La connexion pour avancer : Entretien avec Farid Si Moussa

Publié le 22 Juin 2015

La photo de famille lors du stage du week end du 17 et 18 mai 2015 (source : Aïki-kohaï)

La photo de famille lors du stage du week end du 17 et 18 mai 2015 (source : Aïki-kohaï)

Il y a dans le microcosme de l'Aïkido, des enseignants plus connus que d'autres. Comme dans le milieu de la musique (si je puis oser cet exemple décalé) il y a les Rock Star connues dans le monde entier, les auteurs-compositeurs "patrimoine" appréciés au niveau national et puis il y a les perles de nos régions et leur public d'initiés fidèle depuis des lustres...

...Ces artistes "artisans" et ces groupes peu médiatisés au talent unique dont on vante le charme discret en se répétant à loisir que c'est génial de ne pas être des stades entiers à les suivre. Comme si c'était un secret bien gardé et qu'ils nous appartenaient un peu plus.

Farid Si Moussa est justement ce genre de "produit" Nantais. L'un des rares enseignants d'Aïkido dont l'entièreté de mon entourage martial à la sensibilité très diverse me narrait à la fois la grande discrétion mais également la subtilité de ses recherches dans les pas de Yasuno sensei ET ce petit supplément d'âme qui fait qu'on se rend tout de suite bien sous sa direction.

Curieux de découvrir tout cela par moi-même et de me faire un avis, j'avais donc entamé l'année dernière une petite correspondance sur le thème très orienté de la région que nous avons en commun Farid et Moi : La Loire Atlantique. De fil en aiguille et quelques rendez-vous (même pas Fest-Noz) repoussés plus tard, nous avons pu enfin nous recontrer en personne lors d'un stage d'un week end co-organisé par Kokyu-ho et le Club d'Aïkido de Neuilly-sur-Marne.

Je dois dire que je n'ai pas été déçu par les heures passées hors et sur le tatami avec Farid. Sa personnalité tranquille, son enseignement, sa pédagogie, ses recherches, sa culture étendue...tout était fait pour correspondre à ce que j'apprécie.

De cette belle rencontre où se mêlaient anecdotes d'expatriés au Japon, techniques de Yamaguchi sensei, chansons de Barbara et mes facéties habituelles, une petite interview est née. Farid a également accepté de me fournir quelques clichés de sa collection privée et je l'en remercie bien. Cet échange très sympathique et naturel parlera à tous ceux qui se demandent ce que peut bien donner un mélange étrange et détonant entre les enseignements (parfois très différents) de Yasuno Masatoshi shihan, de Philippe Gouttard et de Joël Roche.

Bonne lecture et que vive longtemps l'Aïkido "Ligérien-Breton":

 

Aïki-kohaï (PF) : Bonjour Farid !

Farid Si Moussa (FSM) : Bonjour à toi.

Aïki-kohaï (PF) : Tout d’abord et pour ta première interview, j’aimerais que tu expliques à nos lecteurs les débuts de ton parcours.

Farid Si Moussa (FSM) : J’ai commencé à 16 ans en 1989 chez Catherine David, dans son dojo du Cercle Nantais d’Aïkido. Catherine était troisième dan à l’époque. Lorsque j’ai débuté, j’aimais déjà beaucoup les activités physiques et j’étais assez sportif. J’aimais des sports assez populaires : le foot, le basket, le vélo, le tennis. J’ai commencé dans ce contexte-là.

Aïki-kohaï (PF) : Te souviens-tu de tes premiers cours d’Aïkido ?

Farid Si Moussa (FSM) : Pas très bien en réalité. Je me souviens cependant que je ne comprenais pas ce qu’on faisait ni pourquoi ; je ne comprenais pas pourquoi on attrapait les poignets par exemple. Pendant longtemps je suis resté uniquement parce que j’avais confiance en notre professeur et que je trouvais tout le monde sympa.

Cela dit, je me disais souvent : « quel est le rapport avec apprendre à me défendre ? » ou « jamais on ne va m’attraper les poignets dans la réalité », etc.

