NAMT 2015 : Dans les coulisses de la tradition

Publié le 25 Mai 2015

Kazuko sensei en action lors de la NAMT 2015 en compagnie d'Hino Akira (Photo : Aïki-kohaï)

Kazuko sensei en action lors de la NAMT 2015 en compagnie d'Hino Akira (Photo : Aïki-kohaï)

L'année dernière à cette même période, amis lectrices et lecteurs, je vous écrivais si fébrilement que je n'osais pas prendre plus d'une photo ou deux de cette fameuse "Nuit des Arts Martiaux Traditionnels" (appelée NAMT par les connaisseurs). Ma crainte était alors de déranger l'une des grandes messes de la famille des arts martiaux et particulièrement de la planète Tamaki.

Petit pas pour l'homme mais grand pas pour un Kohaï, je me devais de chercher cette année quelque chose pour me dépasser et "sortir de ma zone de confort".

Pour ce grand cru 2015, j'avais donc l'honneur et le privilège d'être un "bracelet blanc" et de travailler auprès de l'équipe de Léo Tamaki et ses proches pour couvrir dans sa globalité l'événement de la NAMT 2015. Premiers pas de vrai/faux journaliste, nouvelle étape de ma pratique hyperactive, cette possibilité représente surtout pour moi le geste de confiance d'un maître que je respecte et apprécie profondément. Les mots sont faibles pour exprimer ma reconnaissance envers Léo et ses proches mais....

...Plutôt que de les remercier pour la 30ième fois de leur confiance totale en votre serviteur, et bien....j'ai préféré me mettre au travail pour montrer que je mérite toutes ces mains qu'on me tend.

Et quel job, messieurs, dames !

Au même titre que les démonstrateurs et les organisateurs, j'étais présent tout le long de cette fameuse nuit des arts martiaux traditionnels afin de vivre l'événement pour vous de l'intérieur, armé de ma plume, de mon portable, d'un dictaphone, d'une caméra et d'un appareil photo. J'ai couru partout durant toute la soirée pour vous rapporter les plus beaux clichés, pour discuter avec le maximum d'intervenants, pour capter et absorber l'énergie des uns et les efforts des autres jusqu'à même me coller aux projecteurs brûlants pour pouvoir prendre le pouls le plus juste et le portrait le plus détaillé du mouvement de cette soirée dans sa presque totalité. Mon analyse est bien sûr faite par mes yeux honnêtes de simple kohaï, rien de plus, rien de moins mais...je suis sûr que c'est ce que vous attendiez de moi, évidemment non ?

Vous me suivez toujours ? Parfait. Alors, allons-y.

 

Sur les traces de Mozart et de Jason Momoa :

 

Fraîchement débarqué du métro avec mon épouse, c'est avec une méga pression que je prends mes quartiers en fin d'après midi dans le très connu Théâtre Dejazet de la rue du Temple, à deux pas de la Place de la République que du point de vue familial tout le monde surnomme "manif-land" mais je vous laisse seul juge.

Ce théâtre en lui-même est un déjà une expérience d'exception pour un amateur d'histoire comme votre serviteur. Ancien jeu de paume, édifié en 1770 par le Comte d'Artois, ce "petit" théâtre de boulevard devint l'un des endroits les plus fréquentés en France à l'époque de la Restauration. A noter pour faire mon Stéphane Bern sans frisotti que c'est d'ailleurs le seul théâtre rescapé de cette époque trouble et glorieuse où boulevard du temple rimait plutôt avec "boulevard du crime". En 2015, je dois dire que l'endroit demeure habité.

C'est un bijou du patrimoine qui vit passer Mozart jusqu'à...Coluche. En passant par Juliette Gréco et...moi-même (mouahahah, certains sur l'Aïki-forum vont se délecter de cet instant mégalomane absolument gratuit je le sens...), mais bref.

