L'infatiguable Hiroshi Tada : Compte-rendu d'une journée de stage le 28 juillet 2015

Publié le 22 Août 2015

Tada Shihan lors de l'introduction du stage (source : Aïki-kohaï)

Tada Shihan lors de l'introduction du stage (source : Aïki-kohaï)

Avec la disparition tragique de T.K Chiba senseï en début d'année, quelques questions bizarres sont venues me tourmenter. Combien de disciples directs d'Osenseï sont encore avec nous en Europe et toujours très actifs, à ce jour, sur notre territoire ? Combien de "géants" sont encore sur les tatamis de l'union (ou vivant même sur place) pour qu'une transmission de première main puisse se faire ?

En France et en Europe, ces derniers experts de l'Aïkido "sur place" deviennent très rares, a fortiori ceux engagés depuis les années 50 dans le développement local de la discipline. De mémoire uniquement (je vais évidemment en omettre) je peux citer Yasunari Kitaura pour l'Espagne, Katsuaki Asaï pour l'Allemagne et Hiroo Mochizuki (engagé à présent dans le Yoseikan Budo) ou bien Toshirô Suga pour la France.

Notons que quelques anciens élèves implantés initialement ailleurs comme Saotome senseï viennent encore régulièrement sur le territoire.

Il y a bien sûr également les derniers géants de l'Aïkikaï venant nous rendre visite tous les ans mais la plupart ne sont pas considérés factuellement comme des "pionniers" (Endo, Kobayashi etc...) de l'Aïkido local.

Ainsi de ceux "qui étaient là" mandatés par le fondateur et son fils, de ce groupe des aventuriers européens de notre art (Tadashi Abe, André Nocquet, Masahiro Nakazono, Masamichi Noro, Nobuyoshi Tamura, Katsuaki Asaï etc...), il n'en demeure à ma connaissance plus que trois principaux encore vivants et actifs sur les tatamis de l'Aïkido : Katsuaki Asaï dont je vous parlais dans cet article, Yasunari Kitaura et... Hiroshi Tada dont je vous vantais déjà les mérites de sa venue dans cet article.

J'ai découvert pour ma part Hiroshi Tada et sa personnalité via quelques ouvrages de référence des années 90 sur l'histoire de l'Aïkido (notamment le très classique "50 ans de présence en France"), ainsi que dans cette interview datant de 2012 sur l'époque héroïque de l'Aïkido narrée par le fils de Nakazono sensei. A cette époque, Tada shihan ne signifiait alors pour moi que deux choses : Pionnier et Puissance.

J'avais appris aussi par d'autres sources la biographie complète et le parcours incroyable de cet expert né en 1929  dans une famille rattachée aux bushi du clan Tsushima, pratiquant le Tir à l'arc de l'école Heki, et le Karaté Shotokan avant de rencontrer O-senseï le 4 mars 1950 auprès de qui il étudiera jusqu'en 1964, date de son départ pour l'Italie où il répandra l'Aïkido comme la bonne parole.

Il serait bien sûr beaucoup trop long dans ce compte-rendu de narrer toute l'histoire de ce maître incroyable; instructeur actuellement le plus haut gradé de l'Aïkikaï hombu dojo et pionnier de la discipline de Moriheï aussi je vous invite à vous référer à cet article d'Aïkicam pour davantages de détails. Pour les amateurs de japonais, le site de l'Aïkido Tada Juku est également disponible.

Parlons à présent du séminaire proprement dit car c'est que vous attendez tous (et vous étiez très nombreux) à me tanner bande de coquinous.

Tout d'abord, ce qui est bien évident chers lecteurs et lectrices, c'est que, pour trois raisons, je ne pensais pas que je pourrais avoir la chance d'assister un jour à un séminaire que Tada Shihan conduirait en personne :

- La première raison est que je suis une grosse quiche galactique luttant pour apprendre ses bases.

