Justesse et imperfections : le courage de se tromper

Publié le 26 Avril 2017

O-senseï dans sa jeunesse avec ou sans photoshop :-) source : www.utsusemiaikikai.com

O-senseï dans sa jeunesse avec ou sans photoshop :-) source : www.utsusemiaikikai.com

On dit souvent qu'il faut atteindre de "bons" standards afin d'avoir la légitimité suffisante pour parler (ou écrire) à propos de l'Aïkido et/ou surtout de la justesse en Aïkido. J'ai beaucoup vu, lu et débattu à ce propos pendant mes 4 minuscules années de pratique (agrémentées quand même de quelques centaines d'heures de recherches et plus d'une centaine d'articles ce qui n'est pas grand chose au final). De nombreux pratiquants (dont des enseignants)  ne sont pas tous d'accord sur le sujet bien que la plupart reconnaissent aujourd'hui que les "standards" nécessaires ne sont pas les mêmes pour tous.

Ont-ils raison ?

L'usage veut également que certains détiennent une sorte de "vérité" concernant l'Aïkido pour divers motifs (valables ou pas, je vous laisse seul juge) cumulant l'expérience de pratique mais aussi la position, le prestige, la réputation, les connaissances ou la proximité avec certains maîtres. 

Sont-ils donc forcément dans le vrai pour cela ?

Le kohaï que je suis souhaite donc (à nouveau) commettre un nouveau billet pour exposer l'urgence vitale qu'il y a d'ouvrir à nouveau les vannes. Bien entendu, l'intensité de votre pratique, de votre recherche, de vos efforts et de votre travail va forcément influencer en bien la qualité et le sérieux de votre vision de la discipline.

Mais les exemples sont nombreux de maîtres et d'élèves entièrement dans l'erreur (de leur propre aveu le plus souvent) du fait d'une méconnaissance importante ou partielle.

Je vous rappelle en mémoire divers faits à ce propos :

-Très peu de pratiquants japonais et occidentaux disposent d'un accès et d'une compréhension suffisante concernant le travail d'O-senseï. Précisons que ce dernier disposait à la fois de connaissances avancées en Daito-Ryu (lui même étant instructeur certifié par Sokaku Takeda), de connaissances pointues d'autres écoles d'arts martiaux japonais et d'un savoir conséquent concernant divers aspects religieux.

-Très peu d'élèves directs d'O-senseï disposent ou disposaient d'une partie significative de son enseignement profond. Un petit nombre seulement était "otomo" ou ushi deshi pour le maître et beaucoup étaient très jeunes à cette période et/ou peu intéressés par l'ensemble du savoir acquis de Moriheï Ueshiba dont l'art évolua (notons le) du fait du travail de son fils, le second Doshu, Kisshomaru Ueshiba.

-Très peu des connaissances diffusées par O-senseï et/ou ses élèves directs sont arrivées entre les mains de leurs élèves. Pour les mêmes raisons et à leur tour, beaucoup d'élèves de Tamura senseï, Noro senseï, Chiba senseï etc...(pour ne citer que quelques élèves directs) pouvaient suivre assez régulièrement leurs maîtres respectifs pour acquérir les connaissances dont, eux mêmes, constataient souvent les limites.

-Beaucoup d'informations au sujet de l'Aïkido et ses origines ne sont parvenues que très récemment à l'ensemble des maîtres et des pratiquants. Rappelons qu'il y a encore vingt ans, un nombre (très) réduit de pratiquants avait déjà entendu parler du Daito-Ryu et des véritables origines de l'Aïkido méconnues dans les instances et les ouvrages officiels. D'ailleurs, de nombreux experts de l'époque étaient encore persuadés (certains le sont toujours) que l'Aïkido est la somme presque égale que nombreux arts martiaux ou bien que l'Aïkido du fondateur a évolué entre la période d'avant-guerre et la période d'après guerre. Sans des chercheurs comme Stanley Pranin, Ellis Amdur où Guillaume Erard, nous aurions bien du mal à rassembler les pièces du puzzle des origines techniques de l'Aïkido et la différence entre faits et légendes. 