Pris sous l'aile d'un gentil monsieur qui me fit faire le grand tour du propriétaire (des vestiaires, aux loges en passant par "les petits escaliers cachés" et la régie) avant de réaliser que je ne venais pas du tout pour me "produire sur scène", je fis la rencontre sympathique du très dynamique Sylvain, gentil clone de Jason Momoa, appelé aussi "le grand coooordonnateur" de la soirée.

H-2 avant l'arrivée du public, croyez bien que l'endroit est déjà une fourmilière et que Léo Tamaki est déjà à l'oeuvre pour se battre pour vous avec les problèmes de son (unique mais non des moindres aléas de la soirée).

 

Léo Tamaki sensei, l'oeil sur la régie

(...à moins qu'il ne se gratte le menton ?)

 

Sur scène, le Paris Taïko Ensemble est en train de monter les énormes Wadaiko (tambours japonais) qui semblent avoir du mal à passer par les portes et les petits couloirs. Aux alentours, Mme Shizuka Tamaki est en train mettre un tour de vis aux derniers détails. D'ailleurs, quelqu'un que vous connaissez bien commence par m'interpeller immédiatement alors que je débute l'installation de mon matériel.

Un genre de Tengu...

...Avec son grand sourire communicatif qui, je le crois, essaie de me dire quelque chose...

...C'est Hino Akira.

Comme dans rencontre du 3ième type, la tentative de contact s'accompagne de quelques gestes amicaux et de sourires car Hino sensei n'est pas vraiment un grand spécialiste de l'anglais et je parle Japonais comme une vache espagnole en phase terminale. Notre rencontre est totalement inespérée et je parviens à le guider vers Mme Tamaki avant de le laisser débuter enfin ses préparatifs et une mini-répétition avec sa compagne, Kazuko sensei, véritable révélation de la soirée pour moi.

 

Hino Hakira sensei et Kazuko sensei en pleine répétition

(les sabres ne sont pas là mais ils sont là, quel sentiment étrange)

 

Je dois dire que j'ai toujours été déconcerté par le Hino Budo et les propositions de cet expert auquel je n'ai pas accès d'habitude. Son travail est un vrai mystère et même, avouons-le, une source d'interrogation profonde pour moi. Mais si je devais résumer très simplement mon contact avec Hino Akira je dirais simplement que c'est...une belle personne.

C'est assez dur à expliquer mais j'ai "accroché" tout de suite car sa nature amusante et ouverte est un écho parfaitement identique à la mienne.

A partir de là, le voyage de votre serviteur devient un véritable Hollywood Boulevard des arts martiaux car pendant que je remonte ou resdescends les petits escaliers "casse-bobine" du théâtre, je tombe nez-à-nez avec le très sympa Eric Anfrui du Kokodo Jujutsu et un Pascal Guillemin très absorbé.

 

La minutie de la préparation de Pascal jusqu'au dernier moment

 

Chaque rencontre "coulisse" me démontre que les participants sont déterminés à produire quelque chose de précis et de juste. Tout le monde est conscient de "représenter" un peu sa discipline dans ce genre de manifestation et c'est vraiment touchant de voir le sens du détail de certains jusqu'à la dernière minute de l'événement.

 

L'équipe du Kokodo avec Eric Anfrui

 

J'ai pu ainsi aller de l'un à l'autre des groupes (certains connus, d'autres pas ou peu) et poser quelques petites questions dans les vestiaires improvisés (intialement des appartements d'époque ou s'entassent ken, jo, naginata et sacs de sports...), tâter un peu l'ambiance, lâcher quelques trais d'humour de kohaï que je ne présente plus...bref...un pied total.

C'est un grand moment de communion martiale où la bonne humeur est communicative et où, noob, ingé-son, hôtesse de salle, vigile comme senseï, vrombissent toutes et tous d'une même note identique à la manière d'une ruche d'abeille où la reine est un tatami.