Et donc pendant une assez longue période j’ai travaillé uniquement sur la base de la confiance en ce qu’on me proposait et uniquement cela.

Aïki-kohaï (PF) : Avais-tu des difficultés particulières à cette époque ? Des exercices qui te posaient problème ?

Farid Si Moussa (FSM) : Pas de façon spécifique mais j’avais surtout un souci par rapport au sens de ma pratique. J’étais dans l’imitation au départ et même si j’ai pu trouver une direction et que tout cela s’est débloqué ensuite, les débuts étaient compliqués à cause de ça.

Je me souviens que, pendant un an ou deux, je n’ai pas compris la notion de contact par exemple. Et par contraste quand j’ai enfin compris ce que c’était, j’ai pu trouver beaucoup de sens à certains de mes mouvements. Ça a été ma première clef, un premier grand déclic. Je n’ai pas souvenir de difficulté technique particulière, mais le sens manquait à cette technicité et cela rendait les choses beaucoup plus complexes.

Après, je me souviens aussi que j’étais tout le temps penché (rires) ! Catherine me disait souvent de relever la tête !

Aïki-kohaï (PF) : As-tu débuté les stages tout de suite ou bien est-ce que tu as dû attendre d’être plus en confiance ?

Farid Si Moussa (FSM) : Ce n’était pas forcément tout de suite, mais la toute première année, en octobre ou novembre, Endo sensei est passé à Nantes. Mon premier stage a donc été avec lui et je n’avais que deux mois d’Aïkido. J’ai un souvenir très fort car je suis passé dans ses mains. C’était une chute arrière et sur la première chute, évidemment... j’ai plié la mauvaise jambe !

L’erreur classique du débutant.

En chutant devant le maître je m’en suis rendu compte, je me suis dit « Non ! Noooon ! » alors qu’Endo sensei m’indiquait justement mon erreur et j’avais envie de lui dire que je savais, évidemment ! Mais je n’ai rien dit (rires) ! Il m’a ensuite fait chuter avec la bonne jambe et m’a encouragé.

Par la suite j’ai attendu un an ou deux avant de faire des stages. Les premiers étaient des stages de ligue avec Joël Roche.

 

Farid avec Sébastien Heurteau
 lors du stage (source et auteur : Aïki-kohaï)

 

Aïki-kohaï (PF) : Nous avons déjà pu discuter de ton parcours auprès de Gouttard sensei, lorsqu’il était dans la région. Peux-tu expliquer à nouveau cela pour nos lecteurs ?

Farid Si Moussa (FSM) : J’ai rencontré Philippe un peu après mes débuts, durant la saison 1991/1992. Catherine David était mon enseignante du quotidien, son dojo était la « maison » en quelque sorte, où je suis resté 20 ans ; Joël Roche était alors notre DTR et un de mes référents, par qui j’avais compris beaucoup de choses ; et puis Philippe Gouttard est arrivé à Nantes où il est resté presque 10 ans. Un moment Joël et Philippe ont été co-DTRs. Beaucoup de personnes dans la région opposaient les personnalités et les styles d’aïkido de Joël et de Philippe, et moi je les trouvais supers tous les deux.

On peut dire qu’ils sont devenus peu à peu mes référents importants en plus de Catherine. Elle s’est toujours refusée, c’est son caractère, a avoir une image de sensei, de « maître ». Moi j’en ai eu besoin un moment à l’âge que j’avais et j’ai été amené à chercher cela ailleurs, et c’est Philippe qui me l’a donné.

Joël était un décodeur de la pratique. Il savait très bien l’analyser, donner du sens à l’aïkido, cela correspondait bien à mon coté intellectuel tout cet aspect analytique. C’était pour moi la figure du professeur.

Philippe, lui, est quelqu’un de très intuitif. Avec un toucher incroyable et qui te transmet ce qu’il expérimente par les sensations. Il ne sait pas toujours bien dire ce qu’il ressent, mais il te le fait tellement bien ressentir ! Extérieurement il donnait une fausse impression de force brute et je me souviens d’ailleurs que certains de ses élèves étaient encore très durs à cause de cela, je pense. C’était pour moi la figure du maître.

