A travers les principes : Compte-rendu d'une journée de stage avec Lionel Froidure et Mitchell Tsia le 18 novembre 2018

Publié le 30 Novembre 2018

A travers les principes : Compte-rendu d'une journée de stage avec Lionel Froidure et Mitchell Tsia le 18 novembre 2018

En 5 ans de pratique martiale, il est arrivé deux fois que je sois obligé d'envoyer mon âme damnée à ma place afin de me rapporter fidèlement le fruit de ses expériences. La première fois, les participants se sont même fendus d'une photo montage où j'ai même été incrusté pour l'occasion :-)

Cette fois, il était impossible que je manque l'occasion d'un stage d'Arnis Kali avec un duo aussi explosif : LE Lionel Froidure, 6ème dan de Karaté, fondateur de Imagin'Arts, instructeur 4ème degré en Arnis Kali Doblete Rapilon, globe-trotteur du budo et THE Mitchell Tsia, 5ème dan FFKDA, ancien membre du GSPR (Groupe de sécurité de la Présidence de la république) et du SPHP (Service de protection des hautes personnalités), instructeur 5ème degré du Askal Hybrid Arnis et démonstrateur à la NAMT 2018 réunis autour d'un même tapis.

Ne pouvant être présent physiquement pour pratiquer ET pour m'occuper de mon fils malade, j'ai donc fait à nouveau appel à mon "Robin" personnel pour nous permettre tous de profiter d'un tel événement.

Notons que le texte original transmis par Guillaume a subi quelques modifications mineures dont je suis l'auteur. Le reste est donc du Guillaume Roux original avec ses facéties habituelles. Bonne lecture :-) :

 

Lionel et Mitchell (Source : Guillaume Roux)

 

Ayant appris la veille au soir que mon très cher ami, auteur de ce blog, me posait un lapin pour s’occuper de sa petite famille malade (notons que c’est lui qui m’avait poussé à m’inscrire !), c’est en solitaire que je me suis rendu dimanche 18 novembre à Villepinte pour assister à un stage co-animé par Lionel Froidure et Mitchell Tsia.

 

Je connais Lionel depuis plusieurs années via le web, que ce soit son blog ou ses productions vidéos. Je n’avais cependant jamais eu l’occasion de pratiquer sous sa direction, c’était donc l’occasion rêvée. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Lionel est 6e Dan de Karate Shotokan, et 4e degré d’Arnis Doblete Rapilon. Il partage avec nous ses réflexions, ses interrogations martiales et ses découvertes sur son blog bien connu et à travers dans ses différents reportages et dvds.

 

J’ai rencontré Mitchell pour la première fois lors du weekend Aiki-Taikai/Nuit des Arts Martiaux Traditionnels 2018 organisé par Léo Tamaki. Impressionné par sa vitesse et la précision de ses frappes, que ce soit à main nues ou au couteau, j’étais curieux de voir le travail qu’il proposerait à un public plus avertit (rappelons que l’Aiki-Taikai est ouvert à tous et que les experts invités doivent présenter leur pratique en 1h30 à une audience issue de pratique variée).  Mitchell a commencé les arts martiaux par le Wing-Chun et le Jeet-Kun-Do avant de passer au Silat et enfin au Kali-Arnis-Eskrima. Il est désormais 5e Degré et pratique le style Askal Hybrid Arnis.

 

Avant de vous parler du stage à proprement parler, un petit rappel lexical à ceux qui ne seraient pas familiers avec les arts martiaux Philippins (souvent abrégé FMA pour Filipino Martial Arts dans la langue de Shakespeare).  Il existe donc différentes variations de nom et de pratique dans l’archipel Indonésie-Philippines-Malaisie, au Brunei, à Singapour, et dans le sud de la Thaïlande.  En Indonésie on parle surtout de Pençak-Silat. Aux Philippines on retrouve le Kali dans le sud de l'archipel, l'Arnis généralement dans le nord, l'Eskrima se trouve dans le centre.

 

Le contenu du stage :

 

Nous étions environs 30 stagiaires sur la journée. La plupart pratiquant les styles de nos professeurs du jour, uniquement 3 non-inités (dont votre dévoué serviteur) ayant tenté l’expérience.

 

Dès le début du stage, Lionel et Mitchell annoncent la couleur, ils ne vont pas faire la même chose. Mais ils vont tenter de répondre chacun à leur façon à des contextes de travail.

Leur style sont différents, tant dans la stratégie, que dans la gestuelle, mais partagent des principes communs. Et oui, y’a pas que dans l’Aikido qu’on parle des "Principes" !

