Un autre sens de l'aïki : Au contact de Takeshi Kawabe

Publié le 14 Octobre 2017

Kawabe senseï (Photo : Aïki-kohaï)

Kawabe senseï (Photo : Aïki-kohaï)

Quand on est kohaï, on apprend toujours avec étonnement qu'en réalité : non, l'Aïkido n'est pas une création ex nihilo d'un fondateur génial mais plutôt "l'adaptation" d'un art déjà existant. Le mot Daito ryu arrive par la suite dans la conversation et, dans l'imaginaire collectif, il s'agit d'un mot "magique".

Sans bien comprendre de quoi il s'agit, on pense toucher au mythe. On espère approcher "l'aïki" à travers l'art du maître Sokaku Takeda sans comprendre que le Daito Ryu, lui aussi, n'est pas monolithique. Un certain nombre d'écoles existent et certaines sont plus proches de l'Aïkido que d'autres. Les professeurs et les enseignements sont parfois différents. Les avis divergent (parfois) et il y a un filtre à appréhender. 

Ajoutons à cela que les anciennes écoles Japonaises sont moins "ouvertes" de façon générale à la communication de masse qu'un Budo et, à tord ou à raison, cette façon de procéder va engendrer aussi une impression de secret total, une sensation que vous devez vous battre pour traverser la barrière.

En France, vous connaissez donc très probablement le daito ryu à travers quatre prismes (que je vous invite à consulter si vous ne connaissez pas) :

- Jean-Antoine Gonzalez, l'un des huit non japonais, et à ma connaissance le seul français autorisé à enseigner le Daïto ryu Takumakaï. Vous avez pu l'observer régulièrement à la NAMT bien qu'il soit plutôt discret.

- Les sites très complets de Guillaume Erard, également pratiquant de Daïto-ryu Takumakaï et de Stan Lee du Sangekaï.

- Les parutions de diverses pratiquants du Daïto Ryu Takumakaï comme Eric Grousilliat, ou encore Olivier Gaurin et les ouvrages et parutions de Stanley Pranin.

- Via la pratique de l'Aïkido et de l'Aïkibudo...bien que notre pratique d'aujourd'hui et la majorité des sources soient parfois discutables pour diverses raisons.

A un niveau bien moins stratosphérique, je vous invite aussi à découvrir mon compte-rendu de la NAMT 2017 et du taïkaï 2017 sur le hors-série spécial Aïkido de Dragon Magazine n°18 qui vient de paraître.

Je suis si heureux d'avoir pu y observer et sentir Kawabe Takeshi que je souhaite y revenir ici dans le détail. Aujourd'hui 8ième dan et instructeur en chef du Takumakaï, cumulant un demi siècle de pratique, également nidan d'Aïkido, le maître reçu l'enseignement de :

-Ueshiba Moriheï, dont il reçu le nidan (2ème dan).

-Takeda Tokimune (fils de Takeda Sokaku) dont il reçu le nidan (2ème dan) de Daïto ryu.

-Takuma Hisa dont il reçu le 5ième dan de Daïto Ryu et le Kyoju dairi (la licence d'enseignant).

-Mori Hakaru dont il reçu le hachidan (8ème dan).

-Kobayashi Hirokazu car Kawabe senseï étudia pendant 4 ans sous sa direction.

Autant vous dire tout de suite honnêtement, je m'attendais lors des deux cours exceptionnels qu'il donnait en France à un maître extrêmement fermé, difficile d'accès ou d'une grande sévérité. Mon expérience personnelle fut totalement tout le contraire.

Kawabe senseï fut un peu pour moi ce gentil grand-père Japonais qu'on rêve un jour de rencontrer dans un dojo au Japon ou ailleurs. Terriblement affuté. Très souriant mais pas complaisant. D'une grande patience. Je ne suis pas sur de pouvoir nommer avec précision les techniques abordées lors de nos cours mais je suis certain qu'elle demeurait volontairement en rapport avec l'Aïkido de notre quotidien martial.

Je me souviens très nettement d'une technique bien connue en Aïkido et que nous appelons "suwari waza shiho nage" en katate dori et qui fut là encore présentée pour développer notre sens du contact avec uke. Kawabe senseï présenta cet exercice comme un kokyu nage à la fois très léger et très dense dans une position où Tori chutait verticalement.

Je me souviens également de nombreux "Gloubiboulga/sac de noeuds humains" que je vais être incapable de dénommer clairement si ce n'est un Karamenage que j'ai pu expérimenter avec des partenaires issues de disciplines extérieures à l'Aïkido.

J'ai enfin été très marqué par l'importance de ce que nous appelons "kokyu-ho" en Aïkido et la sensation que j'ai pu avoir en subissant avec le maître une prise de centre particulièrement fine où l'utilisation du toucher via les mains et les poignets étaient particulièrement délicates. Mon corps se souvient d'une sensation différente du kokyu-ho que nous pratiquons au dojo, quelque chose de terriblement contraignant mais d'extrêmement...agréable. Ce qui rend au final la sensation déplaisante puisqu'on ne sait pas bien la définir, la quantifier, la rationaliser. La poussée de Kawabe senseï semble venir de ses lombaires et remonter vers l'estomac puis... elle dévie sans que le corps du maître se soit déplacé lui-même.

C'est sans doute là une des raisons premières du fait de primer la sensation sur tout le reste. Le coeur du moteur de la technique semble au-delà des mots mais je suis bien incapable de dire s'il s'agit là de l'application du principe aïki où d'un niveau tellement différent que je suis également incapable de saisir les plus infimes détails.

J'ai pu également beaucoup observer le maître utiliser son art sur d'autres en souriant mais, j'en suis convaincu, ces sensations laissaient parfois perplexes. Autant vous dire que j'espère pouvoir le rencontrer à nouveau afin d'explorer les limites de ma perception et/ou voir si j'ai progressé.

Merci à lui pour ces deux stages exceptionnels et souriants dont je me souviendrais.

 

 

 

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido, #Arts martiaux

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