L'équilibre dans la pratique : Compte-rendu du stage animé par Pascal Durchon (8 avril 2018)

Publié le 20 Avril 2018

Pascal Durchon en action, Photographie : Aïki-kohaï

Pascal Durchon en action, Photographie : Aïki-kohaï

C'est un secret de polichinelle, les débutants comme moi vont assez rarement en stage de ligue. Non pas parce que le professeur ou l'enseignement n'est pas de qualité mais tout simplement pour trois raisons :

-la crainte d'être entouré par d'imposants groupes de gradés inconnus (ne sachant pas quoi faire de vous).

-l'angoisse d'être dépassé par le programme technique proposé sans un référentiel.

-le coté examen obligatoire parfois un peu "rasoir" aux antipodes des attentes émotionnelles.

A ces trois poncifs parfaitement compréhensibles s'ajoutent pour ma part des raisons plus personnelles. Je dois avouer que j'ai souffert aussi du syndrome de l'homme invisible du fait de ma ceinture blanche. J'ai eu également beaucoup de mal à m'intégrer dans une ambiance purement "passage de grade" où l'on doit composer avec un public qui, pour résumer le fond de ma pensée, n'a en réalité pas de temps à perdre.

Mais ça, mesdames, messieurs...ça c'était avant !

Grâce à mon hakama magique, je suis redevenu visible. Grâce à mes heures de vol, je commence à dédramatiser le fait de tomber sur deux ou trois déménageurs inamovibles. Enfin, grâce à Pascal Durchon, je suis réconcilié exceptionnellement avec la pédagogie de masse.

Mais qui est donc ce senseï inattendu à même de me faire changer d'avis ?

 

Pascal Durchon lors du stage (photographie : Aïki-kohaï)

 

Pascal Durchon, formateur de formateurs :

Pascal, à la base, c'est un "expert fédéral" comme on dit. Pour les lectrices et les lecteurs du blog, nous avons déjà pu faire sa connaissance via l'interview d'Alice Feneyrols que j'estime beaucoup (et qui est son "élève directe"). C'est à l'instar du regretté Pascal Norbelly un "professionnel non professionnel" depuis plus de trente ans sur les tapis, investi jusqu'à la lie dans la transmission de l'Aïkido.

Pas si loin de la sphère Christian Tissier, Durchon senseï sait toutefois cultiver son propre univers et une certaine approche de l'Aïkido tout en rondeur et en "découpage" qui semble venir d'autres "planètes" que j'aimerais étudier un jour. Il y a d'ailleurs un coté "escrimeur" dans sa pratique qui me laisse encore tout intrigué (n.d.a : notez les guillemets habituels pour justifier de mon analyse purement personnelle dont les images ne parlent pas à toutes et tous).

Pascal, c'est aussi ce qu'on appelle un formateur de formateurs. Ancien président du collège technique de la FFAAA, enseignant pour les jeunes enseignants, pratiquant émérite de kashima no tachi, formateur pour jury d'examens pour les grades techniques, délégué technique régional pour la région Val de Loire, l'homme multiplie les interventions pédagogiques pour la discipline en France et à l'étranger.

En plus de son pedigree martial, c'est aussi une personnalité attachante. Nous nous connaissons peu encore mais j'ai pu apprécier tout de même son ouverture d'esprit, son coté accessible, sa simplicité, autant que son attachement à l'étiquette (n.d.a : Le célèbre "attention à bien saluer son partenaire au même niveau que lui" va parler aux participants présents qui vont lire ces lignes).

Mon petit doigt me dit que nous allons nous revoir très vite mais je n'en dis pas plus, passons au vif du sujet.

 

Le contenu du stage :

Bravant le marathon de Paris, la grève des transports et mon fils de 6 mois, je suis heureux d'avoir pu retrouver le gymnase Léo Lagrange. Pour certains, c'est le lieu redouté des passages de grades mais c'est surtout pour moi l'occasion d'évoquer de nombreux souvenirs comme le grand stage commun avec Bernard Palmier et Patrick Bénézi, ma rencontre avec montagne senseï (dont je dois toujours une très longue copie en retard), le premier grand stage d'Aïkido et Controverses de Michel Lapierre et Arnaud Waltz, le passage de grade de Guillaume Roux etc, etc...

Avec le recul, j'ai l'impression d'avoir un sentiment d'appropriation des lieux alors que j'étais réellement préoccupé  de faire mes premiers pas sur ce tapis il n'y a pas si longtemps...

