Exigence et Fluidité technique : Retour sur le stage de Pascal Guillemin du 21 mai 2016

Publié le 15 Juin 2016

La photo de famille du stage, Source : Aïki-kohaï

La photo de famille du stage, Source : Aïki-kohaï

Cela fait un moment que je croise Pascal Guillemin sur les tatamis sans que jamais nous ayons l'occasion d'échanger. Notre première rencontre s'est déroulée à la NAMT 2015 (sans que je puisse avoir la chance de me présenter plus formellement dans la folie de cet événement) et ceux qui suivent le blog depuis longtemps connaissent déjà mon admiration pour son travail déjà abordé dans ces colonnes.

Il est amusant d'ailleurs de préciser pour les plus débutants de mes lecteurs que vous connaissez tous Pascal Guillemin de toute façon.

Si si j'insiste.

Même votre petite cousine de 12 ans et votre cousin amateur de foot connait Pascal sans le savoir et dans tous les cas. Je m'explique en dévoilant le palmarès de ce maître incontournable et vous allez comprendre :

Pascal c'est d'abord l'un des plus anciens uchi deshis de Christian Tissier shihan. Débutant l'Aïkido en 1987 alors qu'il est encore un enfant chahuteur renvoyé d'une sélection du PSG (vrai de vrai), il parcourt le monde entier aux cotés de son maître pendant une dizaine d'année et si vous connaissez les démonstrations les plus connues de Christian (à Bercy notamment en 2004, en 2005 ou en 2009 etc...) vous avez déjà vu Pascal dans le rôle de uke.

Pour ceux qui s'intéressent au Kashima no tachi qui se pratique en France, il est également certain que vous n'êtes pas passé à coté des démonstrations de Pascal Guillemin dont les talents aux armes sont exceptionnels.

 

 

Enfin et pour ceux qui débutent l'Aïkido depuis le matin même, je sais également que vous connaissez le travail de Pascal qui officie parfois pour le cinéma international en tant que chorégraphe de scènes de combat et entraineur. Vous avez pu découvrir que son talent marche sur les mecs comme Tom Cruise dans The Last Samouraï ou même sur Vin Diesel dans Babylon A.D.

Mais ce n'est pas tout...car Pascal diffuse également l'Aïkido en partenariat avec la P.P.J (Protection Judiciaire de la Jeunesse), dans le milieu carcéral, auprès des jeunes en difficulté et il est enfin l'instructeur occasionel de personnalités publiques comme Kerry James...

Bref. Tout le monde connait Pascal :-)

Je ne pouvais donc manquer ce stage sous aucun prétexte. Il fallait que j'y sois malgré le menu coriace qui m'attendait en ce samedi ensoleillé Pantinois. A noter que nous n'étions que 3 kohaïs à oser mettre le pied sur un tatami où la moyenne globale des grades de la plupart des participants frisait le 3ième dan. Vous me direz et vous aurez raison, cela ne veut rien dire mais tout de même...il allait falloir que je tente de raccrocher les wagons tout en utilisant mon bridge pour une séance photo prévue à l'avance (ce qui triplait la difficulté).

Et du beau monde, il y en avait. David Desport (4ème dan), Etsuko Iida (3ième dan), Philippe Monfouga (3ème dan), Arthur Frattini (4ème dan), le jeune François Pichereau (3ème Dan), le gratin du cercle Tissier (re-avalanche de Dan), les élèves des Guilands de Montreuil etc etc...

Bien accroché à mon GI, j'entrepris de mon coté d'alterner les déplacements sur le tatami et les exercices proposés tout en sachant que je devrais opter pour l'un ou pour l'autre en fonction de la difficulté.

 

 

Peut-être une tendresse particulière pour le Jo :

 

La première partie du stage se placa sous le signe du buki waza (techniques aux armes) avec un travail important sur plusieurs séries de mouvements et variations de Jo (le baton court). Si je connaissais une partie des entrées proposées par Pascal que vous pourrez observer sur les photos, certaines utilisaient des placements ou des déplacements que je n'avais pas franchement expérimenté et l'intérêt évident de travailler avec tout ce package de gradés pris un sens franchement appréciable pour un humble kohaï pris ("atrocement") entre l'envie de pratiquer et l'intérêt de faire des beaux clichés pour son groupe.