Une dédicace spéciale aux élèves de Farouk Bénouali et Farouk lui-même que j'ai pu aussi rencontrer et que je ne connaissais évidemment qu'en photo/vidéos. Les petites discussions d'avant présentation sur la thématique recherchée et développée par Farouk ce soir-là(le ri-aï, et la connexion armes-mains nues dans les arts martiaux et particulièrement l'Aïkido) furent une vraie mine de sagesse. Plus que cela encore : ces mecs-là sont adorables ! Des vrais perles. Humbles au point de me demander plus tard dans la soirée (et très sérieusement) mon avis martial (si si, vrai de vrai) sur leur excellente prestation comme si moi et mes kyus en mousse représentaient quelque chose d'aussi importants à leurs yeux que l'avis d'un expert.

Ne dit-on pas qu'il faut observer les élèves pour comprendre le maître ? Si c'est bien le cas, Farouk, et bah c'est du beau boulot :-)

 

Les élèves de Farouk Bénaouli

 

Je pourrais évidemment vous narrer TOUTES les belles rencontres de la soirée (Jean-Marc et son "S comme SUPERMAN", les histoires de basquettes fluo des Hapkido-in, le tchoup-tchoup, Isseï en mode costard trois pièces, les blagues de Takeharu...) et chaque détail et aspect des maîtres rencontrés mais c'est trois albums photos (et quelques dossiers inavouables) que vous m'obligeriez à mettre en ligne et c'est donc sur ces bonnes paroles que je vais immédiatement abréger et vous narrer plus sérieusement l'essentiel des prestations pour le grand cru de cette NAMT 2015.

 

La foule est nombreuse et il faut jouer des coudes pour mériter sa place :-)

 

Lorsque la tradition rejoint la modernité :

 

La première partie de la soirée débute cette fois directement au son du wadaiko du Paris Taïko Ensemble puis laisse place aux étranges et esthétiques mouvements du Sonmudo dans des tenues d'un gris sobre. Il s'agit d'un art martial Coréen signifiant "art martial zen".

A noter que le Sonmudo (appelé également Sunmudo) peut être considéré comme l’un des plus anciens arts martiaux coréens, connu avant 1984 sous le nom de « kum kan yung kwan ».

 

Frédéric Foubert et ses compagnons

 

Si je devais résumer mon ressenti sur cette pratique du soir, je dirais qu'on peut analyser le Sonmudo comme un art de synthèse à mi-chemin entre la gymnastique corporelle et la méditation zen. Quelque chose entre le yoga et le kinomichi. Il s'en dégage en effet un puissant sentiment de tranquilité et de douceur.

Mais les spectateurs n'ont pas le temps de se rétablir de "l'effet Moine Gris" que Simon Pujol et ses nombreux compagnons viennent s'emparer de la scène de façon très dynamique pour nous démontrer le Goshinkaï Ju-jutsu, un art martial axé plus self-defense. Le style est tranché, et en effet très...rugueux mais certains mouvements, déplacements et clefs ne sont pas sans rappeler un travail utilisé par les Aïkidokas dans leur quotidien.

Il s'agit aussi d'une des nombreuses disciplines alliant tradition et modernité. En effet, bien que né en 1989, le Goshinkaï est un style inspiré tant par le Nitten Ichi Ryu, le Daïto Ryu ou le Hakko Ryu.

Très proche de la scène à ce moment-là et souffrant moi aussi de la chaleur des projecteurs, je peux vous dire concernant le Goshinkaï que l'équipe de Simon était vraiment (vraiment) gonflée à bloc. A un point tel que je pouvais voir le tatami faire des sauts lui aussi ;-)

 

L'engagement martial du Goshinkaï avec Simon Pujol

 

Afin de ne pas laisser reposer le public une seule minute, c'est ensuite à Farouk Benaouli et ses élèves de démontrer l'Aïkido. Il s'agit pour moi d'un des moments les plus intéressants de la soirée (mais ce n'est que mon avis personnel). J'ai énormément apprécié le parti pris de Farouk d'avoir choisi une thématique telle que le Ri-Aï (harmonie des logiques et des principes) entre Buki waza (le travail aux armes) et Tachi waza (le travail à mains nues). Un des élèves de Farouk démontrait pour se faire un ou plusieurs mouvements de sabre puis...ses comparses reproduisaient le même principe dans une série de techniques à mains nues très insicives.