-Beaucoup d'informations restent et demeurent cachées. Même aujourd'hui, à l'heure d'internet et des réseaux sociaux, de nombreuses questions demeurent. Le monde du Daito Ryu reste encore opaque pour beaucoup de japonais et d'occidentaux, le principe Aïki est encore très mal compris (et notamment par votre serviteur qui, admettons le, essaye d'émettre des hypothèses qui s'avèrent des impasses), une partie de l'enseignement profond et du travail en finesse de l'Aïkido échappe partiellement ou totalement aux cercles les plus élargis dont l'effort de recherche n'est pas suffisant (y compris lorsque le travail sur les tatamis est là).

 

 

Maintenant que "la liste" est sous vos yeux, je peux à nouveau poser la question principale de ce billet : Quand est on (enfin) légitime pour parler ou écrire sur l'Aïkido ?

Bien sur, l'expérience et les heures passées sur le tatami sont souvent un gage de sérieux et de crédibilité mais certainement pas un certificat d'authenticité ou de justesse. Combien d'entre nous connaissent des gens abîmés par les erreurs passées de leur pratique parce que, "il y a 20 ou 30 ans, c'était comme ça".

Combien d'entre vous connaissent des professeurs et des élèves encore persuadés, du fait de leurs années de pratique, "qu'il faut faire comme ça" sans savoir que la pratique du voisin n'est pas "fausse" ni historiquement, ni techniquement mais juste différente ?

Si on rajoute les erreurs involontaires, l'opacité réelle et historique de certains principes, l'absence d'unicité du fait de la pluralité des maîtres et des enseignements, le manque d'information sur le sujet, je pense qu'on peut tous considérer que nous disons régulièrement des....grosses conneries et qu'on peut les mettre en pratique. Même les plus intelligents, les plus doués, les plus sérieux et les plus acharnés.

Alors QUI est légitime pour dire en réalité... le moins possible de bêtises sur ces sujets ?

Ceux qui sont honnêtes, je pense, dans leur imperfection. Ceux qui continuent d'avoir le courage de se tromper avec le peu d'information dont ils disposent là où ils sont et qui souhaitent parvenir à quelque chose de sérieux et de positif pour l'ensemble.

Bien sur, la rigueur entre en ligne de compte autant que la chance de pouvoir accéder à l'objet de nos recherches aussi mais je peux vous assurer qu'en réalité...nous sommes tous imparfaits. Vous en doutiez ? :-)

Mon travail le premier si je dois aussi être honnête avec vous car je ne suis qu'un humble kohaï dont la vocation n'est pas d'être une pointure où de vous affirmer des vérités mais bien d'explorer, de partager mon expérience et mes hypothèses en vous donnant le maximum.

Il y a tant de gens compétents qui continuent d'avoir l'occasion de se planter que je me sens, pour ma part, à l'aise avec le fait très simple d'être fier de chercher, tout simplement, y compris dans des endroits où vous ne trouverez strictement rien car je tourne en rond sur mon tatami.  

C'est pourtant cette motivation de tenter, non pas d'égaler des maîtres ou des experts, mais bien de satisfaire ma propre exigence qui compte, et de la dépasser un jour. C'est comme ça, je suppose que beaucoup de gens sérieux débutent quelque chose de sérieux et de juste (avec toutes les précautions que prend ce terme au regard de cet article).

Alors, retournons tous au travail et arrêtons de prendre le melon, voulez-vous ? :-) Nous ne sommes que des pratiquants, ensemble sur le même chemin.

 

 

P.S : Petit test caché, je propose que vous demandiez à votre entourage martial s'il connait la photo de couverture et de voir s'il trouve un rapport avec l'article :-)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido, #Arts martiaux

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Nicolas 27/04/2017 22:57

Alors bonne continuation et bonne recherche ! :-)

Aïki-Kohaï 10/05/2017 12:03

Merci à toi Nicolas :-)