A la mesure de l'humain : Compte-rendu d'une journée de stage Kenjutsu/Iaido avec Philippe Cocconi (29 avril 2018)

Publié le 3 Mai 2018

Photographie : Aïki-kohaï

Photographie : Aïki-kohaï

Toujours en quête de nouveaux défis et de terres inconnues à même de me mettre en grande difficulté (et donc de progresser), j'ai relevé le gant de rencontrer un artiste martial connu pour son mordant et son expérience : il s'agit de Philippe Cocconi, dont j'ai déjà pu parler en bien lors de la NAMT 2017.

Vous le savez, j'aime le piment dans la recherche et, dans cette période de grande remise en question pour moi, je voulais du neuf.

Comme un challenge n'arrive jamais seul, lorsque mon bookmaker non officiel Guillaume Roux m'a précisé qu'il s'agissait cette fois non pas d'Aïkido mais d'étudier le Iaido avec un expert  (une première pour moi) saupoudré d'une session pointue de Kenjutsu (pour lequel mon niveau est relativement catastrophique), je ne pouvais pas refuser de passer pour une quiche.

Armé de mon bokken préféré et d'un Iaïto spécialement prêté pour l'occasion, je suis donc monté sur Paris un matin de grève, de froid et de pluie, couvert de lait en poudre séché premier âge régurgité par mon fils, sachant très bien que je me lançais dans une mission un peu spéciale.

Philippe Cocconi lors de la NAMT 2017 (photographie : Aïki-kohaï)

 

Philippe Cocconi, l'expérience du combat :

Caché dans la tanière de l'ours (bien cachée au demeurant), Philippe m'attendait tranquillement avec quelques élèves bien sympathiques et triés sur le volet (sauf moi et mon complice bien sur).

Première surprise, je me rends compte que l'homme est rudement...gentil par rapport à la terrible impression de rigueur qu'il m'avait laissé sur le tapis de la NAMT. Débutant complet en Iaïdo, je suis entièrement pris en charge par tous, y compris par lui.

Il faut dire que je n'y connais absolument rien : Comment attacher son Iaïto, comment tenir son Iaïto, comment dégainer son Iaïto, comment rengainer son Iaïto, comment poser son Iaïto etc... Bref, je vogue d'entrée de jeu dans un univers où l'étiquette et l'attitude sont extrêmement précises et la sensation est assez plaisante.

Parlons un peu de mon enseignant du jour : Philippe débute l'Aïkido en 1982 avec Bruno Feuillard puis Frédéric Michelot en suivant parallèlement l'enseignement de Maître Tamura pendant de (très) nombreuses années. Il suit également Malcolm Tiki Shewan dès 1987 qui l'initie au Iaï et deux ans plus tard, Philippe rencontre maître Nishio qui l'initie également à l'Aïki Toho Iaï.

Le maître pratique ensuite le full contact pendant quatre ans et le karaté pendant cinq ans au contact de Christian Clause, Abde Joudani et de maître Kase. Il étudiera ensuite le kendo, le naginata, le kyudo, le judo, l'aïkibudo et enfin, le jodo avec notamment Pascal Krieger.

Artiste martial complet, il poursuit enfin sa recherche par la calligraphie mais aussi l'étude d'autres formes comme l'école de maître Kuroda dans les années 90.

Que dire de plus sur l'homme derrière le maître ?

Philippe dispose aussi d'une expérience réelle dans la sécurité et donc d'une vision particulière et professionnelle de l'efficacité martiale. Il s'agit d'une personnalité entière, exigeante, extrêmement franche et généreuse. J'ai beaucoup apprécié son coté "décap'four" façon Gouttard car ce qu'il propose est tout simplement honnête et précis.

Ayant eu cette fois la chance d'étudier avec le maître en tout petit comité, j'ai pu me rendre compte à quel point ses capacités de bretteur sont fines, chirurgicales, délicates comme de la dentelle de Chantilly. Sans entrer dans les hyperboles, je n'avais pas spécialement d'appétence pour le maniement d'un shinken ou d'un iaïto avant de le voir en action.

 

Philippe Cocconi lors de la NAMT 2017 (photographie : Aïki-kohaï)

 

Le contenu du stage :

Le menu du stage était dense, même pour un non débutant, et pour ne pas ruiner votre curiosité par des inexactitudes, je vous avouerais que j'ai dû consulter pas mal mon complice mais également d'autres sources expérimentées.

En préambule, je sais que beaucoup de débutants sont curieux de savoir tout simplement ce "qu'est" le Iaïdo (n.d.a : nous oublions parfois l'essentiel), je dirais : il s'agit de l'art de dégainer le sabre (le vrai) et de couper ensuite son adversaire dans le même instant.