Ce type de pratique n'est pas nouveau pour ceux comme moi qui s'intéressent aux démonstrations et vidéos pédagogiques de Nishio-sensei par exemple mais il est vrai que parfois, cette méthode peut nécessiter un décodage afin de comprendre pour le spectateur toute la difficulté d'un tel modus operandi.

 

Je ne m'en vais pas, je vole...avec Farouk Benouali

 

En ce qui me concerne, je n'ai pas peur de le dire : J'ai adoré. Mon épouse et ses amies présentes dans la salle avaient toutes parfaitement compris la mécanique de la démonstration de Farouk dès le deuxième mouvement sans être habituées à observer ce genre de travail. Je pense donc sans trop m'avancer que c'était un pari plutôt osé mais...qui fonctionne.

C'est ensuite à Eric Anfrui shihan de démontrer le Kokodo Jujutsu, déjà présent l'année dernière par le biais du fondateur de la discipline, le Shodai Soke Irie Yasuhiro. Le challenge était donc double pour Eric Shihan : renouveler l'intérêt du public pour cet art méconnu alliant tradition et modernité (le style issu du très traditionnel Hakkoryu jujutsu est né en 1995) et tenter de "remplacer" son maître en son absence. Là encore, m'intéressant au travail d'Eric depuis un moment, j'ai été ravi de retrouver ses gloubiboulgas et les grimaces de ses "victimes". Mais pour laisser un peu de suspens, j'invite ceux qui sont curieux à dévorer mes photos de l'Album NAMT 2015 à paraître très bientôt sur le blog.

Eric est vraiment passionnant à observer et pour ma part, je trouve dans le Kokodo Jujutsu la même "magie" que j'aime observer dans certaines vidéos d'arts plus traditionnels comme le Daito Ryu ou le Katori. La démonstration était donc remarquablement juste à mon sens.

Juste après lui officiait le Systema "Breton" de Benoit Hauray (élève de Vladimir Vassiliev, fleuron de la discipline) et ses "T-shirt Noirs". Une danse fluide trèèèès compliquée à capturer décemment dans le viseur de mon bridge mais qui n'en demeurait pas moins captivante.

L'exercice, par ses mouvements tout en relâchement et dans la dynamique pure, pouvait, je l'avoue, perdre quelques spectateurs non habitués à cet enseignement (dont votre serviteur) et il fallait globablement s'accrocher pour ne pas se perdre dans ce tourbillon martial.

C'est alors qu'IL est arrivé.

Oui. Lui. L'homme qui a rendu Tom Cruise crédible avec un bokuto. Monsieur Tchoup-tchoup pour les intimes. L'incroyable Pascal Guillemin et son Aïkido.

 

Pureté du geste avec Pascal Guillemin

 

Incroyable professionnel, technicien hors-pair, les qualificatifs sont bien souvent insuffisants pour résumer le travail d'horloger de Pascal senseï, 6ième dan mondialement connu, ancien assistant de Christian Tissier shihan himself et véritable pilier de la discipline. L'oeil acier du maître, ses kote gaeshi généreux ainsi que sa maîtrise très fine du Jo puis du Ken (où l'école Kashima no tachi est passée par là) me permettent d'affirmer sans ambage que sa démonstration était faite pour conquérir le public après la véritable maestria de Bruno Gonzalez l'année dernière. Une belle rencontre en cette soirée pour ce qui me concerne et que je n'oublierai pas.

J'apprécie également l'ouverture d'esprit de ce grand monsieur qui sait, là encore, prendre ce qu'il y a de meilleur d'un art martial traditionnel pour explorer sans fin notre monde moderne et toucher un public nouveau qui, peut-être un jour, produira les prochaines générations de maîtres d'Aïkido.