Dans tous les cas, je les trouvais tous les deux extrêmement complémentaires et je les appréciais tout autant l’un que l’autre.

 

Farid, encore jeune "uke Nantais" de Philippe Gouttard

(Source : collection privée de Farid S.Moussa)

 

Aïki-kohaï (PF) : En quelle année as-tu passé ton premier dan ?

Farid Si Moussa (FSM) : Au bout de six ans, durant la saison 1995. J’ai passé le deuxième 5 ans après, le 4ème après exactement 20 ans de pratique. Un parcours très classique en somme.

Aïki-kohaï (PF) : As-tu eu l’envie d’aller au Japon dès le départ ou bien est-ce que cela a

été progressif ?

Farid Si Moussa (FSM) : Cela ne s’est pas fait tout de suite. Pendant dix ans je n’ai absolument pas pensé à cela. En 2000/2001 je me suis retrouvé seul dans ma vie privée et le déclic est arrivé car je me sentais très libre d’aller où je voulais. Je ne suis parti qu’en 2004 pour la première fois.

C’est Philippe Gouttard qui m’avait réservé un hôtel et l’itinéraire pour aller de l’hôtel à l’Aïkikaï et puis voilà, c’était parti ! Je le revois encore me faire le plan sur un bout de papier à Nantes dans un café. J’ai fait en sorte que mon premier cours là-bas soit avec le Doshu, car je voulais débuter avec lui.

Je me souviens de ma première partenaire qui s’appelait Keiko, une Japonaise. Elle travaillait en fait à l’Aïkikaï et je ne le savais pas (rires).

Ce qui m’a marqué lors de ma première année au Japon était l’absence d’agressivité, personne ne montrait qu’il veut être le plus fort. Il y avait vraiment un échange à deux. J’ai également ressenti un travail important par rapport au hara (le centre).

La volonté de dominer se transmet souvent par les bras, avec un désir de passer par-dessus l’autre. Le travail avec le hara unifie le corps et transmet la volonté directement dans le bassin et globalement je trouvais cela très agréable : aucune sensation de contrainte ni de dureté, ou parfois même l’absence de sensation d’être projeté malgré la présence de puissance.

Quand je suis reparti, c’était dur de quitter ça.

 

Farid en 2005 au Hombu Dojo

(source : collection privée de Farid)

 

Aïki-kohaï (PF) : Avais-tu déjà rencontré Yasuno sensei ?

Farid Si Moussa (FSM) : Oui, je l’avais rencontré en France en 1996 à Paris la première fois. Je l’ai ensuite revu dans plusieurs stages français en région parisienne. Et puis en 2004 je l’ai revu au Hombu Dojo. Il donnait encore des cours le lundi soir à ce moment-là.

Aïki-kohaï (PF) : On sent vraiment que la rencontre avec ce sensei marque un tournant dans ta pratique. J’ai envie de te demander : Pourquoi lui et pas d’autres excellents sensei que tu connais ? Pourquoi ce maître en particulier ?

Farid Si Moussa (FSM) : Il y a plusieurs choses. Tout d’abord, c’était un des élèves les plus proches de Yamaguchi sensei, à ce qu’on m’en avait dit. Philippe Gouttard m’avait énormément parlé de Yamaguchi sensei donc j’avais le préjugé, je le reconnais, que c’était forcément quelque chose de bien parce que cela venait de Yamaguchi sensei. Ensuite, j’avais rencontré Bruno Zanotti depuis 1997 qui était lui aussi dans la lignée de Yamaguchi sensei et un proche de Yasuno sensei. Évidemment, comme j’appréciais déjà particulièrement cette pratique, je me disais que j’allais retrouver chez maître Yasuno ce qui pouvait me plaire chez Bruno Zanotti.