- La seconde raison est que la famille Tada a décidé de retourner vivre au Japon en 1971. Et si Tada Shihan garde toujours son poste de superviseur technique en Italie et continue à animer régulièrement des stages estivaux en Italie et en Europe...il n'avait pas mis un pied sur les tatamis Français pour conduire un séminaire depuis bien longtemps.

- La troisième raison est que Tada shihan a 85 ans (si si, datation prouvée au Carbone 14 et tutti quanti).

Le fait qu'il nous revienne ainsi était donc à la fois inattendu et exceptionnel. Malgré les vacances et l'absence de fonds, je me devais de vendre un organe ou deux pour me réserver, au minimum, une journée entière à ses côtés.

 

La photo de famille à l'occasion des derniers jours du stage

(source : Kokyu-ho/L'une des organisatrices du stage)

 

L'Aïkido doit perfectionner le corps :

 

Que dire maintenant sans en faire trop (avec des paillettes dans les yeux toussa toussa...) sur mon ressenti personnel concernant ce maître et le contenu de ce stage ? Commençons par répéter à l'envie l'un des fils conducteurs de l'événement sur lequel insistait Tada Shihan : l'Aïkido doit perfectionner le corps dans tous ses aspects.

C'est presque évident vous me direz bien sûr mais....imaginez que vous avez en face de vous un genre de Duncan Mc Léod, contemporain d'O-senseï dont les capacités physiques à 85 ans dépassent de deux mille ans les vôtres.

Toute la journée je me suis retrouvé avec cela en tête...

Tada Shihan expulse l'énergie par tous les pores de sa peau de gentil grand-père à lunettes. Etre dans les premiers rangs et l'observer pratiquer alors que tremble le tatami et que des vibrations particulières émanent de sa technique devient complètement surréaliste. Si l'Aïkido est le secret de sa santé alors je suis rassuré mais vous allez voir que tout cela est bien plus complexe.

L'échauffement proprement dit se déroulait sous la direction des élèves de Tada Shihan et le début de la pratique fut pour le moins déconcertante pour nous tous car nous avons abordé l'Aïkido par le biais de l'énergie...

...Je m'explique :

Commençons par expliquer que Tada Shihan est également un pratiquant de très longue date du groupe Tenpukaï de Nakamura Tenpu (pionnier du yoga au japon) ainsi que du zen et du misogi shinto (qu'il pratiqua notamment à l'association Ichikukai).

Toutes ces pratiques basées sur la respiration (kokyu-ho), le relâchement musculaire et le renforcement énergétique couplées à l'Aïkido sont à la base d'un système de respiration et de méditation appelé Ki No Renma, développé par Tada Shihan lui même.

Je peux confirmer, d'après les vidéos et les notes glanées online de Jacques Margairaz sur ce travail respiratoire, gymnique et énergétique que nous avons pu avoir un "second échauffement" très précis basé principalement sur les principes "maison" du maître ainsi que sur les sons et les vibrations.

Etsuko senseï m'a également fourni quelques précisions intéressantes  sur les concepts plus profonds de kokyu évoqués par Tada shihan :

- Ces exercices rappelaient à mon sensei son expérience d'un stage international avec l'équipe d'Inaba senseï et du shiseikan où un important travail est fait en introduction de séance sur la respiration. Nous avons pu en débattre par la suite.

-Nos kokyû (respirations) pour ce seminaire se basaient sur 6 sons A, I, U, E, O, N (ou "oun, ng"). Je ne l'avais pas saisi immédiatement mais Tada shihan expliquait que A signifiait le début, ("hajimari" ou "hajime") et "N" (à prononcer plutôt Oun ou Nnnn ou encore ng...) signifiait la fin, la fermeture ("owari").