 

Pour la partie technique, nous avons pratiqué aux cannes (bâton) le matin et au couteau l’après-midi. A noter que les cannes utilisées dans les deux styles ne sont pas les mêmes, reflétant déjà des choix stratégiques. En Doblete la canne est plus longue qu’en Askal (que ceux qui commencent à dire que c’est pour compenser quelque chose arrêtent de suite !), en effet le Doblete privilégie les distances longues afin de développer des frappes à pleine puissance. Nous verrons par la suite que l’Askal sait se défendre aussi malgré des cannes plus petites, en favorisant un combat plus rapproché et un débordement de l’adversaire par des frappes incessantes.

 

Mais revenons à nos fameux principes. J'ai pu en décompter 8 lors du stage et vous trouverez ci-dessus une liste exhaustive ainsi que mes explications sur le sujet :

 

Premier principe : Bien gérer sa distance en fonction de la longueur de son arme et de celle de notre adversaire. Il faut également savoir la conserver lorsqu’on est attaqué par surprise, et savoir la casser pour reprendre l’initiative/le contrôle.

Second principe : On n’attaque pas l’arme mais celui qui tient l’arme. On vise les doigts, les tempes, la mâchoire, l’occiput, les genoux, etc.

Troisième principe : Une fois qu’on a gagné une position dominante, on la conserve tant que possible. On frappe de là ou on est, on ne recule pas pour réarmer quand on a le contrôle et qu’une frappe directe est possible. On ne doit bouger que si l’autre tente de s’extraire de votre contrôle.

Quatrième principe : Ne pas arrêter ses mouvements pour « vérifier s'ils sont bons », car en combat réel cela nous ferait perdre un temps, et donc l’avantage. Penser aux démonstrations de coupe au sabre, on passe à travers l’obstacle, on le traverse. Ne pas faire de "touchettes".

Cinquième principe : Rester en équilibre, ne pas se faire emporter par l’élan de la frappe, de l’arme.

Sixième principe : Ne jamais faire deux fois de suite la même frappe (même mouvement ou même cible) car si on touche la cible ne sera plus là, et si on loupe notre seconde attaque devient prévisible.   

Septième principe : Ne pas faire les mouvements de façon automatique/scolaire. Habiter ses mouvements, donner de l’intention pour faire bouger/réagir.

Huitième principe : Ne restez pas fixe, déplacez-vous pour ne pas donner de point de repère à votre adversaire.

 

Guillaume et ses gardes du corps (source : Guillaume Roux/Aïki-kohaï)

 

50 nuances de bleus  :

 

Je repars de ce stage avec de nombreuses pistes de travail (de fond) pour ma pratique de l’Aikido (et presque autant de bleus).

Il est toujours bon d’aller se frotter à des partenaires d’autres arts martiaux, de voir ce qui se fait ailleurs. Ne serait-ce que pour découvrir de nouvelles techniques, des façons de se mouvoir différentes, travailler avec des partenaires dont on ne connaît pas les réactions, etc.

Je ne pense pas manquer d’éléments de fond dans ma pratique de l’Aikido Kishinkai (loin de là même), mais il faut parfois qu’un autre professeur vous dise « ceci est la clef » pour que vous vous rendiez compte que c’est exactement ce que votre enseignant vous dit depuis plusieurs années et que vous n’arriviez pas à intégrer.

J’ai eu une préférence pour l’après-midi et le travail au couteau. Notamment parce-que le couteau est vraiment utilisé comme une lame, il pique, il coupe dans des angles étranges, il change de main, il vient érafler, couper profondément, change de main et ne s’arrête jamais. C’était assez différent des attaques qu’on rencontre habituellement en Aikido.

La difficulté étant de ne pas tomber dans un jeu de touchette et d’estafilade sans grand intérêt.

 

 

Conclusion et remerciements :

 

Pour terminer je voudrais donc remercier Lionel et Mitchell pour leur pédagogie et leur disponibilité pour me faire travailler et pour avoir répondu à toute mes questions (et j’en ai souvent beaucoup). Je remercie également Jeremy, mon partenaire principal du matin, et François, mon partenaire principal de l’après-midi, pour m’avoir prêter leur corps le temps d’une journée et m’avoir guidé dans cette pratique totalement nouvelle pour moi.

 

Rédigé par Aïki-Kohaï et Guillaume Roux

Publié dans #Arts martiaux, #Stages, #Compte-rendu

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article