Shugyosha en Picardie : Mes impressions sur le stage de Pascal Norbelly du 23 octobre 2016

Publié le 15 Novembre 2016

Photo : Aïki-kohaï

Photo : Aïki-kohaï

Un débutant qui veut progresser doit impérativement sortir de sa zone de confort. C'est le leitmotiv que vous avez appris à lire et relire sur le blog depuis plus de deux ans et il est largement inspiré des différents credos Tamakien et Gouttardien. Cet adage est valable depuis la case départ de votre formation de Budoka jusqu'à la fin de votre vie martiale.

On peut même le considérer comme une sorte de credo du kohaï pour les plus farfelus.

Il me faut cependant être honnête avec vous en y apportant une nouvelle nuance qui n'existait peut être pas en 2014 lorsque je traversais cette étape.

Vos premiers pas franchis hors du dojo sont souvent accompagnés de vos professeurs ou de vos sempaïs. Vos premières aventures se font souvent à l'aune de la surveillance bienveillante de vos pairs et/ou de vos maîtres. Votre première impression d'avoir quitté (enfin) le seuil du dojo est un moment qui permet une formidable remise en question et le franchissement d'un nouveau seuil quand à votre confiance en soi...

...mais il existe des moments où un débutant doit savoir apprendre à perdre la presque totalité de ses repères pour franchir de nouveaux caps. Avouons le tout net,  il y a zone de "non confort", zone de difficulté et...zone totalement inconnue ("ultime frontière" dirait monsieur Spock) où réside la sensation de nos limites supposées.

Comme je le découvre avec vous depuis environ un an, tandis que mon compteur commence à accumuler de nombreux stages, je tenais à mettre l'accent sur les "véritables aventures".

Pour ne parler que des stages autour de l'Aïkido, on se retrouve avec des gens aux sensibilités parfois opposées, un enseignant au naturel et non habitué à vous voir, des partenaires complètements différents (et plus ou moins tolérants) dans une ambiance interne moins sereine.

Faire ce genre d'expérience me rend encore très nerveux (et oui). On se demande si on est à la hauteur. On s'interroge sur nos futurs partenaires, sur l'endroit où l'on va, sur l'ambiance, l'enseignement, l'impression qu'on y laisse et surtout sur le fait d'arriver à "bien faire".

Je me pose également plusieurs questions que je vous dévoile ici, en vrac :

Est-ce que je vais pouvoir me plonger totalement dans l'enseignement proposé ?

Est-ce que je ne me suis pas trop éloigné de ma propre recherche ?

Est-ce que je vais pouvoir saisir ce petit "quelque chose" du professeur à ramener à la maison ?

C'est totalement dans cette optique que j'ai accepté d'aller me perdre à Laon, en Picardie avec mon jumeau maléfique lors d'un week-end d'automne.  L'objectif premier était d'en savoir plus sur l'enseignement de Pascal Norbelly que j'ai totalement découvert lors du premier grand stage de l'association Aïkido et Controverse.

Une seule tête connue de moi là-bas : l'ami Hervé Fortin (4ième dan) du club de Laon. Tout le reste allait être une sacrée découverte.

Source et photo : Aïki-kohaï

 

Le sourire de Pascal Norbelly :

Quand on parle de Pascal Norbelly aux hasards de vestiaires, de stages ou d'un forum, j'entends souvent dire deux choses fondamentales. A l'instar de Bernard PalmierPhilippe Grangé ou Brahim Si Guesmi, Pascal est un enseignant qui rapproche les horizons les plus divers, au delà de sa propre école. On dit également du bien de lui, en dehors de la précision de sa technique, du fait de sa grande humanité.

Mais d'où vient-il ce maître si peu médiatisé ?

Pascal est avant tout un Aïkidoka issu des bancs de Bernard Palmier shihan, ayant développé sa pratique chez le maître de la verticalité, vers la fin des années 70. Depuis sa ceinture noire en poche en 1978, c'est également un compagnon de route de Christian Tissier Shihan et l'élève de Seigo Yamaguchi il étudiera également auprès de Saotome senseï, Endo senseï et Yasuno senseï etc...

Alors que Pascal Norbelly dispose d'un pedigree et d'une présence technique sur le sol Français identique à celle d'un "professionnel à temps plein" de l'Aïkido (enseignant depuis les années 80, responsable technique depuis les années 90, membre des jurys pour les 3ième et 4ième dan, Directeur Technique Régional de la ligue de Picardie FFAAA depuis 2001 etc...), beaucoup ne sont pas au courant que "le senseï" est toujours un enseignant dans le civil. 

C'est donc un "vrai" professeur. Avec de vrais morceaux de pédagogie bio dedans. Et le sentiment de clarté qu'il donne à la sortie de ses stages est aussi appréciable que la simplicité admirable de sa plume que je vous propose de découvrir ici même.

Que dire de plus ?

J'ai été grandement aidé par la bonhommie féline de Pascal Norbelly jusqu'au dernier moment du stage. Après des heures de route dans le brouillard d'un dimanche matin Picard (pardon, on dit les "Hauts de France" :-) il me semble), Guillaume Roux et moi même étions deux "shugyosha" en vadrouille bien curieux, avec les yeux à peine ouverts.

Le cours se déroula en deux temps si je devais le résumer de façon claire : une première partie très classique avec exercices proposés sur la saisie ai hanmi katatedori et une seconde partie plus "physique" avec plusieurs propositions techniques en suwari waza et hanmi handachi waza, l'histoire de dynamiser le tout.

