Retour sur le 1er grand stage d’Aïkido et Controverse, du 3 Avril 2016

Publié le 4 Mai 2016

Photo : Aïki-kohaï

Photo : Aïki-kohaï

Il y a des stages d’Aïkido où je vais pour le plaisir, comme si j’arpentais un jardin secret. Il y en a d’autres où je suis présent par curiosité, pris par l’envie de la découverte. Certains sont des défis physiques, d’autres des épreuves techniques. Parfois, l’affectif se mêle à l’intérêt et d’autres fois je ne suis pas sensible à ce qu’on m’apporte sur le moment.

Ce premier grand stage d’Aïkido et Controverse, association créée par Michel Lapierre (5ème Dan) et Arnaud Waltz (6ème dan) dans le but de « concevoir et mettre en œuvre diverses formes innovantes de médiatisation de l’Aïkido », fut pour moi l’occasion de découvrir un mélange de nombreuses émotions.

Les deux créateurs d’AEC se chargeant de la logistique, avec leurs équipes, il s’agissait tout d’abord de retrouver durant tout un dimanche ensoleillé ces deux maîtres d’exception (et d’expérience) pour lesquels je ne cache pas ma sympathie.

S’ajoutait également le plaisir de la découverte non pas d’un (ou même de deux ni de trois) mais bien de 4 animateurs au total de grande qualité s’accordant sur un thème commun autour du rôle de Uke. Notons à ce propos que je n’avais pas compris tout de suite que « La Convergence des Styles » indiqué sur le flyer du stage serait en réalité le thème d’une série d’événements et non LE thème de ce stage lui-même, ce qui laisse présager bien d’autres possibilités de rencontres intéressantes.

Dans le programme effectivement prévu pour ce dimanche, tout était (presque) nouveau : Je connaissais bien sûr mon amie Alice Feneyrols (4ème Dan) mais je n’ai jamais eu l’occasion de la voir diriger un stage. Sophie d’Auzac (4ème dan) n’était pas non plus inconnue de moi mais je n’avais jamais pu l’observer sur un tatami. Notons que cette dernière fait partie de la « dream team La Pierre » du Kodokan Paris XV et je me suis souvenu des propos élogieux que nous avions pu échanger à son propos avec d’autres comme Sophie Roche (l’autre dame de Kyoto) ou Eléonore Lemaire (présente également pour cet événement).

Les deux autres animateurs du stage étaient non moins des découvertes pour votre serviteur car je ne les connaissais uniquement de réputation. Je veux bien sûr parler du « fabulous » Pascal Norbelly (6ème Dan, DTR) et de Dominique Dalet (6ème Dan) qui sont des enseignants très respectés du milieu martial.

Ajoutons à ce mélange détonant quelques élèves réguliers du Korindo, de lecteurs assidus du blog Aïki-kohaï, des pratiquants des clubs de Gagny, de Puteaux, d’Aubervilliers et je vous laisse imaginer la concentration de bonne humeur au mètre carré. Notons qu’environ une centaine de personne était réunie pour en profiter.

Photo : Aïki-kohaï

 

Rassemblés pour mieux dire :

Précisons tout d’abord qu’il s’agissait de mon troisième stage du week end et que j’ai du renoncer très rapidement à rester sur le tatami vu mon état d’épuisement. Mon matériel sur le dos, j’ai toutefois pu accéder à tous les coins de la salle, interroger un grand nombre de pratiquants, saluer et photographier tous les maîtres présents ce dimanche matin avec lesquels j’ai pu m’entretenir en privé par la suite. Comme pour la NAMT, mon mitori keiko demeura total et, à défaut de ressentir, je fus en capacité de mieux voir certains aspects sur lesquels je n’ai pas toujours la possibilité de me concentrer lorsque je suis moi-même aux prises avec mes partenaires. Petit bémol, l’immensité du gymnase rendait parfois difficilement audible certains compléments d’informations des animateurs et il a fallu souvent que je me place dans leur dos pour mieux écouter leurs enseignements introduits par Michel Lapierre dans un bref propos introductif.

Présentons le premier binôme de l’événement avant de vous perdre dans mes analyses loufoques et mes observations :

Dominique Dalet et Alice Feneyrols se complétaient parfaitement pour nous expliquer l’intérêt de guider Uke, de l’accompagner sans heurt, de lui proposer un chemin dans lequel Tori ne fait pas l’économie de l’écoute.