-En référence à ces sons, on trouve d'ailleurs partout en Asie (et notamment au Japon) les notables lions-gardiens ou lions-chiens (que vous allez trouver à l'entrée des temples, des maisons etc...) dont l'un à la bouche ouverte qu'on appelle parfois "A" car le lion semble prononcer la première lettre de l'alphabet sanskrit (A) et l'autre "prononce" sa bouche fermée la dernière lettre qui sonne Um. Ce duo de lion est ainsi appelé un Aum ou un Om qui est un pravana mantra signifiant vibration vitale primordiale.

-Le concept A/OUN est souvent appliqué au Japon (et dans d'autres pays d'asie) pour expliquer le bon timing de la respiration et/ou expliquer un bon travail d'équipe.

Je dois dire que je m'attendais (et je n'étais pas le seul) au style Tada (réputé puissant, exigeant et physique) et que cette introduction de stage tout en douceur fut un contrepied total envers mes propres préjugés.

Tada Shihan parle....beaucoup. Aidé de sa traductrice il donnait énormément de détails et d'explications sur les bienfaits d'une qualité optimale de respiration et sur le développement du corps et de l'énergie non pas dans son aspect martial pur mais bien dans la relaxation et le relâchement.

Le travail sur les différents sons que j'évoquais plus tôt me fit penser immédiatement à un mélange étrange entre le Yoga du Rire (d'ailleurs Tada shihan utilisa lui même une fois le terme Yoga pour en parler) que j'avais pu observer et les mystérieux Kotodama. Certaines des explications sur ces notes sonores étaient notamment conformes à l'ouvrage de Gérard Blaize ("les mots de l'âme") sur le sujet ainsi qu'à certains passages de Takemusu Aïki, compilation de textes du fondateur. Pour ma part, j'ai trouvé un certain bienfait à pratiquer d'abord ce type de sensation avant de me lancer dans des techniques d'Aïkido plus classiques.

Après cette pratique détendue, je me sentais plein de force alors que j'étais assez fatigué durant cette période.

De même, ses explications sur la circulation de l'énergie et "les trois tanden" dans notre corps relevaient clairement pour moi de la découverte. Bien que familiarisé avec le shiatsu, ces points de détails nécessitèrent à nouveau les explications d'Etsuko Iida senseï qui comprenait tout ça bien mieux que moi (comprenez notamment, sans traducteur intermédiaire). Tada shihan expliqua sur ce point que notre corps bénéficiait en effet non pas d'un unique tanden (le seika tanden bien connu des pratiquants) mais de trois tanden. Il s'agit en effet d'une colonne de points d'énergie (qu'un spécialiste appelerait plus exactement méridien) que les pratiquants de Shiatsu connaissent probablement et qui regroupent le seika tanden, le kyusho Suigetsu (se trouvant au niveau du plexus et signifiant litterallement il me semble : "le reflet de la lune dans l'eau") ainsi qu'un dernier point entre les sourcils à la naissance du nez (appelé parfois Miken).

Et Tada Shihan d'ajouter une explication précise (ou mystérieuse, je vous laisse seul juge) sur le Kyusho Suigetsu, point tanden du centre que je n'avais pas saisi (explication traduite là encore par Etsuko senseï par la suite)  : "Pourquoi appelle-t'on ce point Suigetsu? Eau et Lune, cela veut dire qu'on aperçoit la lune sur la surface de l'eau comme une image. C'est de la nature que l'on voit le reflet (la lune) sur/ou dans l'eau. Mais en fait la lune ne pense pas/ou ne veut pas forcément être reflétée sur l'eau, ni l'eau ne veut pas refléter l'eau exprès."

J'ai compris que cette colonne d'énergie de trois points était nécessaire pour le développement de sa respiration et de sa vitalité. Précisons toutefois que les termes très anciens employés par Tada Shihan pouvaient échapper y compris aux japonais présents alors je vous demande la plus grande indulgence et votre compréhension sur ma volonté de rester succint sur "la partie ki".

Là encore, la pratique proposée sortait pour moi un peu de l'ordinaire.