La démonstration suivante de Pierre Portocarrero (élève du célèbre Senseï Tsuneyoshi Ogura) pour le Karaté Gembukan n'avait rien à envier aux autres, Nous étions cependant de retour dans la plus pure tradition du Tode, des enseignements oku (profonds) et des arts martiaux Japonais.

 

La tradition du Tode avec Pierre Portocarrero

 

Quel plaisir pour votre serviteur que de voir le Karaté tel qu'il devrait être, et non tel que je peux parfois le déplorer, même si je respecte profondément d'autres écoles aux prises de position plus "sportives" et compétitives. De la fluidité comme dans le Goju Ryu, de la souplesse et de l'amplitude comme dans le Wado Ryu, la main de Pierre est une main que je l'avoue, je ne connaissais pas et qui offre de très très beaux instants martiaux.

Un grand merci à lui et à ses élèves pour cette parenthèse de temps. Mais il est bien trop tard pour souffler car voici venu les "Cosmonautes" du Kudo Daido Juku, art martial mixte Japonais représenté par Shinya Tsuchida et fondé en 1981 par Jukucho Takashi Azuma. La démonstration se déroula notamment en plusieurs phases très intenses dont une très belle confrontation au sol et au pied que je vous laisserai découvrir dans l'album.

Cet instant de modernité s'envole ensuite très vite avec plusieurs démonstrations de haute volée orchestrée de main de maître par Claire Seika et les élèves de feu Pierre Simon Iwao (malheureusement disparu le 3 mai 2015).

 

Claire Seika, simplement magistrale

 

Dans un moment pareil, alors que Pierre Simon Iwao devait être présent à la NAMT 2015 et qu'il s'entrainait justement pour nous en offrir le meilleur, c'est un immense cadeau qu'offrent tous les membres du dojo-école Oshinkan. Le regard et l'intensité que dégageait Claire Seika dont j'avais pu découvrir le parcours incroyable auprès des Yamabushis grâce à Dragon magazine, ne peut que se passer de commentaires superflus. L'école Toda Ha Buko Ryu et Tatsumi Ryu sont des enseignements bien vivants issus des profondeurs de la tradition. Les voir et les revoir incarnés sur mes propres images, alors que je cherchais à capter l'instant de Claire et ses élèves, penché dans la chaleur suffocante d'un bord de scène, est pour moi un moment particulier sur lequel, je pense, je m'attarderais longtemps. Bravo à eux.

Vous pensiez cependant, amis lectrices et lecteurs, qu'après une première partie de ce calibre, l'intensité ne pouvait que s'interrompre ?

C'était sans compter LE moment de la nuit (pour ne pas dire la fièvre du samedi soir, ce qui gâcherait complètement mon petit effet)

Une démonstration simple et vraie insufflée par Hino Akira, sa compagne Kazuko et l'un de ses élèves pour présenter le Hino Budo. J'ai consacré pas moins de cinquante clichés à ce bel ouvrage qu'il serait difficile de vous exprimer autrement et dont voici le deuxième extrait (le premier étant l'illustration de l'article et répondant parfaitement à celui-ci).

 

Le ballet d'acier d'Hino Akira

 

Cette fois, six années après son premier passage à la NAMT, pas de pyramide humaine et pas de tsuki à travers vingt personnes. De l'explosion à l'implosion, Hino produisit pour nous quelques éléments de son école dont il est le fondateur comme si, en ces six années, quelque chose d'évident était passé en lui.

C'est une avalanche de puissance condensée qui s'exprimait là et bien que je n'ai aucunement la prétention de comprendre un tel travail. Je dois dire qu'au delà de l'esthétisme le plus pur de la gestuelle du maître, se tramait quelque chose d'immensément complexe. C'est l'art simple et pourtant si peu usité de l'utilisation du corps que narraient les échanges d'Hino avec le vide, à travers ses mains nues, face à face avec son élève ou bien sa compagne, autour d'un sabre ou bien d'un baton souple.