Dominique reste encore un senseï bien mystérieux pour moi (tant sur son parcours extrêmement peu médiatisé que sur ses exercices) mais je l’ai trouvé très attentif aux attaques et à l’entre technique. Ses propos sur la réalité et l’engagement d’une frappe de uke étaient pertinents. Il ne s’agit bien sûr que de mon interprétation de débutant mais j’ai beaucoup apprécié sa pédagogie tout en douceur et en précision tandis qu’Alice démontrait un waza plus « punchy », plus « Durchonien » avec ce petit coté très intuitif qui la caractérise. La concernant, j’ai eu cependant le plaisir de la voir enfin évoluer hors Kashima no tachi et j’ai retrouvé aussi cette sensation de puissance brute qu’elle dégage avec le sourire.

Photo : Aïki-kohaï

 

Le discours sur les techniques proposées (je pense notamment aux irimi nage ou aux kote gaeshi « d’entrée de jeu ») de ce premier duo était de se positionner sans heurter le partenaire qui ne doit pas se retrouver en situation « de choc », empêchant une réelle harmonisation ou même l’exécution d’un mouvement juste. Dans le prolongement de cette analyse, l’approche de Dominique Dalet sur les frappes ou les prises de contacts concernant ces techniques revenaient aussi à rendre à uke un rôle proactif et parfois négligé.

Les premiers discours d’Alice et Dominique sur la valeur de uke sont d’ailleurs immédiatement restés dans toutes les têtes car j’ai trouvé que la plupart des participants demeuraient plus attentifs à leurs partenaires que la moyenne des nombreux stages dans lesquels j’évolue.

Les deux animateurs (il est intéressant de le noter) prenaient également le rôle de Uke plutôt que de Tori afin d’aiguiller leur propos et si cette façon de faire redevient plus courante, il est dommage de constater qu’elle reste encore peu usitée dans d’autres endroits.

Le deuxième duo du stage fonctionnait d’une façon relativement identique. J’entends par là avec un waza complément différent mais des analyses souvent complémentaires. Sophie d’Auzac présentait de belles formes très dynamiques (dont un kokyu nage et un nikkyo ura très incisifs), et j’ai beaucoup apprécié son attention toute particulière pour les kohaïs du stage (y compris les plus jeunes avec qui on sent une grande expérience pédagogique et une rigueur de professeur des écoles). Son riche parcours de 20 ans sur les tatamis donne plus qu’un savant mélange entre Arnaud Waltz, Michel Lapierre, Philippe Gouttard, Bernard Palmier et Christian Tissier. J’y ai trouvé (sans rire) pour ma part un soupçon de Yoko Okamoto (allez savoir pourquoi car je ne sais pas si Sophie est effectivement allée à sa rencontre au Japon ou ailleurs). Juste ou faux ? Il va falloir que j’éclaircisse ce mystère dans les semestres à venir.

Photo : Aïki-kohaï

 

A ses cotés évoluait un Pascal Norbelly d’avantage en rondeur et en sourire, d’une finesse exceptionnelle, toujours prêt à rassurer sur les petits détails.

Arrêtons-nous un peu sur ce dernier dont j’ai particulièrement apprécié le geste : Pascal semble être sorti tout droit de la marmite de Yamaguchi sensei avec une approche bien à lui. Membre du collège technique national de la FFAAA, Directeur technique régional de Picardie, très présent en Ile-de-France et aussi à l’international (Pologne, Luxembourg, Guyane…), on peut dire que le bonhomme est également une référence technique incontournable pour de nombreux pratiquants et je comprends (enfin) les raisons de l’admiration que lui voue Guillaume Roux, mon jumeau maléfique.

« Il faut prendre conscience que nous ne sommes pas seuls » répétait-il d’ailleurs durant ses explications et notamment en prenant lui aussi la place du Uke pour illustrer ses propres propositions axées sur le contact. Je sais que cette affirmation peut aller de soit pour de nombreux gradés mais à mes yeux, elle demeure d’une importance primordiale pour mon humble niveau où gagner en habileté technique peut parfois déconnecter de l’autre que nous perdons dans nos propres réflexions internes. Plus que la chute ou l’esthétique, j’ai senti que Pascal attachait une grande importance aux placements, à l’engagement du corps, à l’axe et sa mécanique tout en simplicité pour rendre à uke sa cohérence.