Et puis il y a surtout qu’en 2004 et pendant cinq à six ans, je suis passé dans les mains de Yasuno sensei chaque année au Hombu Dojo. J’adorais et j’adore cela. À cette période il prenait en uke même des gens qu’il ne connaissait pas trop. C’était puissant mais pas rude. Je ne me sentais pas repoussé.

Ce sont donc trois facteurs : des préjugés à cause de la filiation avec Yamaguchi sensei et ce que m’en avait dit Philippe, le lien avec la pratique de Bruno Zanotti et les sensations que j’ai pu recevoir directement.

J’ajouterai que lorsque j’allais à Tokyo chaque année depuis 2004, plusieurs Français qui vivaient là-bas pratiquaient avec Yasuno sensei. J’en entendais donc beaucoup parler par eux : Patricia Lucide, Laurent Huyghe, Sébastien Heurteau, Ludovic Caudéran, Kesha de Lituanie, etc... Tout ces gens me parlaient de lui.

Les Américains étaient plutôt avec Miyamoto sensei et les Français avec Yasuno sensei alors je l’avoue, je me suis naturellement tourné vers Yasuno en étant sans doute un peu influencé. Peut être que si j’étais Américain je suivrais... qui sait... Miyamoto sensei ? (rires).

En 2009, quand je suis resté six semaines à pratiquer là bas, c’est d’ailleurs Sébastien (ndl : présent à côté durant notre interview) qui m’a présenté à Sensei afin de pouvoir aller dans ses dojos privés. Il fallait que je lui dise en japonais « Yoroshiku Onegaishimasu ». Yasuno sensei a fait alors un petit sourire puis un signe de tête et c’était bon ! (rires).

 

Farid avec Philippe Monfouga lors du stage

(source et auteur : Aïki-kohaï)

 

Aïki-kohaï (PF) : Après toutes ces années à le suivre, si tu devais résumer quelques souvenirs marquants de la pratique auprès de Yasuno sensei, que retiendrais-tu ?

Farid Si Moussa (FSM) : Ce qui m’a marqué c’est le degré d’exigence qu’il a avec lui-même. Par extension son degré d’exigence avec ses élèves est énorme. Le mélange des deux fait qu’il n’est pas toujours facile de caractère. Tu as l’impression qu’il doit transmettre l’héritage de Yamaguchi sensei de la façon la plus pure possible et qu’il s’inquiète en permanence de cela. Comme si Yamaguchi sensei l’attendait là-haut à la fin de son existence pour lui demander des comptes sur la qualité de son enseignement (ndl : Farid me précise bien sûr que c’est lui qui ressent et interprète cela librement ainsi !). Yasuno sensei semble vivre en permanence avec l’esprit de son maître présent dans ses pensées et par conséquent, on ressent qu’il se met énormément de pression sur les épaules.

Cette pression se répercute bien entendu sur ceux qui suivent son enseignement. Avant et après ses cours, Yasuno sensei continue de travailler invariablement et il exige la même intensité pour ceux qui sont ses élèves, c’est assez impressionnant. Rien à voir avec de la détente ; malheur à toi si tu rates un de ses cours ou si tu es mou, ou la tête ailleurs. Parfois ses cours se passaient sans un mot à cause de cela, parce qu’il n’était pas content ; on ne savait pas trop pourquoi mais on le sentait bien.

Il peut également se mettre très en colère car tu sens que son objectif, c’est la transmission correcte des principes qu’on lui a appris. Et s’il voit qu’on fait n’importe quoi, ça le rend... pas très content (rires).

À coté de cela, même si ce n’est pas le caractère le plus facile, son Aïkido est magnifique et tu as malgré tout envie de le suivre partout pour le comprendre.

J’aime également ces moments où, à la fin du cours, il prend tous ses uke les uns après les autres et il les rince tous avec cet énorme sentiment d’exigence (rires).