Je pense d'ailleurs, comme pour les cours aux armes que j'essaie de suivre chez Eric Marchand, que nous avons tout à gagner à nous investir de ce type de pratique le plus tôt possible au lieu d'attendre un 1ier kyu et/ou un passage de Dan pour s'intéresser aux armes de l'Aïkido.

Pascal, je l'en remercie encore, avait évidemment une attention toute particulière pour les quelques ceintures blanches tentant de se débattre avec ces "morceaux de bois" et j'ai personnellement beaucoup apprécié certains de ses conseils. Je constate, comme beaucoup de novices, que j'ai encore tendance à reculer, par exemple, pour "laisser de la place au Jo" lors de nombreuses entrées car la distance est parfois maximum et les mouvements encore inattendus.

 

 

De même, j'ai le défaut personnel de parfois "pratiquer tout seul" un kata ce qui peut poser un certain problème lors d'un entrainement solitaire comme pour le kata des 31 frappes que j'apprends avec Etsuko senseï mais surtout lors de la pratique à deux :-( (oui, je sais, je sais...)

Pascal trouva les mots justes pour m'indiquer la voie en évoquant notamment le fait qu'une frappe est, certes un contact, mais...rien de plus qu'un contact (comprenez qui peut être violent ou pas, direct ou pas mais qui ne doit pas laisser la place pour la réflexion). L'appréhension de la frappe aux armes est courante au départ mais se rappeler qu'elle participe de la construction (ou plutôt la déconstruction) du partenaire plutôt qu'à sa destruction me permis d'imaginer autrement mes déplacements suivants et de gagner en confiance.

D'ailleurs, je ne sais pas si c'est une coïncidence mais comme j'ai l'impression que Bruno Gonzalez à une préférence pour le Ken, j'ai aussi la sensation très nette que Pascal Guillemin dispose d'une préférence pour le Jo. Je dis cela car je l'ai trouvé particulièrement inspiré lorsqu''il maniait cette arme lors de la NAMT 2015 et j'ai pu à nouveau ressentir cet étrange effet en le voyant s'approcher de la tête d'Arthur Frattini (en mode pâtre grec) et de François Pichereau.

 

 

"Ne pas être étriqué" dans sa technique semblait être une consigne muette lors de ce stage où la fluidité était reine, et pour cause, notre travail préparait le tachi waza (travail à mains nues) de la partie suivante destinée aux passages de grades.

Il s'agissait donc aussi de se réapproprier des mouvements à priori basiques pour en corriger certains défauts (petits et gros) et éviter les saccades. Est-ce que nous avions une saisie légère ou lourde de notre Jo ? Est-ce que nos mains circulaient librement ? Est-ce que notre posture et notre vitesse d'exécution s'adaptait à la situation ? Est-ce que nos mains se situaient correctement et dans le bon sens à tout instant ? Est-ce que nous exposions nos doigts lorsque nous repoussons le Jo de notre partenaire ou non ? Tant petits détails techniques à rectifier et affiner grâce à la sagesse de "tchoup-tchoup sensei" (que je qualifie affectueusement ainsi car il fait toujours ce petit bruit caractéristique quand il projette son uke).

Et on sent que Pascal senseï est attaché à chaque détail avec la minutie de l'horloger qui s'occupe d'une Patek-Philippe. Le but est de réhausser le niveau d'exigence. De ne pas s'attacher à la moindre hésitation. Seul bémol : l'exercice n'était pas toujours aisé à suivre (y compris pour certains gradés) et il faut redoubler d'attention. L'ambiance est concentrée, studieuse, appliquée, perçante et les mouches font plus de bruit que d'habitude :-) On retrouve jusqu'aux dernières minutes la sensation nerveuse du mode "passage de grade" qui se poursuivra dans la seconde partie.

 

 

Technique, sueur et blind test de haute volée :

 

Cette fois on passe en mode rayon X (ou même Gamma). On s'accroche (encore plus) à son Gi, on dépose le Jo et on se frotte à l'Aïkido de Vincennes en mode "passage de grade".

Mais parlons un peu du "waza" (la technique) de notre directeur de stage dans son sens le plus profond :

Là où Marc est solaire, là où Fabrice est sérieux, là où Hélène est académique, Pascal semble disposer totalement habité par son maître (Christian Tissier Shihan) à travers son waza comme si Christian himself avait greffé son ADN sur lui lors d'une expérience scientifique. Il ne s'agit pas d'une copie attention mais...la sensation parfois qu'IL (le maaaître) est bien présent.