Là où Sophie s’attachait aux bases avec une joie solaire, très attentive aux sensations fondamentales dont on pouvait sentir l’authentique inspiration Gouttardienne, Pascal venait appuyer la démarche de sa complice en expliquant ces petits gestes d’une grande minutie qui font toute la différence. Si le premier Duo semblait jouer une valse extrêmement précise et dynamique, on sentait le second plutôt Paso Doble ou Tango Espagnol.

L’ensemble demeurait exquis à voir, à lire sur les corps et les visages des participants plutôt sensibles aux conseils de l’une ou de l’autre des équipes. Rétablir la connexion ou rendre l’intention dans l’attaque ? Travailler l’engagement du corps ou les petits détails ? Ecouter son partenaire ou le guider ? Chacun semblait touché par une phrase ou un geste et c’était là l’essentiel.

Photo : Aïki-kohaï

 

Savoir donner la parole à ceux qui ne sont pas écoutés :

Je pourrais évidemment analyser chaque technique et tenter de vous expliquer les différences et les points communs perçus entre ces quatre très brillants intervenants mais je préfère laisser les photos parler pour cette fois. Je pourrais vous parler de l’importance du rôle de Uke (du terme Japonais ukeru qui signifie recevoir) mais je pense l’avoir déjà distillé dans beaucoup de mes humbles travaux.

Au-delà de la technique, le stage fut un authentique moment d’échange et en cela il respectait plus le rôle de uke que n’importe quelle technique démontrée ce dimanche. Je dois saluer l’initiative d’Aïkido et Controverse car une fois le stage terminé, Arnaud Waltz réunit en cercle tous les participants (et animateurs) pour leur demander directement leurs impressions. Je n’avais que rarement vu cela et j’ai apprécié d’avoir autant de hauts gradés à ma disposition, prêts à écouter les impressions (négatives et positives) des stagiaires.

Cette façon de faire créait du lien. Nous n’avions pas besoin de courir après un enseignant pour le remercier et lui arracher quelques réponses…car tous les enseignants venaient à nous et souhaitaient sincèrement nous interroger.

Photo : Aïki-kohaï

 

Arnaud expliqua à certains qu’il souhaitait d’ailleurs « donner la parole à ceux qui ne sont peu ou pas écoutés » à savoir les débutants, les plus vieux, les enfants, les handicapés etc… Tous ces publics du tatami qui échappent en général (sauf votre serviteur) à la médiatisation et aux regards tantôt acérés, tantôt bienveillants, de nos plus grands techniciens et spécialistes. Il s’agissait là de renverser la pyramide et de demander aux élèves ce qu’ils attendent du maître plutôt que de présumer que le maître sait forcément ce qu’il faut pour l’élève. Il s’agissait de saisir la pensée imparfaite et non la justesse technique. De la pétrir, de la comprendre, et d’en faire quelque chose pour l’ensemble.

Alice, Sophie, Arnaud, Michel, Pascal , Dominique souhaitaient nous communiquer qu’eux aussi ne sont pas forcément toujours d’accord mais qu’ils savent qu’il manque aujourd’hui quelque chose à l’Aïkido pour le rendre à son vrai public : le monde profane et non pas le professionnel.

Un dernier mot sur l’accueil extraordinaire que j’ai reçu de ces professeurs qui ne me connaissaient pas, de la confiance qu’ils m’ont accordé, de la bienveillance et de la liberté qu’ils m’ont laissé pour faire exactement ce que je souhaitais. J’ai pu échanger avec certains plus que d’autres mais je ne désespère pas qu’il demeure d’autres occasions comme celles-ci. Peut être n’ai-je pas pu réussir à faire un compte rendu de haute volée d’un point de vue technique mais je suis heureux d’avoir pu rendre l’aspect humain que cet événement dégageait. A la belle façon d’un novice.

Cela valait la peine de venir malgré l’épuisement et comme dirait Arnold (et non pas Arnaud), je reviendrai…

Retour sur le 1er grand stage d’Aïkido et Controverse, du 3 Avril 2016
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Rédigé par Aïki-Kohaï

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