Faire ses premiers stages lorsqu'on débute l'Aïkido

Publié le 12 Août 2015

L'un des tatamis de la maison du judo (source : Aïki-kohaï)

L'un des tatamis de la maison du judo (source : Aïki-kohaï)

Vous êtes nombreux à me demander des conseils (et moi de vous renvoyer souvent chez vos professeurs et/ou des sources plus complètes) sur l'intérêt qu'il y a (ou pas) de faire des stages lorsqu'on débute l'Aïkido.

Ce sujet semble toucher un large panel de débutants et il fait même l'objet de discussions sur l'excellent Aïkiforum que je vous recommande (et sur lequel je contribue parfois, en emmerdant tout le monde).

Il est vrai que c'est un passage important dans le développement du débutant et, même s'il peut sembler une simple formalité pour un vétéran des tatamis, on se rend bien vite compte que ce "grand saut dans l'inconnu" peut être source d'angoisses, de questions, et de non-dit.

Etant passé par là moi-même depuis pas aussi longtemps que nos vénérables anciens, je me disais donc qu'il était nécessaire de vous prodiguer quelques conseils, détails et encouragements pour réussir cette transition avec le sourire.

 

Un Stage technique avec Hélène Doué

(photo : Pascal Raynaud)

 

 

Le b.a.-ba : Qu'est ce qu'un stage ?

 

C'est une question qui va étonner beaucoup de pratiquants mais oui, il y a des élèves qui ne savent tout simplement pas ce qu'est un "stage". Le cercle vicieux lorsqu'on débute est souvent le même : on a la nette impression que tout le monde sait de quoi il parle et qu'en posant une question stupide on passera pour l'idiot du village.

Je précise (encore une fois) qu'ici, ce site est tenu par un idiot du village et que je suis prêt à entendre, écouter et vous orienter pour toutes les questions.

Alors commençons par la base : un stage diffère de votre activité de pratiquant d'Aïkido habituel car on peut le définir en ces termes : " c'est une session de formation d'Aïkido hors des cours classiques ". Il s'agit de cours spécifiques tenus par un professeur souvent différent de celui qui fait votre cours d'Aïkido habituel.

Bien souvent, ces stages sont tenus à l'initiative de vos enseignants qui invitent d'autres professeurs pour donner ces leçons. Parfois, il peut s'agir de cours supplémentaires donnés par votre enseignant (sur un thème particulier etc...). Parfois encore, il peut s'agir de cours organisés par votre fédération et/ou votre groupe.

Si nous résumons donc, ces stages peuvent revêtir différentes formes :

- un cours classique avec un enseignant différent qui fait un cours classique.

- un cours spécifique avec un enseignant différent sur un thème annoncé à l'avance (ou pas).

- un cours supplémentaire par votre enseignant sur un thème annoncé à l'avance (ou pas).

Ces stages peuvent être gratuits mais ils sont souvent payants car l'enseignant qui donne le cours se déplace (parfois de très loin) pour vous voir et lui-même n'est pas toujours un milliardaire ténébreux se déguisant en chauve-souris la nuit venue.

A noter enfin que ces stages peuvent, dans un cadre fédéral, être " validants " pour un passage de grade mais ce n'est pas forcément ce qui va nous intéresser lorsqu'on commence à peine à pratiquer.

 

Pourquoi faire des stages lorsqu'on pratique l'Aïkido ?

 

L'intérêt est souvent très simple à comprendre mais en réalité complexe à expliquer à un novice. Nous savons tous que les premiers temps, vous êtes habitué à travailler avec vos premiers partenaires et cela vous met en confiance. Vous êtes même parfois déjà en capacité de savoir si la pratique d'un tel vous plait, et si vous n'appréciez pas de travailler avec d'autres...

L'intérêt du stage est justement et en premier lieu de vous remettre les pendules à l'heure. C'est le premier moment de laisser son égo de côté et de comprendre une chose essentielle : il est très important de pratiquer avec tout le monde : y compris et surtout avec ceux " qu'on n'aime pas ".

Pourquoi ?

Parce que souvent, ce sentiment est dû à des difficultés techniques et/ou à un manque d'adaptabilité de VOTRE part et non de la personne qui pratique avec vous. Les débutants sont souvent d'ailleurs impitoyables entre eux lorsqu'il s'agit de dire QUI est nul et qui ne l'est pas selon des critères qui sont, avouons-le, complètement subjectifs et fondés bien souvent sur de la méconnaissance total voire un manque de respect.

Pratiquer en stage permet de resdescendre sur terre.

Vous devez être capable d'exprimer votre Aïkido sur le plus grand nombre de personne possible, sans jugement extérieur ou technique. Pourquoi cela me dit-on souvent ?