Nous étions plus d'une centaine à nous mettre à l'ouvrage mais nous avons pu travailler ensuite "à la japonaise" (comprenez peu de technique mais....trèèès longtemps). Tellement longtemps que nous avons fait environ 45 min supplémentaires pour compenser notamment les longues explications du maître. Tada shihan nous fit d'abord travailler sur Irimi Nage et 3 entrées en Shiho nage sur yokomen uchi destinées (je le crois) à introduire son propos sur le second fil rouge de la journée, à savoir le déplacement des pieds (Tsugi Hashi, Okuri Hashi) et les déplacements du corps en général (Taï Sabaki).

Sa pédagogie était nouvelle pour moi et même, amusante.

Tada shihan s'armait régulièrement d'une longue baguette de bois qu'il utilisait dans le vide pour expliquer les exercices ou bien autour de ses élèves pour nous démontrer toute l'importance de faire fonctionner le corps sur la base de ces déplacements d'une façon instinctive. Ses assistants étaient notamment capables de se déplacer très vite sur ses instructions et d'éviter ainsi les "coups" de la baguette du maître qu'il administrait sans complexe en riant et en plaisantant sous nos yeux sadiques.

Evidemment il ne s'agissait pas là de torturer des uke en mode full metal jacket mais bien d'expliquer le fait que ces bases doivent s'apprendre dans une répétition assez intense pour permettre au corps d'agir sans penser. Une sorte de mobilité-réflexe que Tada shihan jugeait indispensable en évoquant le fait qu'un débutant devait passer 6 mois à n'apprendre que cela.

Il ajouta d'ailleurs (après traduction of course) : "Je trouve que vous (les français/ou les européens), vous êtes forts physiquement, constauds, bien, mais vous ne faites pas bien/ou ne savez pas vraiment les bons déplacements. Lorsqu'on apprend les bons déplacements/ashi-sabaki, vous vous améliorerez naturellement."

 

Mes deux senseïs et Tada Shihan lors des derniers jours du stage (source : Kokyu-ho)

 

O-senseï ne montrait pas de katas :

 

Avant d'évoquer l'après-midi Kenjutsu de cette journée de seminaire, arrêtons-nous un peu sur les nombreux participants (facilement plus d'une centaine). Il est intéressant de noter, malgré l'homogénénité certaine d'un groupe à dominante FFAB, que les pratiquants étaient d'origines et d'obédiences diverses. Un petit noyau de Japonais venus pour l'occasion étaient présents ainsi que beaucoup (et évidemment) d'italiens, de hollandais et d'autres nationalités que je n'ai pu approcher.

A noter aussi la présence du noyau dur de Kokyu-ho, de Taro Ochiai  (reconnu a postériori pardoooon), de quelques Kinomichistes bien connus dont Odyle et Takeharu Noro et pour les hauts gradés que j'ai pu apercevoir les sympathiques Luc Bouchareu (6ème dan, CEN, shihan) et Marc Bachraty (5ème dan). Mention spéciale à ce dernier qui était à ma gauche tout l'après-midi et sans qui, j'aurais bien eu du mal à suivre. C'était un plaisir que de le recroiser à nouveau car si vous souvenez bien, j'ai déjà pu dire tout le bien que je pensais de lui dans cet article.

Bref.

Nous arrivons au stade de cette journée que j'ai le plus apprécié pour sa richesse et sa grande complexité technique. Après un nouvel échauffement pris en charge par un élève du maître, Tada Shihan entreprit de nous démontrer quelques rapides exercices de Tachi Waza à nouveau basés sur shiho nage afin d'introduire son propos principal sur le ken ainsi que sa propre école.

Commençons par tenter de vous expliquer ce que j'ai compris de notre traductrice et de mon sensei japonais : Tada shihan souhaitait nous démontrer que l'Aïkiken du fondateur fut organisé et/ou codifié par certains de ses élèves au regard de ce qu'ils avaient pu observer auprès de lui à un moment donné de leurs apprentissages respectifs.