Je pouvais sentir qu'il s'agissait là d'un travail complètement différent de la mise en oeuvre de l'Aïki, qu'il s'agissait là d'une proposition autre, peut-être nouvelle, peut-être redécouverte. Une démonstration qui méritait du moins que je passe de la perplexité de kohaï terre-à-terre à l'attention la plus pointue. Car il y a bien, messieurs, dames, chez Hino sensei, quelque chose qui mérite votre attention même si je ne saurais dire quoi.

La prestation d'Hino senseï laissa place par la suite à Marc Feldis et ses élèves du Karaté Shotokan JKA.

 

Le Karaté Shotokan JKA

 

Marc est un 5ième dan, membre fondateur de la prestigieuse JKA (Japan Karate-do Association) de Paris, développée pour perpétuer l'enseignement de Gichin Funakoshi. Déjà venu à la NAMT, c'est toujours un plaisir que de le voir et de l'observer en pleine action. Ses élèves sont également "de beaux morceaux" avec une dédicace particulière à "Ragnar" que vous rencontrerez dans l'album photo prochainement. Quelques katas plus tard et un échange pied-poing de plus et la foule était de retour au combat, prête à en finir avec la poésie.

Et cela tombait bien car l'Oshinkan Dojo revenait en force pour présenter d'autres études de son école. Arrivait également une discipline Coréenne bien connue, l'Hapkido, qui se produisait par la suite. L'année dernière, on peut dire que l'Hapkimudo de Kang Jong Lee était la grande favorite de mon épouse avec ses étranglements à grands coups de ceinturons et de chaîne de vélo dans un tonnerre de salto arrière et de bourre-pif survitaminé à la Mad Max.

La Corée est restée cette fois dans la plus pure tradition avec un Jérôme Dussotier très sobrement efficace. A noter que Jérôme et ses élèves sont issus du bien connu cercle Tissier qui, oui, ne propose pas que de l'Aïkido. J'ai personnellement préféré cette belle version de l'art de Choi Yong Sul, orientée totalement vers la défense personnelle. Un grand merci à eux.

Passé cet instant "patate et pique-aux-yeux", l'Aïkido reprenait ensuite ses quartiers avec un Jean-Marc Chamot (6ième dan) tombé dans la marmite de potion magique.

 

Jean-Marc Chamot et son S comme super Senseï

 

J'ai personnellement beaucoup apprécié les "retrouvailles martiales" entre Jean-Marc et Germain Chamot dans quelques échanges de cette démonstration de haut niveau. J'ai déjà pu croiser Germain dans l'entourage Tamakien et il est également réputé pour ses qualités de Shiatsuki. Cela dit, alors qu'il se dégage de Germain une douceur bienveillante, j'ai pu constater dans les coulisses que son père avait également beaucoup d'humour...mais qu'il se transformait totalement dès le pied posé sur le tatami, accumulant une espèce de puissante "'aura bourrepif" en l'espace de quelques secondes que je ne saurais qualifier autrement.

Maintenant je sais à quoi ressemble une vie passée auprès des élèves du fondateur de l'Aïkido comme Noro sensei, Nakazono Sensei, Tamura sensei, T.K Chiba sensei etc etc...

Pour l'analyser très simplement, j'avais l'impression que Germain avait mal fait ses devoirs et le voir s'envoler avec les autres élèes présents était à la fois un grand moment d'appréciation martiale et de...compassion pour lui. Ceci explique également sa vocation de Shiatsuki ?

Je ne saurais le dire. En tout cas, j'ai acquis une sympathie et un grand respect pour Super Senseï que, pour ma part, je ne connaissais bien sûr que de réputation. Je dois également dire que  son style de Jo est un vrai régal.

