Mes impressions sur le stage d'Hino Akira du 10 septembre 2016 : La découverte du Tengu

Publié le 13 Septembre 2016

Hino Akira lors de la NAMT 2015 (Photo : Aïki-kohaï)

Hino Akira lors de la NAMT 2015 (Photo : Aïki-kohaï)

On le surnomme le Tengu des montagnes de Wayakama, vivant à quelques kilomètres du lieu de naissance de Ueshiba Moriheï au coeur de la nature Japonaise. Tour à tour écrivain (et notamment pour la revue Hiden), musicien et Budoka, Hino Akira enseigne les principes de sa méthode (le Hino Budo) à de nombreux adeptes de arts martiaux mais également à des danseurs professionnels, des musiciens, des athlètes de haut-niveau, des thérapeutes et j'en passe.

Pour beaucoup c'est un guide, pour moi il était jusque là ce maître souriant avec qui j'avais pu échanger quelques mots dans un anglais approximatif lors de la NAMT 2015. Ma femme (et moi même of course) avions d'ailleurs beaucoup apprécié sa simplicité.

Je dois dire que j'ai ensuite observé Hino Akira depuis, intrigué par les nombreux instants volés que j'avais chez moi grâce à la magie de la photographie, et préoccupé par l'envie d'en savoir plus...mais je ne savais pas quoi penser, ni à quoi m'attendre.

Etais-je capable de comprendre un traître mot de ses propositions ? Trouverais-je dans son waza quelque chose à insérer dans le Jenga de mes propres recherches ? Etait-ce au-delà de mes propres limites ?

Se faire une idée de l'enseignement d'Hino Akira est cependant très superficiel, sans tenter de sentir le maître directement. C'est ainsi que je suis finalement allé, à l'invitation de Léo Tamaki, me rendre compte par moi même.

Permettez-moi, avant de vous raconter mes périphéties, de sourcer en préambule une série de liens pour ceux d'entre mes lectrices/lecteurs qui désirent se faire une idée de l'enseignant avant de me lire. Vous trouverez ici, ici et surtout ici de remarquables indices.

Lors du stage 2016 (Photo : Laurent Sikridji)

 

Les coudes, l'orteil et le relâchement :

Le thème proposé durant la matinée de stage que j'ai passé à étudier auprès de Hino Akira était, (je pense) "Le Coude et le relâchement", si l'on voulait le synthétiser. Plusieurs autres principes sous-jacents intervenaient autour des différents exercices mais je ne suis pas sûr d'avoir tout identifié de façon claire.

Précisons immédiatement (et comme à mon habitude) qu'il ne s'agit là que de mon ressenti et donc que ce dernier peut induire d'autres en erreur. En revanche, il demeure utile afin de vous faire une idée de l'ambiance, des thèmes proposés et des principes à l'étude.

Un premier intérêt s'est dégagé immédiatement de ce séminaire : seule une partie des (nombreux) stagiaires pratiquaient l'Aïkido tandis que d'autres étaient des lutteurs, des danseurs, et des Karatékas d'un niveau variable. L'ensemble de ce melting pot demeurait un magnifique terrain pour estimer mes propres capacités de connexion et de mouvement. Ajoutons que la presque totalité des présents semblaient être des habitués de la méthode.

Un second intérêt se présenta tout aussi rapidement en la présence de nombreuses têtes familères à savoir Farouk Benouali, Guillaume Roux et quelques visages réguliers de l'Aïkido Kishinkaï en plus de la présence de Léo Tamaki lui-même. C'est également un plaisir que de comparer nos pratiques avec des gens qu'on apprécie :-)

Rien que le premier salut du stage devait m'annoncer tout de suite la couleur car le maître ne se contente pas de s'incliner devant le Kamiza ainsi que ses élèves du jour. Il fait également immédiatement un bond et se retrouve sur ses pieds, attendant que les stagiaires l'imitent, habitués à ce mouvement...

...Ce qui est bien mal connaître votre serviteur, surpris, et donc juste capable de sacrifier l'un de ses orteils en se remettant debout en une magnifique "auto-torsion kohaï" du plus mauvais effet.

