Rigueur et intensité : compte-rendu du stage avec Bruno Zanotti le 13 janvier 2019

Publié le 31 Janvier 2019

Photographie : Will Poma

Photographie : Will Poma

A peine extirpé de mes réflexions suite à ma rencontre avec Micheline Vaillant Tissier Shihan, je me suis plongé dans différentes expériences. Quelques exercices d'Aunkaï proposés par le terrifiant Xavier Duval (dont l'invasion est officiellement prévue pour 2019), deux "séances de dédicaces" des derniers numéros de Yashima où j'étais officiellement le plus gêné de l'assistance et une rencontre inédite avec un enseignant jusque là totalement inconnu de moi en stage de ligue : un certain Bruno Zanotti.

Gageons que mes lecteurs sont dans une situation identique à la mienne, ce qui m'oblige immédiatement à détailler d'avantage. Bruno est pratiquant depuis 1974 où il découvre l'Aïkido à Cambrai. Il suit alors les stages de Paul Muller, Mariano Aristin et Christian Tissier alors fraîchement de retour sur notre sol.

A l'âge de 19 ans, il s'inspire de ce dernier et quitte la France pour le Japon afin de parfaire ses compétences. Pendant 17 ans, il suivra principalement les cours de Seigo Yamaguchi senseï au Hombu Dojo et ne revient  dans son pays d'origine qu'en 1996 (peu après le décès de son maître) où il s'oriente alors vers une professionnalisation définitive de sa pratique.

Aujourd'hui membre du collège technique de la FFAAA, vous trouverez différents témoignages plus précis du parcours  de Bruno et notamment dans la vidéo en lien ici-même. Pour ma part, j'ai abordé ce stage avec une certaine concentration. Est-ce dû au souvenir du dojo de Rosny-sous-bois et ma rencontre avec Philippe Grangé en 2015 ?

Est-ce le fait que mes nuits sont (très) courtes et le calendrier toujours plus restreint pour ma part ? 

Quoi qu'il en soit, nous étions extrêmement nombreux sur le tapis et, dans une ambiance à la fois joyeuse et électrique, nous avons découvert que Bruno possède une définition bien particulière de l'intensité et de l'engagement.

Photographie : Will Poma

 

Le contenu du stage :

Pendant plus d'une heure et quart, nous sommes restés sur un travail au sol, soit en suwari waza, soit en hanmi handachi waza avec un ou deux partenaires selon les propositions de notre professeur du jour. Amoureux de la sueur, fans de la machine à laver Gouttardienne et des cheveux collés au front, vous êtes ici en terrain connu.

Je vous présente donc le sèche-linge Zanottien :-)

Bruno est très exigeant envers lui-même. On sent par extension qu'il demande beaucoup à ses stagiaires. Une grande présence. Un engagement physique. Un certain dynamisme. Deux litres de transpiration minimum par mouvement. De son coté, j'ai été réellement étonné qu'un senseï de son gabarit (Bruno est plutôt un "beau bébé") se déplace avec une grande fluidité tout en conservant à la fois une capacité d'emprise sur le sol.  Le mouvement est toujours très dense, comme un cagibi sans fenêtre. Il y a de quoi apporter du répondant aux plus démonstratifs.

Les échanges qui s'enchaînent donc dans un espace réduit révèlent de sacrés défis pour les participants. 

J'ai pris conscience de mon coté que je suis incapable de travailler aussi longtemps à genoux sans commencer à perdre en cohérence et/ou en dynamisme. Mes voisins de tapis grimaçaient à mes cotés, se délitant comme des cachets d'aspirine, mais je me sentais particulièrement lourd par comparaison. De mon coté, lorsque la souffrance des chevilles et des genoux commencent réellement à peser sur mon corps, celui-ci se met à faire n'importe quoi ce qui est une bonne chose. Elle permet d'évaluer sa propre légèreté et d'envisager le mouvement autrement.

Au stade où l'épuisement guette le stagiaire, seul ce qui est profondément acquis reste en place. Tout le corps se met à s'économiser et la vigilance est plus délicate. Bruno passait régulièrement pour voir si, en toute justesse, votre serviteur "souffrait" correctement. Will Poma, présent pour l'occasion, prenait malicieusement des photos de mon visage en train d'agoniser.

Les joies simples de l'entrainement sont les plus belles dit-on...

Au détour de ce travail intensif, nous avons pu également expérimenter diverses propositions techniques très verticales de Bruno Zanotti. Tori devait conserver, au sol, sa capacité à pouvoir se relever avec un uke pesant parfois très lourdement sur lui et/ou en saisie très forte. Mention spéciale à ce type de travail en shiho nage où j'étais réellement en difficulté avec différents partenaires qui cherchait à peser sur moi. De même, certaines techniques proposées en hanmi handachi waza devait amener uke complètement au sol, tout en maintenant un contrôle très dense avant de laisser son partenaire se relever pour finaliser la technique (ikkyo ura de mémoire) de façon très puissante. Evidemment, plus son partenaire est engagée dans l'action et puis la puissance générée est importante.

Si le fil directeur restait bien l'engagement dans la pratique, je dois dire que le contrôle (ou l'absence de contrôle) était loin d'être absent de l'équation. Seul bémol, je regrette seulement d'avoir été en deçà de cette puissance physique attendue, cherchant souvent des solutions plus mécaniques, plus légères et un chemin interne différent de mes partenaires.

Photographie : Will Poma

 

La valeur de l'effort :

Amis lecteurs, lectrices, je dois t'avouer qu'il y a des stages où je me retrouve dans un tel état qu'il y a parfois quelques écrans noirs dans le kaléidoscope des techniques proposées. Arrivé la seconde partie du stage où nous avons pu expérimenter certains kihon waza en position debout (quelques tenchi nage et un irimi nage bien senti), je ne suis pas sur d'avoir été en capacité de saisir la prime fraîcheur du propos de notre professeur du weekend.  

Cette digression me permet ainsi de vous le préciser tout net pour les débutants qui s'inquiétaient : tout ceci n'est absolument pas grave.

Je ne m'attends jamais à tout comprendre, tout saisir, tout analyser et, disons le tout net : je sors d'un premier contact parfois sans avoir pu tenir autre chose que ma place. En ayant eu simplement l'impression de courir derrière mon professeur et le panel proposé sans pouvoir totalement attraper au vol quelque chose...ou presque.

Je remercie Bruno d'être passé de nombreuses fois me voir afin de me signaler quelques erreurs de débutants (étrangement :-)) ou bien pour me prodiguer quelques adaptations bienvenues. Mention spéciale aux différents stagiaires qui tentaient, comme moi, de se débattre dans les affres de nos postures et de nos pieds fondus.

Ce qui compte est l'instant présent : répétons-le. Parfois le travail se suffit à lui-même. Et la recherche n'apporte pas toujours son lot de satisfaction et d'éclairs de génie. L'intérêt d'un stage est précisément de se confronter à ses limites, de se mettre en danger, de s'éprouver physiquement ou mentalement de façon profonde.

Si vous aviez l'impression que je traverse les heures de vols sans soucis, ni crainte, prenant des photos et des notes tout en demeurant parfaitement en place...et bien c'est plutôt l'inverse en général. Je ne suis pas différent des autres. J'ai les mêmes difficultés que les autres. Alors si c'est ce sentiment fraternel de se dépasser ensemble qui doit justement prévaloir dans ce compte-rendu, alors soit ! Je suis heureux de retranscrire que la valeur de l'effort est aussi importante que le contenu de l'enseignement reçu.

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Compte-rendu, #Pratique de l'Aïkido, #Photos

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article