Imaginons un peu (ce n'est évidemment PAS le but premier de ce que vous faites sur le tatami mais tout de même) que vous ayez à vous servir de ce que vous avez appris. Comment allez-vous le faire si vous êtes incapables de pratiquer avec quelqu'un de PAS SYMPA ?

Tomber dans la facilité du " je bosse avec mon pote " c'est la porte ouverte à deux choses lorsqu'on débute :

- ne pas progresser parce qu'on est complaisant.

- ne pas travailler efficacement parce qu'on rigole.

Aussi, même si c'est déstabilisant, même si c'est stressant, même si cela peut amener quelques déconvenues et incompréhensions il est nécessaire de travailler avec des gens très différents de vous (des gabarits différents, des styles différents, des écoles différentes etc...).

A ce niveau de développement de ce paragraphe, vous avez compris où je veux en venir : le stage est l'endroit parfait pour travailler avec des gens différents et nouveaux puisque la majorité du temps les 3/4 des participants sont des inconnus. Vous ne connaissez pas leurs capacités, leurs vécus, leurs connaissances, leurs niveaux et c'est tant mieux.

Ce postulat de travail permet de pratiquer de façon très intense (ou très précise) et continue là où un cours classique est parfois plus détendu (ce qui est normal bien sûr) car tout le monde se connait.

Au delà des participants, c'est aussi l'occasion de travailler avec des professeurs différents dont la méthode et les attentes sont différentes. Si vous avez l'habitude de travailler une technique ou un mouvement de cette façon, cela peut parfois vous amener à considérer les choses sur un angle inédit, à vous poser de nouvelles questions et à renouveler votre intérêt pour ce que vous faites.

L'Aïkido n'est pas qu'un listing de techniques même si je sais que c'est l'erreur de jugement la plus répandue chez le novice avec cet autre poncif qui consiste à croire qu'on comprend parce qu'on semble être capable de reproduire de ce qu'on a vu et ressenti. Acquérir de façon réelle et pérenne pour produire une compréhension suffisante nécessite une prise de recul sur ce que nous offre notre professeur et sur les thèmes et les orientations de son cours ainsi que sur sa finalité.

Le stage peut aider dans le sens où un professeur différent va présenter les choses sous un angle parfois insoupçonné. D'expérience, j'ai pu saisir dans certains stages des petites choses que m'expliquait déjà mon senseï non pas parce que le professeur ce jour-là expliquait mieux que lui mais parce que l'image employée ou bien la méthode employée me parlait plus sur le moment.

C'est ainsi que petit à petit, on construit son chemin et les éléments évoqués sont, je le pense, les principaux bénéfices du stage. Je peux bien sûr en citer quelques d'autres par exemple :

- ils nous poussent à quitter notre zone de confort en général.

- ils peuvent nous faire découvrir des pratiques totalement nouvelles (un kata aux armes, une initiation à une autre discipline, une méthode de relâchement et/ou d'échauffement différente etc...)

- ils permettent de faire des rencontres avec les pratiquants inconnus et de comparer nos vécus, nos ressentis, nos difficultés et nos analyses.

- ils permettent de rencontrer de grands professeurs qui sont parfois des références de la discipline.

 

Quand faire son premier stage lorsqu'on débute ?

 

C'est la question la plus courante lorsqu'on débute. "Est-ce qu'on a le niveau" suffisant pour aller se confronter " au peuple du stage " ? Il est vrai qu'en Aïkido et en France (je ne sais pas pour les autres contrées mais je devine aisément cela dit), les stages sont peuplés de gradés (comprenez de gens qui portent le hakama, cette jupe-culotte de samouraï que vous devez maintenant connaître si vous êtes sur un tatami depuis quelques mois/semaines/années).

Et le débutant qui va en stage il est vrai souffre souvent du très connu " syndrome du pyjama ".

Je m'explique. Le pyjama est un novice dans le jargon martial, celui qui ne porte donc pas de hakama. Il est donc facilement indentifiable par ses pairs car cette absence de hakama désigne votre niveau souvent faible (mais pas toujours). La majorité de la population des stages étant peuplée de gradés, il est véridique que certains peuvent nous ignorer TOTALEMENT comme si nous étions invisibles rien qu'en aperçevant l'absence de hakama.

Soyons honnêtes, soyons clairs et ne mentons pas à nos kohaïs, les premiers stages vous allez toujours tomber sur UN ou DEUX participants qui vont ignorer totalement votre présence même si vous les sollicitez car, clairement, ils ne veulent pas s'emmerder avec vous.

Maintenant que le problème est posé, commençons par dire que ce n'est pas la grande majorité des participants. Je pense que beaucoup de gradés sont attentifs et bienveillants envers ceux qui sont novices.

