Continuer est un trésor

Publié le 16 Février 2017

Et pendant ce temps au Korindo, on bosse :-)

Et pendant ce temps au Korindo, on bosse :-)

Lorsque j'ai débuté les arts martiaux vers mes 15 ans, je voulais surtout me défier moi-même. Je me suis absorbé dans la pratique et plus particulièrement la pratique compétitive de l'escrime avec l'envie de battre mes petits camarades et d'être le meilleur.

Précisons que ces moments de gloire ne sont jamais arrivés. Je tombais toujours sur plus fort, plus rapide, plus brutal et plus entrainé que moi. Quelques moments fugaces plus tard, je me suis aperçu deux choses essentielles alors que je participais à un championnat départemental d'épée en équipe :

- J'appréciais d'avantage le fait d'échanger des touches, la sensation d'être en capacité d'esquiver les attaques de mon adversaire que de vaincre.

- Je n'arriverais jamais à conquérir des podiums dans cet état d'esprit.

Bien que je n'oublierais jamais les paroles de mon maître d'armes gravées encore dans mon esprit et me disant que j'étais doué une lame entre les mains, j'ai préféré m'éloigner peu à peu de ma discipline sans trouver quelque chose à ma convenance.

C'est la frustration, le désir de self défense et la découverte de la violence quotidienne qui m'a ensuite jeté sur les tapis du Taekwondo wtf car je voulais là aussi, devenir plus fort. Là encore, il me manqua le sérieux et l'envie de vaincre mes partenaires pour briller, me distinguer et/ou faire de moi l'image idéalisée que j'espérais sans doute.

J'avais toutefois appris de mes blessures, affiné à la fois mon gout pour la confrontation et rejeté l'idée de gagner dans une compétition quelconque. Face à la brutalité, j'ai découvert que je ne serais jamais spontanément un bagarreur. Comme mon maître d'armes, mon professeur de Taekwondo ne tarissait pas d'attention mais nous étions dans un milieu bien différent de l'escrime et je n'étais pas sur de m'adapter jamais à prendre de vrais coups, à saigner, à tomber et me relever dans une confrontation.

Je voulais affronter mes propres peurs, les défier mais je ne réussissais qu'à créer l'illusion que je savais réagir.

..Mais je continuais à m'exposer sans relâche à d'autres disciplines internes ou externes afin de prendre le pouls de cet échec. Comme on observe une plaie, je me trouvais minable d'en être affligé sans trouver quelque chose à y faire.

Comme un leitmotiv étrange, je continuais encore et encore à foncer dans le mur de ma naïveté et de mes faiblesses en espérant que je trouve une réponse avant de m'y éclater le crane. Aujourd'hui encore, je ne sais pas si je poursuivais un besoin d'entrainer mon corps et mon esprit parce que j'étais trop têtu pour admettre de perdre ou parce que je pensais réellement trouver quelque chose de plus.

C'est alors que je suis tombé sur l'Aïkido en faculté. Cette rencontre avec Eric Jalabert, Philippe Monfouga, Etsuko Iida et l'Aïkido de Philippe Gouttard continue de bouleverser ma vie en m'offrant des réponses que je ne pensais pas obtenir pour moi-même et pour mes proches. Ces choix de vie n'ont pas permis que je devienne un grand guerrier mais j'ai obtenu de quoi aider autour de moi.

Ce premier cadeau offert par mon obstination me fait aujourd'hui comprendre l'importance de ne pas abandonner sa propre recherche, tout simplement :

Je sais que beaucoup de kohaï sont à l'image de notre société moderne. Nous tentons tous d'atteindre beaucoup de rêves à la fois. Certains de ces rêves sont toutefois vendus par la vie que nous avons et ne vont pas refléter notre nature profonde. Parfois et sans le savoir, le rêve est issu du milieu où nous évoluons et ces rêves vont nous aveugler sur la réalité.

Beaucoup d'entre vous vont en effet tenter de mettre un pied sur le tatami pour des raisons triviales et c'est parfaitement normal. Vous allez vouloir vous défendre pour devenir ces mythes que vous voyez dans les films, vous aller vouloir perdre du poids et transformer votre corps pour attirer les regards, vous allez chercher un grade pour obtenir de la fierté dans votre propre reflet et dans le regard des autres.

Vous allez désirer cette place aux cotés des maîtres parce que VOUS pensez la mériter. Peut-être êtes-vous déjà dans son ombre à tenter de vous faire remarquer depuis un moment en imaginant que ce moment va advenir parce que vous êtes spécial ?

En vérité, je préfère vous le dire tout de suite. Personne ne va atteindre le rêve le plus petit sans d'immenses sacrifices, sans travail, sans abnégation, sans douleur et...sans bienveillance envers son prochain. Et le rêve le plus grand va très souvent demeurer inaccessible pour des raisons parfaitement injustes.

Mais tout cela n'est vraiment pas important. Car le simple fait de continuer à travailler pour cela permet de mieux vivre l'instant présent, dès maintenant. Et c'est exactement ce que je n'avais pas encore compris avant d'arriver en Aïkido comme on tombe sur un coffre au trésor en creusant au hasard.

Il n'est jamais trop tard pour progresser puis devenir un peu meilleur.

Comme le précise MIyamoto Musashi dans le livre de l'eau, "Il faut maintenir sans tache et large notre esprit, en même temps que maintenir vaste notre sagesse. Il est essentiel de polir assidûment la sagesse et l'esprit. Pourvu que l'on sache discerner les avantages et les inconvénients du monde, que l'on connaisse le bon et le mauvais cotés des choses, que l'on pénètre tous les arts ou toutes les voies, que l'on ne puisse plus être trompé par aucun, alors notre esprit est apte à aborder la sagesse de la tactique".

A la lueur des paroles du maître de légende, j'ai toujours pensé que je serais trompé par toutes les voies parce que je m'obstine à ne pas voir l'ensemble du tableau et notamment sa part d'ombre. Mais je continue de persévérer en ce sens.

Quatre ans de travail derrière moi ne vont évidemment pas me métamorphoser en grand sage ou en combattant mais je suis persuadé qu'en cherchant la bienveillance partout où elle se trouve, je vais demeurer en accord avec moi même et ma propre recherche.

Toutefois, loin de moi l'idée de m'abandonner à une sensation d'achèvement sur le sujet, je ne vais pas m'illusionner.

Je tenais seulement à vous le dire et à faire passer le message que j'ai reçu.  Et je réponds également à tous ceux (assez nombreux pour me faire réagir) qui s'inquiètent de me voir un petit peu moins sur le blog : En vérité, je travaille, je travaille, je travaille et je travaille encore les amis :-)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido, #Actualités-Nouveautés

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