Les conseils techniques sur les propositions de Pascal sont légions mais l'accent est clair : fluidité, précision, geste juste. J'ai particulièrement apprécié les paraboles autour de uke qui est "comme un ressort que l'on doit mettre progressivement en tension" afin d'agir au bon moment. Cet exemple est particulièrement vrai dans l'Aïkido de Pascal où la chute est libératrice et où un katadori Irimi nage laisse un échappatoire minimal. Je n'oublierais pas non plus les conseils concernant l'exécution de sankyo (troisième principe) que j'ai beaucoup apprécié et les nombreuses précisions sur les techniques en tsuki.

Là encore, dans le prolongement du travail précédent aux armes, j'ai noté toute l'importance du positionnement et de la distance (ma aï) afin d'appréhender l'espace ou le contact d'une façon optimale. Notons que le maître passait entre les frappes dans un couloir extrêmement réduit avec un très léger déplacement des hanches et du bassin, me rappelant quelques exercices pratiqués en solo avec un certain Léo T.

 

 

Mais l'ultime partie de ce stage me révela bien d'autres défis en la matière puisque Pascal proposa à ses stagiaires une sorte de "Blind test grandeur nature" en préparation des passages de grades. Deux par deux, pendant environ 15 à 20 minutes, le sensei déclina le nom de nombreuses techniques sans aucun arrêt.

Précisons également que les demandes du maître mélangeaient aussi bien le tachi waza (à mains nues), que le suwari waza (à genoux) ou encore le hanmi handachi waza (un partenaire debout, un partenaire à genoux) de façon totalement aléatoire.

Comment vous dire que le test fut très ardu pour un kohaï car non seulement les techniques se mélangeaient à très grande vitesse (le maître ne suspendant sa "liste de questions" uniquement pour ni prévenir d'un "on est placé" qui résonne encore dans ma tête) mais il s'agissait de techniques avancées (je pense à plusieurs koshi nage, juji garami etc) sur des saisies parfois de type basique mais pas que (Muna dori, Eri dori etc...) et souvent "en ushiro" (l'exécution de la techique avec un uke dans le dos). Je crois que rien n'a été épargné à chaque stagiaire s'épongeant copieusement le visage à chaque hectolitre d'eau versée. Il me semble même avoir vu des 3ème ou 4ème dan qui commençaient à s'emmêler les pinceaux :-) mais je ne dénonçerais personne.

A ce stade de l'aventure, j'avoue humblement avoir pris du temps uniquement pour la photographie car je me sentais encore complètement dépassé par le rythme bien qu'en capacité de produire proprement (et j'en suis heureux) un nombre respectable des techniques proposées par notre enseignant du jour. J'ai pu ainsi prendre conscience de mon propre niveau par comparaison. Cela me laisse toutefois rêveur sur le palier d'exigence qu'un enseignant tel que Pascal Guillemin attend de ses élèves (et à fortiori un niveau qu'on a attendu de lui lorsqu'il était élève) et je suis très heureux de retrouver cela dans certains stages hors de mon dojo habituel où l'exigence est également importante.

Ce fut l'ultime message caché du jour (mais peut être que je me fais des idées) : il ne faut pas avoir peur de cette fameuse (et redoutée) exigence du senseï. Lui seul connait souvent vos propres limites et parfois, peut importe le fait de ne pas savoir spontanément si les principes sont parfaitement exécutés pour ce qu'on attend de vous.

 

 

Pour conclure ce billet, je vous invite à découvrir les photos que j'ai prise de cet événement dont vous trouverez quelques clichés dans ce compte-rendu qu'un album photo viendra ensuite compléter avec un peu de retard.

Je remercie l'ensemble des participants pour leur gentillesse, leur disponibilité et bien sur Pascal et Arthur pour l'organisation de ce stage de (très) haut niveau qui m'a donné à réfléchir à nouveau sur nos attentes, nos désirs de progression et l'intensité de la pratique que nous voulons atteindre.

Et si je devais rajouter une dernière chose, je dirais que j'ai été touché par la simplicité d'un maître et l'humilité des gradés de ce stage. J'ai vu "trois kohaïs" très encadrés par une armée de senseïs et cette image fait chaud au coeur. Alors que la fin de saison approche, ce sont de belles images à à garder en tête.

Exigence et Fluidité technique : Retour sur le stage de Pascal Guillemin du 21 mai 2016
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Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Stages, #Pratique de l'Aïkido, #Photos, #Kashima No Tachi

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