Erwan Cloarec prenait ensuite le flambeau pour démontrer très sobrement quelques principes de Hsing-I-Chuan, un art Chinois complètement inconnu de la galaxie très lointaine de votre serviteur. Erwan est assez discret en général et plutôt estimé pour son Blog "La Pratique Sauvage". Je sais qu'il est également proche d'Allen Pitman que j'avais pu observer lors de la NAMT 2014. Cette fois je dois donc le remercier pour cette découverte intéressante !

Pas facile cela dit de passer entre Jean-Marc et le Daito-Ryu Takumakaï :-)

Que dire d'ailleurs du très très très attendu et bien mystérieux Jean Gonzalez ?

Je dirais...fidèle à sa discipline. Rien de spectaculaire. Que de l'efficace et du pragmatique. Une démonstration extrèmement sobre (trop ?) avec quelques pratiquants (Finlandais si je ne m'abuse) dont la concentration était à son maximum. Jean est malheureusement l'un des membres de la liste très courte des gens que j'ai raté en coulisse et je le regrette.

Vous trouverez cela dit quelques photos de l'exploit sur le blog très bientôt en espérant que vous aimez les atémis et les méli-mélos.

Pour demeurer dans la sobriété la plus totale, arriva ensuite la Savate et la Canne Française, méthode Lafond. Les deux démonstrateurs en tenue "spéciale" (bien que fort traditionnelle) ne déméritaient pas pour investir l'espace là où certains groupes plus nombreux devaient s'agiter deux fois plus. La canne est notamment un exercice très "Victorien" pour ne pas dire "Holmesien" dont l'observation est un vrai plaisir.

Puis vint un dernier baroud d'honneur !

L'Aïkibudo trouva sa place à la suite avec l'excellent Xavier Fleury, déjà venu (très nombreux) présenter sa discipline lors de la NAMT 2013 suivi par le Mugai Ryu et leur très impressionnante démonstration de coupe à la bougie (que je dois l'avouer, j'ai failli rater à force de faire l'andouille en coulisse avec le jeune maître Noro) et pour finir l'ami (et respecté) Takeharu (puisqu'on en parle) venu expressément démonter le Kinomichi avant quelques notes de Wadaiko, histoire de ne pas repartir les oreilles vides.

Du très beau spectacle en résumé mais surtout de l'engagement, de l'entraînement, de la minutie, de la répétition, de la détermination et un grand sens du respect pour tous les arts martiaux est à tirer d'un tel événement. Mais plus encore, c'est avant tout du travail pour l'avenir et un message de vie. Une immense carte postale à l'humanité non martiale indiquant que la tradition est bien vivante et fière dans cette époque de stades, de rings, de body-fitness et d'exercices en salle vides de sens.

En s'unissant pour la tradition martiale, c'est l'ensemble de la famille des arts martiaux qui trouve une belle communion de valeur et des âmes.

Et pour finir ?

Un immense merci à la famille Tamaki et aux élèves du Kishinkaï ainsi qu'à leurs proches pour faire vivre cela, un très beau chapeau bas à toute l'équipe technique du théâtre et au personnel de sécurité et d'accueil, un salut jusqu'au sol pour tous ces senseis de courants, fédérations, groupes, écoles, disciplines animés d'une même joie et présents. Et une fierté d'avoir été un tout petit rouage de ce grand édifice.

 

Takeharu Noro et ses élèves démontrant le Kinomichi (Auteur : Aiki-kohai)

Takeharu Noro et ses élèves démontrant le Kinomichi (Auteur : Aiki-kohai)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Actualités-Nouveautés, #Arts martiaux

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sébastien 26/05/2015 10:55

Hello,

Ce qui était bluffant avec l'école Mugai Ryu, c'est surtout la coupe de feuilles au bokken, surtout quand la coupe est nette :]

Aïki-Kohaï 26/05/2015 19:57

Bien vrai ! C'était vraiment très sympa.

J'ai particulièrement apprécié mais je dois l'avouer j'ai raté le tout début car je faisais des blagues avec Takeharu...

L'autre facette des coulisses :-)