Je ne sais pas si je dois ensuite à la douleur de mon doigt de pied l'état de confusion (pour ne pas dire de fugue mentale) qui va suivre durant mes découvertes :

Hino Akira est (très) impressionnant quand il bouge mais plus encore lorsqu'il s'ancre dans le sol. Ses gestes souples mais efficaces n'étaient pas sans me rappeler une sorte de Karaté Shito Ryu destructuré comme...lorsqu'un adepte de la cuisine moléculaire vous présente une tarte aux pommes.

Imaginez un peu...

Vous savez qu'il y a tous les ingrédients de la tarte aux pommes, vous savez que c'est bon comme de la tarte aux pommes mais tout est placé dans un ordre nouveau (et/ou présenté sous des formes et textures nouvelles) perturbant la totalité de vos sens.

J'ai eu exactement le même feedback avec Hino Akira senseï et je dois dire que j'en reste encore relativement confus.

Mention spéciale à trois exercices en particuier que j'ai beaucoup apprécié (même si, mes excuses, je ne suis pas sûr de les expliquer correctement)  :

Le premier proposait d'utiliser les mouvements naturels du coude et le point du sternum afin de libérer la ligne de torsion du poignet.

Le second exercice proposait d'utiliser le relâchement du coude pour tenter de sentir le "kimochi" de aïte (ndl : pouvant se traduire par "le port du ki". Cela désigne également les émotions d'une façon très large), et agir en profondeur sur un point précis du sternum, déplacer ce point puis déséquilibrer aïte si possible.

Le troisième proposait de dévier un gedan tsuki avec le même bras sans raidir le coude et en relâchant la totalité du bras.

Notons que la mise en application de ce dernier exercice m'a permis de réaliser quelque chose que je juge assez significatif pour le présenter humblement auprès de vous :

On dit souvent en pratiquant l'Aïkido qu'il ne faut absolument pas d'opposition, ni utiliser la force et pourtant, si notre corps est globalement relâché, nos chaines musculaires sont encore beaucoup trop actives pour dire "qu'on utilise pas la force".

Je me suis interrogé sur ce que j'ai reçu alors que Hino Akira m'observait en secouant la tête et en souriant tandis que je m'appliquais à tenter de reproduire en vain ces choses qu'il tente de nous inculquer : Que veut dire exactement ne pas utiliser sa force ?

Est-il seulement possible d'appliquer un tel principe sans tricher lorsqu'on débute ? Est-il seulement réalisable d'être efficace sur la base de notre seule souplesse et/ou de notre tonus musculaire uniquement ? Hino Akira utilise t'il la force de l'autre, s'agit-il simplement de transférer de façon fine son propre poids dans une seule partie de soit-même ou...les deux à la fois ? Peut-être en réalité rien de tout cela puisque notre enseignant insiste souvent dans ses écrits et les vidéos sur la nécessité de ne pas transférer son poids au risque d'être perçu.

Je vais essayer aussi d'exprimer la différence à l'aune de ce que j'ai observé de très près chez Hino Akira tandis qu'il "s'amusait" avec un lutteur expérimenté d'un gabarit nettement plus important que le sien. Hino senseï ne bouge pas beaucoup, il se déplace comme un nuage. Son contact est profond mais il ne serre pas et n'est pas non plus superficiel car on dirait qu'il sait précisément où accrocher aïte et/ou cela n'est pas nécessaire.

Je n'ai pas osé, je l'avoue, lui demander carrément de tenter de me renverser mais je n'étais pas loin de le faire car je voulais comprendre comment il arrive à trouver le bon endroit où poser mon sternum avec son coude tout en parvenant à me déplacer ET en agissant rapidement.

Un constat s'impose : Developper un corps aussi sensible demande forcément une incroyable qualité de travail qui me dépasse totalement à ce jour. Même le plus infime mouvement demeurait très superficiel de mon côté. Tantôt, je voulais aller lentement et Hino senseï venait dire simplement le mot "quick" en secouant la tête, tantôt que je voulais aller vite et je n'arrivais à rien de profond...