(ndl : Sébastien Heurteau, proche de nous durant l’entretien, lève alors sa main afin d’indiquer qu’il connaît trèèèès bien cette sensation :-) )

Depuis l’année 2009, je suis un peu entré dans ce groupe et j’ai pu moi aussi bénéficier de ces "petits quart d’heure de rinçage" même si j’étais là pour peu de temps. J’ai, un tout petit peu, touché du doigt ces sensations des élèves qui sont installés là-bas et qui eux le vivaient tous les jours, toute l’année, pendant des années.

 

Farid lors d'exercices au Jo

(source et auteur : Aïki-kohaï)

 

Aïki-kohaï (PF) : En quelle année as-tu commencé à enseigner ?

Farid Si Moussa (FSM) : En réalité assez tôt. Au Cercle Nantais d’Aïkido il y avait trois créneaux par semaine et très vite, après mon premier dan et mon Brevet Fédéral, Catherine David m’a généreusement donné le créneau du mercredi. J’étais premier dan depuis environ deux ans et j’avais moins de dix ans d’Aïkido. J’étais cependant un des élèves les plus gradés du club et c’était une superbe expérience pour moi. Je la remercie encore de ce cadeau spontané.

Enseigner n’était pas quelque chose dont j’avais forcément envie, ça s’est fait comme ça. J’avais accompagné Catherine à sa demande au cours enfant d’abord, en tant qu’assistant. Il y a aussi eu une mutation professionnelle qui l’a obligée à se déplacer et c’est comme ça que je me suis un peu installé le mercredi pendant 4 ou 5 ans.

Avec Régis Moreau ensuite (un autre ancien du club) on a partagé le même créneau du mercredi jusqu’en 2009, date à laquelle je suis parti fonder mon propre club.

Il faut ajouter à cela qu’en 2000, lorsque Philippe Gouttard a quitté Nantes, il m’a laissé le créneau des cours du midi qu’il donnait à l’université deux fois par semaine. Il m’a transmis le flambeau car, lorsque j’étais étudiant, je suivais aussi ses cours à l’université.

Le départ de Philippe Gouttard a coïncidé avec la venue régulière à Nantes de Pascal Guillemin, à qui je dois également énormément au niveau de ma pratique.

Aïki-kohaï (PF) : Quel effet cela fait d’être un élève régulier de Gouttard sensei ?

Farid Si Moussa (FSM) : Le premier mot qui me vient, c’est... génial ! Avec le temps, Philippe est devenu un ami. Une relation qui est devenue très profonde. Lorsque j’ai traversé des moments très lourds ou difficiles dans ma vie privée, je dois aussi mentionner qu’il était là et présent. Tout cela a créé le lien que j’ai avec lui aujourd’hui.

C’est un mélange entre une très forte rencontre aïki et une amitié entre deux êtres humains. C’est aussi pour moi la figure du maître, une figure fraternelle et/ou paternelle. Quelqu’un qui m’a toujours soutenu et encouragé sans commune mesure.

Au niveau de la pratique pure, c’est aussi quelqu’un qui transmet une énergie et une envie incroyable et infinie de pratiquer au quotidien.

Aïki-kohaï (PF) : Farid, pour changer complètement de sujet, le thème de ton stage de ce week-end était « La connexion et le relâchement ». Est-ce que nous devions travailler davantage vers l’un ou vers l’autre ?

Farid Si Moussa (FSM) : En vérité, les deux. Mais dans un sens précis car pour se connecter il faut se relâcher. Si je construis une barrière autour de moi je ne peux me connecter à rien, je dois enlever la barrière. Pour se connecter il faut ressentir et pour ressentir il faut absolument se relâcher, d’où les exercices que nous avons pu travailler sur le fait d’accueillir l’attaque.

Dans la vie, on peut pas accueillir quelqu’un sans se détendre, lui sourire et qu’il puisse lui aussi se détendre ; en aïkido, une fois détendu et ouvert on peut guider son partenaire et faire aïki avec lui. Cette connexion est essentielle. Au moment du De-Aï, de la rencontre, on essaye de faire en sorte qu’il existe unité et aïki entre tori et uké. Pour que cela soit réalisable, tori doit s’ouvrir pour recevoir l’attaque et l’intention de uke.