Dédramatisons aussi ce fait bien connu. Il y a forcément des pratiquants dans votre dojo qui peuvent reproduire ce comportement (quelle que soit la taille de votre Dojo d'ailleurs) et/ou d'autres qui vont manquer de patience. Vous-même, il peut vous arriver de manquer de politesse (si si, c'est certain).

C'est donc un excellent exercice lorsqu'on commence car il permet d'identifier ses défauts mais aussi de constater qu'un grade technique ne veut pas forcément dire " qualités humaines comprises dans le package " et si l'on se base sur les comportements qu'on peut observer. Ainsi, un kohaï se dit qu'il a beaucoup de choses à apprendre mais que c'est le cas de TOUT le monde lorsqu'on vient en stage, y compris le professeur qui donne le stage.

Pour toutes les raisons évoquées, je dirais donc qu'il n'est pas nécessaire d'avoir un haut niveau pour faire son premier stage d'Aïkido. Il est même très intéressant d'aller en stage si on manque totalement d'expérience.

La seule condition technique à mon sens est d'être prêt à chuter au sol (et je ne parle pas de "chute enlevée" mais simplement d'être capable de chuter en arrière et en avant relativement correctement et dans le respect de son corps si un partenaire réalise sur vos articulations une technique correcte).

En ce qui me concerne et pour donner un exemple parlant, j'ai assisté à mon premier stage alors que j'étais 6ième kyu ou 5ième kyu si ma mémoire est bonne et je suis encore en vie.

 

Quelques conseils simples de débutants à débutants ?

 

Plusieurs conseils sont simples et bons à prendre en conclusion :

- ne pas hésiter à y aller pour toutes les raisons évoquées. Le stage c'est le bien.

- allez-y avec vos amis, vos enseignants. Il est toujours agréable de passer cette étape avec la possibilité de retourner travailler au moins une fois avec quelqu'un de connu. On évite ainsi, si jamais le précédent partenaire était moins patient, de se braquer et/ou de se décourager.

- allez dans les stages prévus spécialement pour les débutants. Oui, ca existe. Dans les deux fédérations officielles, ces stages sont même souvent prévus en début de saison et en mi-saison afin de permettre à tous de bien commencer.

- ne pas hésitez à aller dans des stages différents. Ceux qui proposent un travail spécifique ou innovant, ceux qui proposent une initiation à d'autres façons de faire. Ceux qui proposent spécialement de travailler sur les armes.

- ne pas avoir peur des différences de niveau avant tout. Vous êtes là pour progresser.

-ne vous découragez surtout pas si un partenaire vous ignore (les êtres humains ne sont pas toujours meilleurs sur un tatami). Essayez de le solliciter à nouveau en le regardant droit dans les yeux et/ou cherchez un autre partenaire et passez à autre chose.

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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Sarah 13/11/2015 15:29

Bonjour,

Je viens de voir quelque chose qui me plaît beaucoup, les stages de Daniel Toutain (http://www.fundamental-aikido.com/fr/stages-faa) qui précisent deux créneaux, l'un débutant et l'autre 3ème kyu minimum.
Je trouve ça très rassurant, ne reste plus qu'à tester :D

MErci beaucoup pour tous vos articles, qui rassurent, accompagnent, font grandir.

Sarah

Aïki-Kohaï 16/11/2015 09:09

Bonjour Sarah et merci à vous.

Madu 15/09/2015 19:06

Bonjour,

Merci pour cet article !
il est vrai qu'aller à un stage quand on est débutant, n'est pas chose facile!
et que tout ce qui parait évident après en avoir fait un, ne l'ai pas du tout lors du premier stage !
Je dirai même qu'un débutant est "perdu" lors de son premier stage. Pratiquer avec des personnes que l'on ne connait pas et de manière différente peut donner le "vertige".
Mais c'est absolument nécessaire !
Merci pour cet article (que je pense assez vrai !!)

Madu

Aïki-Kohaï 30/09/2015 09:50

Merci à toi Madu :-)

Madu 15/09/2015 18:48

Bonjour,

Merci pour cet article !
il est vrai qu'aller à un stage quand on est débutant, n'est pas chose facile!
et que tout ce qui parait évident après en avoir fait un, ne l'ai pas du tout lors du premier stage !
Je dirai même qu'un débutant est "perdu" lors de son premier stage. Pratiquer avec des personnes que l'on ne connait pas et de manière différente peut donner le "vertige".
Mais c'est absolument nécessaire !
Merci pour cet article (que je pense assez vrai !!)

Madu

Aïki-Kohaï 16/09/2015 08:38

Bonjour Madu,

Merci à toi de prendre le temps de lire le blog.

Effectivement, aller en stage peut soulever des appréhensions dont le prisme "débutant" est à creuser car souvent négligé.

C'est pourtant effectivement une étape importante de l'enrichissement de sa pratique.

Bien à toi.