippe Gouttard ? Ca tombe bien, moi non plus et ce même après 5 ans auprès de lui. Il s'agit de la troisième fois que j'ai l'occasion d'expérimenter le bokken façon Philippe Gouttard pendant une demi-journée. Le fil rouge de cette année était, je le crois, mettre de la vie dans sa pratique et je suis heureux d'avoir pu comprendre ce que veut dire mettre de la vie dans une arme.

Mettre de la vie dans un travail aux armes c'est déjà se rapprocher des autres.

Travailler des suburi et de la coupe à coté de l'autre, à l'unisson, tout prêt. Sans avoir peur de blesser parce qu'on écoute à la fois ce qu'on fait avec son sabre mais également où son arme va se promener toute seule au détour d'un geste. On essaie également de percevoir les mouvements périphériques.  On tente de gagner une seconde vue. Le bokuto de mon voisin de devant va t'il s'encastrer dans ma tête? Le kesa giri de mon voisin de coté, va t'il me frapper le bras ? 

Entassés tous ensemble dans un petit espace, ces petits carrés bleus de l'immense tatami Albertivillarien, j'ai redécouvert le sabre autrement.

"Vous allez vous tromper quand je compterais en vous demandant un déplacement et une coupe, nous répéta notre maître du jour, en riant. Et c'est très bien."

J'ai beaucoup apprécié le fait que Philippe ne cherche absolument pas à nous apprendre un kata de plus mais bien à faire évoluer nos buki waza à l'unisson avec un espace minimal, pour nous apprendre à cohabiter avec l'autre, à augmenter notre précision et notre perception du mouvement. Gageons que notre professeur tentait, je le crois, de nous faire comprendre comment trouver l'espace de vie où notre arme doit se trouver entre notre corps et ceux des autres qui nous entourent.

Faire du sabre avec Philippe Gouttard, c'est ensuite comprendre que notre corps est une interface. Travailler avec une arme en main est plus exigeant qu'à mains nues. La nécessité d'une précision est indispensable mais il est plus important encore de comprendre que cette précision vient du corps et non de l'arme. C'est la tension du corps ou bien l'absence de tension qui va exécuter cette précision.

Pour résumer ce que j'ai appris des armes de Philippe pour cette fois, je peux donc dire que je n'ai appris aucun kata précis.  Aucun mouvement technique en apparence. Mais j'ai pourtant compris comment laisser mon sabre s'exprimer avec mon propre corps.

 

Source : Will Poma

Retour vers la sensation :

La seconde partie de la journée fut consacrée ensuite au travail à mains nues. Là encore, pas de technique pour la technique, on retourne dans la sensation pure. Shomen uchi ikkyo sans relâche puis Katate dori ikkyo. Chaque année, je suis étonné de reprendre ce chemin comme si je l'empruntais pour la première fois. Comment donner son maximum en recevant l'action du partenaire avec une technique qu'on a l'impression d'avoir vu mille fois ? Comment le magnifier sans le ménager ?

"Juste ou faux ? Est-ce vous comprenez, ça ?"

Toutes ces questions sont des sentiers où nous nous perdons chaque fois avec plaisir. Philippe Gouttard est un guide de randonnée pédestre à la fois contemplatif et adsorbé dans sa propre recherche. Chaque année, notre groupe examine un arbre, un ciel, une colline nouvelle. Senseï cherche à nous transmettre non pas l'envie du geste juste mais l'envie d'apprendre de ses erreurs par les sens. Dès notre première rencontre, il fut l'un des premiers à me préconiser de faire faux pour comprendre comment faire bien.

Comment donner le gout de l'échange et l'envie d'y revenir.

Le thème du vivant dans l'Aïkido prend, à son contact, une autre dimension pour ce cru 2019. En quelques kokyu nage, avec quelques kihon waza, on retrouve l'envie d'aller chercher un partenaire beaucoup plus grand, beaucoup plus petit ou bien très différent de nous et... d'essayer de trouver un dénominateur commun pour lui confier le meilleur de nous-mêmes. Engager avec lui à la fois de l'attention ET de l'intention.

Cette année, j'ai eu la sensation que la technique passait au second plan, si je puis dire, par comparaison au feed back avec uke.  Avons-nous fait l'essentiel avec notre partenaire ? Avons-nous pu laisser respirer "l'entre-technique" ? Lui avons-nous donner de quoi s'exprimer ? Choisissons nous l'échange pour nous-mêmes ou bien pour nous mettre à l'écoute ?

Je suis heureux de faire vivre ces questionnements à nouveau. Une fois n'est pas coutume, je n'irais pas plus loin que ces infimes sensations évoquées. Pour ceux qui souhaitent aller plus loin bien sur, je vous propose la vidéo réalisée par mon partenaire de travail Will Poma.

Gageons que tout y est.

 

Source : Will Poma

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Stages, #Compte-rendu, #Pratique de l'Aïkido

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Marvin 09/04/2019 21:03

Merci pour cet article, qui est vraiment très intéressant.

Plus j'avance sur la voie des arts martiaux et plus je remarque que ce qui compte n'est pas la technique. Au début où mont maître me disait "la techniques n'est qu'un prétexte" je comprenais vraiment pas. Mais maintenant je pense percevoir cela, les techniques sont des mises en scènes pour faire travailler notre vision, notre équilibre, nos déplacements, etc..

Ce qui m'a aidé à comprendre cela, c'est notamment des stages, avec des personnes comme Philippe Gouttard (que je n'ai jamais pu rencontrer, mais peut-être un jour...). Lorsqu'on entend des sensei de cette envergure enseigner, il ne parle quasiment jamais de la technique seulement des déplacements et du timing, de l'intention et de la distance.

Bref j'ai vraiment aimé cet article qui m'a donné envie d'assister au prochain stage de ce sensei !
Bon courage pour la suite de ce super blog !

Aïki-Kohaï 10/04/2019 09:58

Merci beaucoup Marvin pour ton retour.

En effet, à un certain stade, la technique doit nécessairement passer après la compréhension des principes. C'est, je le crois, le propos de notre stage cette année d'une certaine façon. C'est aussi pour cela que j'ai volontairement résumé mon CR de cette année (ajoutons à cela qu'il s'agrémente d'une vidéo).

En espérant te voir très vite à un futur stage de Gouttard sensei.

Pierre