Et c'est là que les choses commencent à devenir bigrement intéressantes avec les "fatals picards" (oui, oui, j'ose tout).

 

Source : Aïkido Bonneuil

 

Bienvenue chez les hyperboréens :

Il y a deux choses qu'un débutant déteste dans un stage de ligue. Se faire ignorer par les gradés et me faire noyer sous les informations d'un catalogue de technique. Cette fois là, j'ai été positivement charmé par le coté "familial" de la belle ligue Picardie et je pense avoir évité ces écueils douloureux pour la motivation.

Quelques éléments significatifs sont mêmes vraiment appréciables : J'ai eu la nette impression d'avoir été "téléguidé" d'un partenaire expérimenté à l'autre. Je me sentais "invité" du nord et chaque senseï voulait prendre le temps de m'expliquer (ou me faire ressentir) quelques éléments de compréhension savamment appuyés par les précisions de Pascal, très présent dans nos rangs. Il y avait comme une sorte de "synergie hyperboréenne", un bel ensemble de bonnes volontés centré autour des moins expérimentés.

Pas le moins du monde je n'ai souffert du syndrome du pyjama, maladie bien connue des stagiaires sans hakama cherchant désespérément qu'on leur adresse un regard.

Coté technique, le découpage du stage de Pascal Norbelly restait extrêmement classique. Quelques taï sabaki pour illustrer certains déplacements. Les quatre principes appliqués sur une même saisie. De belles propositions sur Irimi Nage et Tenchi Nage afin de délier le corps entre deux immobilisations etc etc...

Mention spéciale aux patientes maximes d'Hervé Fortin sur mon nikkyo ura un peu à l'envers et vraiment peu dignes de mes professeurs. Merci également aux charmants kohaïs (1ier kyu) qui n'osaient pas me donner d'avis alors qu'ils se débrouillaient remarquablement au sol pendant 10 longues minutes de suwari waza sur yonkyo ura en yokomen uchi. C'est tellement appréciable de sentir l'engagement le plus total, de débutant à débutant, comme si l'un pouvait s'appuyer sur l'autre et non pas lui donner des leçons.

Evidemment, chaque stage à son lot de bavards et quelques "cours dans le cours" sont souvent inévitables mais je reste tout de même charmé par la dynamique des participants. J'ai pu également sentir (par chance) un peu le Pascal Norbelly qui me démangeait depuis un moment déjà malgré la timidité du senseï à l'égard de ma nouvelle tête.

Il y a bien quelque chose de "verticalo-palmiériste" là dedans messieurs, dames. Pascal semble cependant doté d'une sensibilité particulière. On sent qu'il cherche à délier l'ensemble du prisme de son partenaire. J'ai eu l'infime sensation de passer à travers les mains expertes d'un chat sans griffe, libérant tout l'espace autour de moi avant de m'y déposer.

Je retrouve bien souvent cette sensation de douceur chez Monfouga senseï. Cet espèce d'Aïkido où le corps n'a aucunement l'impression d'être écrasé mais juste poussé à des points contradictoires entrainant sa chute. Je me souviens avoir apprécié ce point commun et l'avoir gardé précieusement pour moi.

Il y a sans doute d'autres pistes à creuser, plus loin sur des sentiers battus en dehors d'un stage de ligue, là où le maître veut exprimer quelque chose de plus personnel. Quelques petits cailloux à collecter sur des sentiers moins visibles.

Le stage se terminait enfin par la traditionnelle remise de grades et diplômes et je suis heureux également d'avoir pu discuter du retour post CQP d'Hervé "le rouge". Notre aventure s'est d'ailleurs bien terminée dans son humble demeure et c'est le coeur en fête que je suis retourné chez moi, heureux d'avoir pris le risque d'être conduit religieusement par mon jumeau en ces endroits moins connus du paysage martial.

Il y a des moments où il faut savoir se perdre comme je le disais. Totalement ou presque. La sensation est importante. Alors que vos petits camarades donnent souvent de fausses impressions de progrès, on ne fait qu'en réalité s'habituer à eux tandis qu'ils s'habituent à vous.

Se perdre permet de voir la vérité sur vos espoirs de devenir un gentil sempaï.

Il va sans dire que je suis prêt à aller encore plus loin la prochaine fois si ma femme me laisse trainer sur les routes.

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido, #Stages

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inconnu 09/01/2017 14:09

MONSIEUR Pascal Norbelly est malheureusement décédé ce samedi. :(
Un grand prof nous quittes

CF 07/01/2017 17:58

Connaissant Pascal personnellement, je rejoins tous les commentaires
Une personne exceptionnelle ... décédée malheureusement cette nuit du 07/07/2017 ...
Personne ne pourra plus désormais compter sur ses nombreuses qualités humaines et professorales

Loïc 15/11/2016 16:58

J'ai eu plusieurs fois l'occasion de faire des stage d'été en Auvergne avec Pascal et il est vrai que ce qu'on retient, c'est son humanité, sa bienveillance et sa bonne humeur.
Je ne sais pas si tu y as eu droit, mais généralement lorsqu'il prend un Uke pour montrer un mouvement, il demande à son Uke de refaire le mouvement devant tout le monde ce qui lui permet d'apporter quelques explications supplémentaires si le Uke est perdu.

Aïki-Kohaï 04/12/2016 10:56

Bonjour et mes excuses pour la réponse tardive (beaucoup de boulot). Oui, il me semble que nous avons eu droit à cette explication au moins une fois :-)

J'aime d'ailleurs beaucoup cette façon de faire.

Bien à toi

Pierre