L'oeil du kohaï sur : Technique du Karaté de Jacques Delcourt

Publié le 16 Mai 2018

Photographie : Aïki-kohaï

Photographie : Aïki-kohaï

Mon grand-père, cet ancien Karatéka globe-trotteur (et oui, on a tous nos petits secrets de famille), m'a transmis récemment sa "bible martiale" afin que j'en fasse bon usage.

Il s'agit de l'ouvrage témoin : Technique du Karaté, Méthode complète jusqu'à la ceinture noire de Jacques Delcourt non pas dans sa version rééditée la plus connue de 1983 (l'ouvrage connait, je le crois, plus de six rééditions à son actif) mais bien de la version de 1975 (il existe d'ailleurs deux versions originales plus anciennes datant de 1966 et 1969 alors que le Karaté n'est encore qu'une branche de la FFJDA).  J'étais particulièrement curieux de cette oeuvre en particulier, assez complète au demeurant, dans la mesure où l'on aperçoit déjà le jeune Mochizuki senseï en pleine action (alors 5ième dan) sur la plupart des clichés techniques.

Au delà du plaisir d'observer un trésor familial reçu avec émotion, il est aussi intéressant de l'analyser avec le recul d'aujourd'hui.

J'ajoute que je ne pouvais pas non plus passer à coté des petits détails croustillants.

 

Henry Plée et Jacques Delcourt (source : site Henry Plée)

 

Derrière le livre, la petite histoire du Karaté Français :

L'ouvrage est tout d'abord passionnant pour son contexte. Le livre parait la même année que celle de la naissance de la FFKDA (alors appelée FFKAMA), fondée et présidée justement par Jacques Delcourt initialement juriste d'entreprise, ancien résistant mais surtout élève d'Henry Plée et demi-finaliste aux championnats de France de Karaté par équipe. Pendant 30 ans, Jacques Delcourt va laisser profondément sa marque dans le paysage organisationnel du Karaté avant d'être remplacé par Gerard Garçon en 1998.

"Le" Jacques Delcourt est, en quelque sorte, ancien taulier de l'équipe de France de Karaté des années 1970 et l'un des premiers pionniers français avec d'autres monuments comme Henry Plée, Jean Pierre Lavorato, Roland Habersetzer, Francis Didier, Guy Sauvin, Dominique Valéra et Roger Paschy. La première et la seconde génération de pratiquants Français confondues à forger le Karate à son image actuelle.

Précisons d'ailleurs pour la petite anecdote que Roger Paschy est l'un des personnages du Budo qui m'a le plus fait rêver pendant mon enfance avec ses faux airs de Spock, de Bruce Lee Franco-Français mais surtout du méchant de Docteur Justice qu'il incarnera au cinéma...

 

La technique de Roger Paschy

 

L'histoire du Karaté fédéral Français des pionniers, c'est un peu un mélange entre "les tontons flingueurs" et Game of Thrones, celle d'une période où le Karaté a perdu la reconnaissance Olympique en 1992 du fait d'une rivalité entre deux fédérations internationales (la W.U.K.O absorbant finalement l'I.T.K.F) avant de la retrouver plus tard. Dans les trois premières décennies de cette histoire, tout est à construire. Tout est fragile. Les différents acteurs de la période continuent de se chercher entre tradition et sport dans un équilibre maintes et maintes fois révisé.

Dans ce tumulte martial, l'ouvrage Technique du Karaté se présente un peu comme une boussole. La préface d'Hiroo Mochizuki précise d'ailleurs :"Jacques Delcourt a englobé dans son livre les techniques des principales méthodes de Karaté enseignées au Japon : Shotokan, Wado Ryu, Shito Ryu etc...estimant à très juste titre d'ailleurs, que le Karaté est une grande méthode de combat et non plusieurs petites écoles rivales".

Difficile de dire aujourd'hui si l'histoire du Karaté moderne, à la veille de sa présentation aux J.O de 2020, trouvera son point cardinal mais des éléments d'enseignements synthétiques peuvent y contribuer en marquant définitivement les étudiants d'une empreinte utile.
 

Mochizuki senseï présentant les techniques de l'ouvrage (source : Technique du Karaté ed.1975)

 

Le contenu de la méthode :

Découpée en cinq parties (principes fondamentaux, techniques, kata, compétition et renseignements divers), la méthode est tantôt désuète, tantôt intemporelle. Sans s'abandonner complètement à l'aspect d'un enseignement synthétique de masse, elle rappelle de façon sûre des éléments qui, je le crois, peuvent interpeller encore les pratiquants modernes.

A propos de la concentration de son énergie, on trouve notamment "la force d'un muscle est faible, mais plusieurs muscles travaillant en même temps et dans la même direction s'ajoutent, et finissent par représenter une force plus importante. Il est, par conséquent, nécessaire d'utiliser tous les muscles du corps, tendus vers le but, pour obtenir une concentration totale".

Les différents paragraphes sont également ponctués d'illustrations d'une qualité suffisante pour éclaircir les différentes thématiques.

Mention spéciale à ce passage à propos de la compétition où l'auteur rappelle "qu'il ne faut pas juger le Karaté uniquement sur la compétition, cette dernière n'est en quelque sorte qu'une branche "accessoire" : le coté sportif. La technique, le véritable esprit, le KIME, ne s'acquièrent que par un entrainement rigoureux sous la direction d'un instructeur valable".

N'étant pas moi-même pratiquant de Karaté, je ne m'aventurerais pas dans les détails techniques signifiants ou approfondis et leurs évolutions entre 1975 et aujourd'hui. Il est cependant intéressant de noter que les katas spécifiquement mis en avant dans l'ouvrage sont les 5 katas de Heian (interprétation d'origine Shotokan sans mention spécifique concernant les bunkaï, sauf erreur) et non d'autres katas avancés ou présentés comme des évolutions des Pinan se trouvant dans le Plan du Karaté situé en 5ième et dernière partie .

D'autres éléments sont volontairement synthétisés, je le suppose, et présentés pour parler à la fois aux pratiquants débutants mais aussi aux gradés de toutes les écoles, sans ajouter des éléments trop complexes ou prêtant à confusion.

Pour les chercheurs intéressés, peu importe la discipline, je dois conclure qu'il est intéressant de se trouver entre les mains de ces anciens ouvrages, de les décortiquer, d'en tirer un enseignement en rapport avec les connaissances de l'époque et les éléments modernes présentés parfois comme une plus-value à tort ou à raison.

Bonne recherche à ceux qui s'aventureraient par là :-)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #L'oeil du kohaï, #Arts martiaux

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Commenter cet article

Loïc B 22/06/2018 11:11

Sauf erreur, il ne s'agit pas de Mochizuki sur la dernière photo: il s'agit me semblet-t-il, de Nanbu Yoshinao, avec Patrick Baroux comme partenaire.

Aïki-Kohaï 22/06/2018 11:19

Bonjour, sauf erreur (ce qui est tout à fait possible) l'édition de cet ouvrage ne propose presque que des photos de Mochizuki senseï (du moins, c'est ce que semble préciser les légendes et commentaires). Je modifierais la légende de l'image après recherche au besoin.

Un grand merci pour cette remarque qui éveille ma curiosité !

Pierre