L'apprentissage de la discipline se fait majoritairement par l'exécution de différents kata, techniques et mises en situation, parfois seul, parfois avec un partenaire. Vous pourrez en savoir plus sur ce lien très complet.

J'ai découvert que les enseignements principaux de ce stage s'appuyaient sur l'école de Iaï Muso shinden (夢想神伝流). Après un travail intense au bokuto sur le kokyu (la respiration), nous avons pu également aborder les principaux axes de coupes (yoko guruma, shomen uchi, kesa giri et gyaku kesa) et les différents fondamentaux du Iaï tels que Nukitsuke ou Nukiuchi (l'action de dégainer), Chiburi (le nettoyage de la lame) ou encore Noto (rengainer).

Mention spéciale au principe Seme (la menace) déjà présent dans le travail au bokken. Au delà de l'attitude, il s'agit d'un travail tout en sensation dont le but est de peser sur le partenaire sans raideur inutile, tout en réduisant les ouvertures (suki).

Le kata principalement répété ce jour était Shohatto, premier des quatre mouvements du 1ier niveau (Shoden) tous issu de l'Omori Ryu. Ces mouvements commencent tous en seiza contrairement aux autres séries (n.d.a : ou à certains mouvements du Iaïjutsu de l'école de maître Kuroda par exemple) où le pratiquant est en position dites "assise" (tate hiza).

Sur chaque mouvement, j'ai pu avoir la chance d'être guidé, corrigé et conseillé par Philippe puisque nous étions seulement deux débutants. J'ai mesuré toute ma chance d'avoir, pour une fois, un expert presque pour moi tout seul et je suis heureux d'avoir pu poser toutes les questions qui me passait par la tête. 

J'ai particulièrement apprécié le fait que Philippe Cocconi cherche, non pas à vendre un enseignement rêvé à ses élèves, mais plutôt à les inciter à travailler au niveau de leur propre spontanéité, de façon très instinctive. Notre senseï du jour sollicitait notre intelligence, notre feed back. J'ai retrouvé dans son approche quelque chose que j'avais perçu chez un pratiquant regretté à moustache (René Van-Droogenbroeck) mais également chez l'enseignement d'Aoki senseï du Shiseikan à d'autres niveaux.

 

Philippe lors d'une démonstration de Iaido (Photographie : Exworld)

 

Le supplément d'humanité :

Le retour à la simplicité, à l'instinct et surtout le droit de faire des erreurs dans un cadre déjà défini est un élément viscéral. L'enlever de notre pratique revient à tuer quelque chose de vivant dans notre démarche. Le niveau shoden de l'école Muso Shinden présenté par Philippe correspondait bien à son propos dans la mesure où il expliquait sans cesse quoi faire pour faire simple et non pour faire quelque chose de parfait.

Nous avons pu enfin échanger sur d'autres pratiques comme celles de Malcom Tiki Shewan et Kuroda Tetsuzan. Chaque fois, Philippe revenait à notre niveau, à notre interprétation jusqu'à nous faire noter (sur une échelle de 1 à 10) les mouvements qu'il présentait lui-même afin de savoir ce dont nous étions capables, ce qui était à percevoir, à envisager ou à ressentir. Nous nous notions ensuite nous-mêmes et nos camarades afin de savoir qui, et quoi pouvait retenir notre attention.

D'ailleurs, ces partenaires, parlons en ! J'ai aimé le fait que chacun d'entre eux (déjà bien avancé sur la voie et très habiles au ken) soit à la fois attentif à ma compréhension sans me faciliter la tâche. J'ai pu également sentir mes propres lacunes et défauts dans le maniement de cette arme qu'en réalité, je n'affectionne pas particulièrement (n.d.a : avec une préférence plus nette, dirons-nous, pour le Jo) depuis mes débuts.

En aimant toutefois la liberté d'un sabre proposé par Philippe Cocconi dans une rigueur terrible, j'ai senti une évolution dans ma compréhension de cette outil mythique des samouraïs. Cette initiation m'a donné envie d'appréhender la pratique non plus avec un bokuto mais avec un Iaïto sur une séquence non préparée.. Le poids "réel" de l'arme m'a rappelé ma pratique de l'escrime, son coté moins encadré et plus direct avec un partenaire moins coopératif. A force de travailler avec des armes factices, on oublie facilement le plaisir d'utiliser quelque chose de plus réel et d'en mesurer tout l'impact sur le corps.

Au final je remercie tous les stagiaires et Philippe Cocconi en particulier, de m'avoir rappelé cela.

Rédigé par Aïki-Kohaï

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