Un fait semble clair dans le propos de Tada Shihan : O-senseï ne montrait pas de Kata d'Aïkiken à proprement dit et sous une forme stable mais des katas et des mouvements se sont développés grâce aux observations, aux travaux et recherches de ses disciples (Chiba sensei, Saïto Senseï, Kobayashi senseï, Tada senseï ect...) au contact de leur maître commun. Chacune de ses interprétations peut cependant revêtir une forme différente selon qui observait O-senseï et à quel moment.

Il précisa même (traduction grâce, là encore, à Etsuko senseï) : "Comme je vous l'ai dit, le Kata/la forme de O-sensei n'existe pas, pourtant si vous apprenez ces exercises (que Tada shihan a inventé), je suis certain que vous avez appris ce qu'O-senseï faisait, je dirais 85% de son travail du Ken."

Ce postulat m'apparut comme plutôt logique dans la construction historique de l'Aïkido telle que je la connais. O-senseï étant réputé pour détester la forme en général et ne pas expliciter précisément ce qu'il montrait ou bien montrer un mouvement différent à chaque fois.

Et maître Tada d'allier alors le geste à la parole en nous démontrant lui même deux types d'exercices issus de ses recherches et de ses observations :

- Tout d'abord des exercices composés de suburis et de respiration avec le sabre en main. Certains éléments ressemblant au Ki No Renma du matin et notamment un travail sur les vibrations et les sons permettaient de faire le pont avec l'enseignement précédent.

- Ensuite des mouvements d'Aïkiken développés par lui-même sur l'étude de Shihonage en nous présentant 3 katas différents (deux proches de la technique shihonage, un plus classique sur la coupe dans les 8 directions). Ce fut là la base de notre étude pour cet après-midi et Tada Shihan nous fit tous répéter ces 3 "katas" très précis.

Tada shihan appelait les mouvements basés sur son étude de shihonage par le terme bien connu des amateurs de Iaïdo : "Shihô-giri".

Il précisa d'ailleurs concernant ces mouvements observés auprès de son maître "Je l'ai elargi tout seul pour apprendre, j'ai inventé ensuite ces exercices pour tous les pratiquants d'aikido. Les bons Aïkidokas/les bons enseignants font leurs recherches, si O-sensei montre une seule technique comme ceci (le déplacement de x heure par exemple) on peut varier et prendre la suite le même mouvement pour un déplacement à 11 heure, 3 heure, 7 heure, etc. Si O-sensei montre ça (Shihô nage), vous pouvez faire le reste de 359 degrés des variantes. Mais si vous pensez qu'il n'y a qu'un seul unique Shihô nage, et ne repéter que ça tout le temps et pendant des années, vous ne pouvez pas progresser".

J'ai pu également apprécier l'éclairage du maître sur les points communs entre l'Aïkiken et le Kashima, que je ne soupçonnais pas du tout, même si à l'oeil et lors des explications données par Hisashi Aoki sensei, Etsuko Iida senseï et Alice sempaï, je me doutais évidemment de nombreux ponts existants.

Tada shihan nous expliqua d'ailleurs qu'il pensait qu'O-senseï avait été inspiré très tôt par cette école car "lorsque Moriheï Ueshiba senseï était petit garçon" il avait eu la chance d' observer "un monsieur" qui montrait le travail de kenjutsu de Kashima pendant plusieurs semaines.

 

Pratiquer sous la direction d'un maître :

 

Il y a beaucoup de personnes que je cite comme senseï ou maîtres sur le site, tout simplement pour signifier à la fois mon respect et rappeler en respectant l'étiquette qu'il était là avant et donc qu'ils bénéficient d'une grande expérience.

Certains sont même mes professeurs réguliers ou ponctuels et c'est bien normal que je témoigne ce respect pour le temps et le savoir qu'ils m'accordent.