C’est drôle parce que recevoir cela se dit ukeru (en japonais) : pour être pleinement tori quand il fait tori, tori donc être aussi dans un état d’esprit de réception, donc d’uke. En même temps, il faut savoir aussi garder son centre et son axe inviolés, car sinon on disparaît et paradoxalement on ne reçoit plus rien du tout : on se fait écraser. Si on fait le parallèle avec la vie quotidienne c’est la différence entre recevoir quelqu’un (on se détend et on le détend, on s’ouvre à lui, mais il n’y a pas d’ambiguïté sur qui accueille qui, sur chez qui on est) et se faire envahir ou expulser de chez soi par quelqu’un.

C’est tout cet équilibre à trouver qui est important et qui participe d’une bonne connexion.

 

 

Farid avec Sebastien en uke expliquant la connexion

(source et auteur : Aïki-kohaï)

 

Aïki-kohaï (PF) : Autre sujet, j’ai pu constater, dans nos exercices avec le Jo, que tu utilisais beaucoup les armes pour des raisons pédagogiques. Est-ce que les armes sont plus pour toi un outil de pédagogie ou un travail à part ?

Farid Si Moussa (FSM) : Très clairement je les utilise comme outil de pédagogie pour le travail à mains nues. Je n’ai pas le sentiment d’avoir une recherche personnelle là-dessus et je reprends ce que j’ai appris par Joël Roche, Philippe Gouttard, Pascal Guillemin ou Christian Tissier. Je reprends notamment les katas de l’école Kashima dans la version transmise par Christian Tissier mais je n’ai pas de recherche propre ni au Ken ni au Jo car je ne me sens pas assez légitime pour cela.

Du coup dans ce que j’enseigne il n’y a pas finalité particulière dans les armes en dehors de la pédagogie pour le travail à mains nues.

Aïki-kohaï (PF) : Dernière question Farid : si tu avais quelques conseils à donner aux débutants ? Pourquoi faut il monter sur les tatamis et chercher l’Aïkido en particulier ?

Farid Si Moussa (FSM) : Je ne ferai pas de publicité à l’endroit de l’Aïkido par rapport à d’autres arts martiaux en général. C’est autant toi qui rencontres l’Aïkido que l’Aïkido qui te rencontre. Si tu sens que tu as envie de faire la boxe et bien il faut en faire. Dans le même sens, l’Aïkido doit correspondre à ta recherche, à ton envie ; si tu le rencontres c’est qu’il y a quelque chose à y trouver et que tu cherches par là.

Si je croise quelqu’un, je n’ai pas envie de lui dire que c’est bien de faire de l’Aïkido mais plutôt de lui demander ce que son corps souhaite. Et de voir si l’Aïkido peut correspondre ou si une autre pratique est plus appropriée.

Concernant ceux qui débutent dans l’Aïkido et dont les pieds sont déjà sur les tatamis et au départ du chemin, mon conseil serait le suivant : reliez-vous à votre partenaire ; connectez-vous pour que tout ce que vous entreprenez puisse prendre un sens.

Ce thème est important pour moi mais pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir décidé que ça l’était ou devait l’être. Je constate que c’est ce qui m’inspire et me pousse presque malgré moi, c’est ce thème qui revient régulièrement quand je donne cours ou lorsque mon corps agit sur les tatamis.

C’est amusant de voir à quel point, finalement, l’aïkido décide de nous plutôt que l’inverse.

 

Les participants du stage de Farid

(source et auteur : Aïki-kohaï)

 


Le Limbo-Nage, un exercice pour travailler la connexion entre uke et tori et les muscles profonds

(appelation imaginée par l'Aïki-kohaï et "contrôlée" par Farid)

 

Le jo comme outil pédagogique par Farid Si moussa avec Sébastien Heurteau en uke (source et auteur : Aïki-kohaï)

Le jo comme outil pédagogique par Farid Si moussa avec Sébastien Heurteau en uke (source et auteur : Aïki-kohaï)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Entretien

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