Lors du stage 2016

(source : Farouk Benouali)

 

Le point du sternum et le retour de la tarte :

Alors que c'est déjà le méli-mélo dans mon cerveau, j'aimerais revenir avec vous à nouveau sur l'exemple de "la tarte aux pommes". En effet, j'ai à nouveau la sensation que la capture de l'intention chez Hino senseï est sensiblement la même que chez les aïkidokas tout en appliquant des composantes sensiblement différentes.

J'ai également la sensation que travailler en recherchant les "saveurs" de l'Aïkido dans un environnement n'ayant rien à voir avec l'Aïkido m'a fait le plus grand bien.

Pour essayer de vous communiquer mon sentiment, je souhaitais prendre à nouveau en exemple un des exercices proposés par notre souriant professeur.

Il s'agissait lors d'une saisie, bras tendu, par le partenaire sur le haut de l'épaule (ou bien la nuque, je ne suis pas sur) d'utiliser son coude pour "déplacer" la force d'aïte, plier son bras (le moins possible), glisser sur ce dernier et entrer dans une sorte de ude garami très fin mais efficace.

Ce mouvement était sous doute le plus proche d'un mouvement d'aïkido que j'ai pu expérimenter pendant le stage. Il était sans doute le plus intéressant car je l'ai pratiqué avec un Karatéka très souple (issu du Shito Ryu certainement) et nous avons pu échanger par la suite. L'utilisation globale de nos corps dans ce même mouvement était passionnant car, pour réaliser les mêmes gestes, nous partions sur deux prismes totalement différents avec un constat identique : l'utilisation faible de notre sternum.

Je perdais un contact précis pour réaliser la fin du mouvement tandis que mon partenaire perdait contact pour réaliser le début de ce même mouvement.

J'avais tendance instinctivement à vouloir me déplacer pour contourner le problème alors que mon partenaire demeurait parfois ancré dans le sol.

Je suis persuadé que notre échange était d'une qualité satisfaisante et pourtant, nous cherchions un seul point (celui du sternum) en compensant de façon totalement diamétralement opposée. Notons que cette étude n'aurait jamais pu advenir avec un compagnon de travail issu de la même école et de la même discipline en utilisant les mêmes mouvements. Nous aurions tenté de bouger de façon identique et je n'aurais pas vu l'autre extrémité des possibles. Une partie de l'analyse m'aurait alors totalement échappé.

Cet épisode m'a donc fait réfléchir (à nouveau) sur l'intérêt de travailler certains principes communs comme le relâchement avec le maximum de "corps disponibles". Des danseurs, des lutteurs, des yogis, des karatékas, des sportifs, des aïkidokas, des grands, des petits etc etc...

Si les choses souples peuvent l'emporter sur celles qui sont dures et si la douceur surpasse la force (Ju yoku go o seï suru), il va sans dire que cette douceur ne peut s'expérimenter seule et probablement moins bien dans un contexte de kata geiko entre partenaires déjà lissés par un travail similaire.

Hino Akira lors de la NAMT 2015 (Photo : Aïki-kohaï)

 

L'expérience souriante :

Je suis sorti ravi mais perplexe (à nouveau) de ma seconde rencontre avec maître Hino Akira. Certains exercices sont clairement des pistes de travail et il est possible de les mettre en place au quotidien dans son entrainement personnel malgré la difficulté.

Est-il toutefois réalisable de se mouvoir en intégrant l'ensemble de la dynamique du Hino Budo sans être Hino Akira lui même ? Tout en utilisant l'Aïkido ?

Je ne suis pas certain d'avoir la réponse à ce jour. Est-ce bien utile de se poser une telle question de toute façon ?

Pour ma part, je repars dans tous les cas avec beaucoup de richesses, celles de rencontres et de principes et pour conclure ce billet je citerai le maître lui même "Lorsque l'on a des atomes crochus avec quelqu'un, on peut facilement passer du temps avec lui, aller boire un verre. A l'opposé il est difficile d'établir une relation avec certaines personnes. Mais si l'on se contente d'être toujours avec les mêmes gens, notre horizon se rétrécit. Aller à la rencontre de nombreuses personnes nous ouvre l'esprit. Il en est de même pour la technique. Ce n'est qu'ainsi que l'on peut réellement progresser."

 

Source : Leo Tamaki

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Arts martiaux

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