Je suis cependant d'accord avec beaucoup de mes lecteurs qui en font parfois la remarque en privé et qui m'indiquent que ce terme est souvent galvaudé. Beaucoup de ceux qu'on peut parfois appeler maître ou senseï par respect sont en réalité bien loin de ce qu'on pourrait espérer d'un Maître avec un grand M comme il peut encore en exister.

Travailler sous la direction de Tada shihan et bénéficier d'une infime partie de ses conseils et de son savoir permet de remettre les pendules à l'heure. Il y a des maîtres et il y a LE maître. Voir un homme agé de 85 ans se rappeler encore à la lettre des mouvements si précis, projeter ses assistants avec puissance et maîtrise, l'écouter pousser des kiaïs terrifiants issus d'on-ne-sait-où, sentir le sol vibrer comme jamais en allant observer dans le premier rang un disciple de Moriheï, laisse à penser que l'Aïkido tel qu'il était pratiqué par les premières générations permet bien une préservation et une optimisation du corps et de l'esprit.

Il ne s'agit pas (je le répète souvent) d'un simple catalogue ou d'un sport. Passer à côté du volet énergétique de l'Aïkido qui peut sembler parfois mystique ou capillotracté, c'est se priver en réalité de l'essentiel. De ce qui fera l'âme de nos mouvements. De ce qui fera chanter nos mains, nos bras et l'entiereté de notre enveloppe. C'est ce qui donne de l'intensité et de la densité et qui fait la différence entre une pratique qu'on juge parfaite mais qui semble terriblement lisse et une pratique qui, en l'observant, peut froudroyer et vous transperçer l'égo.

De même, cet enseignement reçu ce jour est aussi un rappel. L'Aïkido n'est pas qu'une pratique physique qui engage votre corps à 100%. C'est aussi une pratique qui doit absolument et obligatoirement développer votre énergie et vos connaissances. Je sentais à titre personnel qu'un énorme travail avait été fait de ce côté là par Tada Shihan tout le long de sa vie, tout en continuant d'exprimer l'Aïkido.

A titre personnel, je me rends compte en tant que novice que je passe parfois complètement à coté de ces choses lorsque je viens pour transpirer. J'ai l'impression aussi de prendre les choses à l'envers lorsque je veux calquer mes capacités physiques sur celles de mes maîtres sans me doter de la connaissance et de la qualité de l'énergie qui vont avec.

Même en étudiant avec attention (ce que je fais croyez le bien) les ouvrages sérieux d'Henry Plée sur les points vitaux, ou l'oeuvre de Philippe Grangé sur le corps Aïki, ou bien encore les articles spécialisés de Shiatsukis, j'ai l'impression à ce stade que l'entièreté de ces connaissances internes demeurera toujours un mystère pour la grande majorité sans une pratique intense et profonde. Il y a trop de mysticisme, de charlatanisme et/ou d'empirisme occidental pour faire bien souvent l'acquisition utile et globale de ces éléments pour les répercuter dans notre quotidien de pratiquant.

Et je comprends également mieux à la lueur de ce stage tout l'intérêt de certains maîtres à aller chercher des réponses ailleurs si notre microcosme est peu compétent ou incapable de les donner avec le risque de perdre en chemin le côté concret de la pratique. C'est un équilibre extrêmement délicat sur lequel, en conclusion, je vous invite tous à vous interroger.

Un immense merci final (dont je doute qu'il arrivera à destination) à ce formidable senseï enfin de retour en France qu'est Hiroshi Tada shihan.

Et je remercie au passage de façon spéciale quelques participants. Emiko pour son accueil et sa traduction, Etsuko et Philippe pour l'aide à la compréhension, Takeharu pour son extrême gentillesse envers moi, Marc pour le copiage lors de la partie armes, Jean-François pour le moment repas et pour sa compagnie de qualité.

 

Discours d'introduction du stage : Une centaine de participants (source : Aïki-kohaï)

Discours d'introduction du stage : Une centaine de participants (source : Aïki-kohaï)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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