Le stage de ce dimanche matin était, précisons le, dense et cadencé pour traiter du maximum en un temps minimum. Dans et hors du tapis pendant la séance photo, j'avais la nette impression que les techniques défilaient rapidement avec une sensation de trop peu dans certaines phases (j'ai regretté de ne pouvoir prendre plus de temps pour travailler le koshi nage avec Alice Feneyrols par exemple).

Pascal Durchon est toutefois remarquable dans cette approche où chaque technique lui évoque un moyen, un exemple et une base de travail souvent inédite.  La transversalité de certains principes transparaissent ainsi comme si le but n'étaient pas de nous préparer à un passage de grades mais bien de saisir le filigrane derrière le catalogue pour améliorer l'ensemble.

Mention spéciale au rythme de travail beaucoup évoqué par Pascal (et effectivement très important). J'ai aimé son insistance sur l'équilibre dans la pratique entre le relâchement et la mise en tension du partenaire. Ce travail fut également mis en relation avec le dynamisme dans l'exécution  du mouvement et notre présentation générale de celui-ci.

Pas si simple sur des mouvements complexes, parfois attendus par un jury d'examen mais également lors d'un échange avec un partenaire.

Difficile d'ailleurs d'appliquer ces éléments sur un travail en kaiten nage en hanmi handachi waza proposé par notre hôte quand le tapis regorgent de beaux bébés en mal de sensations fortes. Comme toujours, je me suis retrouvé aussi lors du travail au sol avec Etsuko Iida senseï, sachant qu'elle trouverait parfaitement ce qui clochait dans mon travail.

J'ai retenu enfin, tout comme mon collègue Emmanuel Betranhandy de Paresse Martiale (avec qui j'ai pu pratiquer de mémorables mouvements de bourrin-ryu le coeur en fête et la tête libérée), un certain accent sur un travail de dissociation du corps que j'apprécie particulièrement mais qui se décline inévitablement en maintes approches. La dernière fois que j'ai entendu parler de cet aspect de la pratique, nous étions chez Léo Tamaki, notre ancien colocataire de dojo dont je ne cache pas, vous le savez, mon amitié et mon respect.

L'après midi animée par Arnaud Waltz et Laurent Boudet fut ensuite consacrée à des modules et divers ateliers concernant le travail aux armes. Je n'ai malheureusement pas pu y assister mais l'approche m'a semblée digne d'intérêt (et donc je vous en parle un peu en bonus).

J'ai eu l'impression que l'équipe présente cherchait à nous sensibiliser à différentes formes d'études et je pense qu'il va falloir que je suive (et d'autres débutants avec moi) d'assez prêt les nouvelles propositions de la ligue en ce sens, tentant de s'extirper du classique : je viens en stage, je tamponne, je passe mon grade. Certains éléments de kenjutsu semblaient d'ailleurs manifestement à destination directe des débutants mais je n'ai pas pu constater moi-même la teneur du menu proposé donc je n'en dirais pas plus.

 

 

Renouveler l'intérêt de tous les pratiquants :

Une conclusion simple est à faire à propos du stage. Je suis ravi de constater un réel désir d'émulation dans le propos de Pascal Durchon mais également des équipes fédérales autour de lui. Bien sur, tout n'est peut être pas parfait. Bien entendu, nous n'allons pas résoudre l'ensemble des problématiques liées à la perte d'intérêt général pour les disciplines martiales traditionnelles. Cependant, on constate une réelle volonté d'aller de l'avant, d'intégrer de nouvelles données à des "systèmes" déjà rodés (dans le bon et le mauvais sens) et de faire quelque chose, tout simplement.

Au niveau individuel, j'ai trouvé que Pascal donnait aussi une réelle dimension à un stage assez poussif de nature, dédié avant tout à la technicité. Même si l'ensemble des participants ne saisissaient peut être pas toutes les facettes du travail proposé, j'ai apprécié le fait de rendre un contenu lisible par tous, accessible et clair, loin des grands maux de la pédagogie moderne et plus loin encore des écueils de la formule normative toute prête à étudier.

Ajoutons enfin à cela que la diffusion de cet enseignement s'est fait en toute modestie, avec humilité, simplicité et surtout beaucoup d'humour. 

Il n'en fallait pas plus au final pour réveiller (s'il le fallait dans ce contexte) mon envie d'une pratique sérieuse dans la joie. Un grand merci.

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido, #Compte-rendu, #Photos

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puteaux-aikido 30/04/2018 11:51

Bonjour,

Merci pour ce compte rendu très intéressant et bien écrit.

Nous avons mis une référence à cette article sur le blog de notre club:
http://www.puteaux-aikido.com/blog/?p=3492

Cordialement,
Le club de puteaux

Aïki-Kohaï 30/04/2018 22:22

Merci club de Puteaux :-)