Ne pas se prendre au sérieux

Publié le 10 Décembre 2015

Le réveil de la farce (source : Aïki-kohaï, avec l'amicale autorisation de Léo Tamaki)

Le réveil de la farce (source : Aïki-kohaï, avec l'amicale autorisation de Léo Tamaki)

Il y a maintenant treize ans je fus initié à l'Aïkido, tournant définitivement le dos aux sports de compétition que j'ai pratiqué comme l'escrime et le Tae Kwon Do. Il y a trois ans de cela j'ai réellement pu développer ma pratique en repartant de presque rien.

Il est aujourd'hui amusant de voir aujourd'hui qu'à travers les questions et commentaires de lecteurs que je reçois le plus une affirmation étrange demeure : Je ne serais plus désormais un "vrai" kohaï.

Je sais que la plupart des débutants qui vont sur le blog commencent à ressentir, parfois, une sorte d'écart de langue entre eux et moi. Cet écart est parfois suffisant pour qu'ils viennent me poser des questions très technique et votre serviteur de les renvoyer illico-presto chez leurs professeurs ou des sources éminament plus qualifiées et compétentes.

Mais cette façon de recevoir mes pairs commençent AUSSI à me jouer des tours car, évidemment, cela veut dire pour eux que je ne serais pas un kohaï mais pire : un pratiquant expérimenté qui ne s'assume pas ou bien qui ne veut pas donner.

La première fois que j'ai reçu cette analyse en pleine tête, je me suis sérieusement interrogé sur mon propre niveau par rapport à un novice en repensant à cette phrase de Gouttard senseï qui expose en substance "qu'être débutant dans un dojo est un moment émouvant mais qui passe très vite".

La réponse évidente que j'ai trouvé ne va pas forcément convenir à certaines ou certaines d'entre vous et je m'en excuse :

Je m'estime toujours totalement kohaï. Complètement.

Cette réflexion personnelle m'a d'ailleurs guidé vers une interview d'Hino Hakira que j'ai découvert lors de la NAMT 2015 (nous avons d'ailleurs pu échanger quelques phrases dans un anglais approximatif).J'y ai déniché pour vous ce commentaire qui est pour moi un révélateur juste et fondamental de l'univers des arts martiaux : "Tout le monde est pressé et cherche des raccourcis".

Cette analyse profonde me permet de tirer pour vous et moi un enseignement immédiat.

Ce n'est pas parce qu'on passe du temps sur les tatamis depuis des années qu'on est forcément autre chose qu'un débutant amis lectrices et lecteurs. Et ceci est également valable...pour vous (oui, oui, derrière votre écran, là, je vous observe) quelque soit la durée de votre parcours.

Réfléchissez bien à cela et décidez, à votre tour, si vous cherchez des raccourcis ou non.

Nombreux sont ceux qui passent des décennies sur un tatami sans faire autre chose que transpirer, s'amuser avec son groupe ou ses proches ou bien se détendre. Les plus lucides savent qu'ils sont en réalité toujours des kohaïs sans jugement de valeur de ma part sur ce point.

Ils ne sont pas les seuls.

Nombreux sont ceux dans les budos (et ailleurs dans le monde des Bujutsu ou bien des Kakutogi) à obtenir rapidement des grades, des titres, des places de podiums, des médailles, voire même la mythique ceinture noire. Croyez-vous un seul instant que ce sont ces éléments qui peuvent vous définir ? Croyez-vous un seul instant que ces étapes hierarchiques sont susceptibles de refléter votre niveau global au delà de la surface ? Beaucoup de ces "mythiques ceintures noires" restent et demeurent également des kohaïs pour de nombreuses raisons (qui, parfois, se cumulent) :

-Parce qu'ils continuent à pratiquer de façon très occasionnelle.

-Parce qu'ils demeurent dans l'ignorance ou la copie conforme de leurs professeurs.

-Parce qu'ils ne souhaitent pas s'investir plus.

-Par leur comportement sur et en dehors des tatamis.

Là encore, ces affirmations sont faites sans jugement de valeur de ma part. Tout le monde trouve ce qu'il cherche à l'aune du temps qu'il dépense à travailler et de la qualité du travail qu'il effectue en ce sens. L'essentiel est d'être heureux dans sa pratique.

Laissez moi toutefois vous répéter ce que j'ai appris à mon tour :

Etre kohaï et demeurer kohaï est un état d'esprit. La frontière est poreuse entre celui qui a de l'expérience et celui qui n'en a pas. Déterminer l'endroit précis où se trouve cette frontière dépend non pas du nombre de Kyu ou bien de Dan que vous accumulerez mais bien du chemin que vous empruntez au présent.

Pour ma part, je n'ai fixé aucune limite à mon parcours si ce n'est l'exigence d'être satisfait de mes progrès ce qui n'arrive que rarement.

Pour ma part, j'ai choisi d'assumer ce que je sais en donnant le peu que j'apprends à travers mon travail ici même mais il est hors de question que je m'estime au dessus de mes pairs kohaïs ou plus qu'un kohaï parce que je bénéficie effectivement du retour de mon propre travail depuis quelques années.

Vous ne me prendrez donc pas en flagrant délit de me prendre au sérieux malgré le temps qui passe et les heures de vol qui s'accumulent. Vous ne verrez donc pas non plus en train d'usurper une place que je n'ai aucun droit de prendre si je veux rester honnête envers moi et envers tous.

C'est pour cela que je ne réponds pas forcément à toutes vos questions. Rien de plus, rien de moins. Qui aime bien chatie bien non ?

Le fruit des recherches d'un pratiquant (quelque soit son niveau supposé ou réel) n'est d'ailleurs en aucun cas le moyen d'être plus qu'un simple vecteur. C'est le genre d'être humain que vous êtes et la façon dont votre Aïkido est le prolongement de votre nature qui décidera un jour de votre qualité d'expert ou de kohaï.

Et personne ne décide en réalité de ces qualificatifs. Ils arrivent en jettant un regard désintéressé en arrière de votre chemin parcouru, bien des années plus tard. C'est d'ailleurs ce que vous laissez derrière vous qui va déterminer si vous étiez juste un kohaï ou bien si vous étiez, au fond, un maître (au sens le plus profond du terme). Ce qui, par vous, est transmis et pour combien de temps cette transmission perdurera. Et peu importera alors la couleur de votre ceinture, peu importera la grandeur de votre palmarès. Les titres ne sont rien en face de l'héritage et du fond que vous léguez.

Je le répète (encore) : Ne vous prenez pas au sérieux. Il y a bien plus à apprendre en passant pour un imbécile qu'en passant pour un savant.

 

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido, #Humour

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PF 05/07/2017 15:38

très très sympa !!!!

Nicolas 11/12/2015 10:56

Une façon bien sérieuse d'inciter à ne pas se prendre au sérieux :-P. Très bonne lecture, merci.

Aïki-Kohaï 11/12/2015 14:11

Bien vrai Nicolas mais l'image est là normalement pour rééquilibrer le tout, question connerie :-)

Et je pense qu'en moyenne, je ne suis pas en reste.

Bien à toi.

Pierre.