Le Blog Aïki-kohaï fête sa première année !

Publié le 19 Avril 2015

Le Blog Aïki-kohaï fête sa première année !

Le 11 avril 2014, je me lancais pour la première fois dans la folle aventure Aïki-kohaï mais je me rends compte que je n'ai jamais conté la véritable histoire du blog parce qu'elle est intrinsèquement liée à mon parcours personnel et mon retour à l'Aïkido peu commun, osons le dire même si cela peut paraître beaucoup trop présomptueux, sur les tatamis.

Ancien escrimeur initié à l'Aïkido en 2002/2003 par Eric Jalabert après de courts passages par le Tae Kwon Do, le Nin Jutsu, le Taïchi chuan ect... je me suis éloigné pendant des années de la discipline de Moriheï Ueshiba sans pour autant pouvoir m'en détacher complètement. A cette époque je n'avais aucun choix ni aucun moyen (et un oeuf dans mon frigo), ma seule option pour sortir du marasme était de terminer mes études tout en travaillant le soir et/ou la nuit.

Je me souviens malgré tout pour toujours de ces premiers contacts avec l'Aïkido de l'université Paris 8. Du portrait étonnant de Steven Seagal accroché sur le coté du Kamiza pour faire rire les élèves en montant sur le tatami (une idée brillante et non préparée d'Eric), le travail (déjà) avec Etsuko et Philippe (alors ses élèves les plus proches et pas encore enseignants), les interminables randoris lors des "3ième mi-temps" à la fin des cours, notre ami l'aspirateur etc etc...

Je me suis rendu compte plus tard que les techniques et sensations communiquées par Eric Jalabert senseï ne m'ont jamais totalement quitté. Il est aussi le premier à m'avoir parlé du Kinomichi et de maître Noro. Je me souviens aussi qu'à l'époque, on se moque déjà de la "banane" que j'affiche en travaillant sur le tapis.

Et pourtant, c'est un trait (ou un défaut ?) que j'ai bizarrement conservé avec les années, quelles que soient les circonstances.

Au printemps 2013, je traverse un drame personnel. Je ne le sais pas encore mais les événements s'enchainent et amènent mon épouse entre la vie et la mort un peu moins d'un an plus tard. Durant toute cette période où j'ai tenté d'être là pour elle avant tout, j'ai cherché un moyen de nous communiquer de l'énergie, de la volonté, des outils de guérison à la fois physiques et mentaux. Mais je me rends compte très vite que je n'arriverai pas à lui apporter mon aide si je ne m'aide pas moi-même à sortir de l'étau des événements.

Dans le même temps, hasard des dates, vont se jouer plusieurs faits marquants pour moi. J'apprends le décès de maître Noro (car je suis toujours en contact avec le monde martial et mon meilleur ami est toujours pratiquant) par cet article et je me dis qu'il n'y a plus personne pour sourire sur les tatamis (même si je me trompe alors ne sachant pas que Takeharu veille à préserver l'oeuvre de son père avec sa famille). En septembre 2013, j'apprends aussi que Philippe Monfouga ouvre son Dojo Kokyu-ho en semaine (association qui existait déjà organisant  des événements et stages depuis un moment)...dans le dernier Dojo Historique de Maître Noro.

Je devine qu'il y a là quelques réponses importantes à mes recherches et il ne faut pas que je loupe le coche.

Je reprends contact avec Philippe et Etsuko, d'abord par le biais des stages le dimanche matin. Mon épouse n'est pas encore en état de pratiquer souvent mais elle continue de veiller sur tout cela, de participer, d'écouter mes pérégrinations, mes échecs, mes progrès et mes blagues stupides. Je suis heureux de voir que mon projet porte ses fruits et la voir motivée avec moi me rend extrèmement heureux. Payant ces années d'abstention martiale, j'endure cette reprise de façon folle (à cette époque je pratique tous les jours, partout, dans un dojo local, chez moi, en vacances, dans les bois, dès que possible...je perds dix kilos) pour rattraper le temps, me guérir l'esprit et le corps autant que pour lui communiquer l'envie de se tirer de ses difficultés et de nos préoccupations.

Mars 2014, je fais la rencontre de Philippe Gouttard dont j'ai tant entendu parler par Eric, Philippe, Etsuko et Alma. Un an plus tard, je me rends compte que son enseignement de liberté m'a inspiré au final mon premier article et me sort définitivement du parcours martial typique.

Je le cite d'ailleurs et notamment un paragraphe marquant de son billet "Travailler sans force". Gouttard sensei dit:"Quand nous sommes débutants l’obligation de réussir est moindre. Donc plus nous sommes gradés plus il nous est difficile de faire des techniques inconnues non pas parce qu’elles sont inconnues mais parce que nous ne voulons plus redevenir débutant."

Je me rends compte que je suis un débutant bizarre. Avec une responsabilité, une obligation de réussite. Je me fixe tout seul cette obligation importante parce que je veux non pas être un champion de compet', devenir un méga boss dans la rue ou très prosaïquement "me rendre plus fort"  (c'est pourtant la motivation principale de la plupart je le sais depuis que les arts martiaux existent) mais me mettre en capacité d'être assez "présent" (je n'ai pas trouvé d'autres mot pour capturer la sensation que je recherche toujours) pour distraire ma femme de ses préoccupations, pour que nous pensions ensemble à autre chose que sa santé.

Passer des grades ? Je m'en fiche. Tout ça viendra bien assez vite.

Etre reconnu ? Qu'est ce que ca peut faire ? Je ne suis qu'un amateur et je ne vais pas ouvrir un Dojo.

Trouver la perfection du geste ? Est-ce bien souhaitable d'être parfait ? Essayons déjà de faire quelque chose de propre et de crédible.

Pouvoir affronter la violence ? Je n'ai pas choisi l'Aïkido pour cela et j'ai été confronté toute ma jeunesse à la violence. Je sais qu'on ne devient pas un "guerrier" en allant trois fois par semaine sur les tatamis.

Je cherche simplement à me donner une direction saine où je tenterai de me diriger durablement Et je ne me fixe pas d'objectif. Juste une inflexion vers le bien.

Peu à peu, mon projet fonctionne au delà de mes espérances. Il est déjà trop tard pour m'arrêter là et je me dis que je dois remercier l'Aïkido de m'avoir remis sur les rails. Il est d'ailleurs pour moi impossible de m'arrêter tout court comme si j'avais la crainte que tout redevienne comme avant.

Le projet Aïki-kohaï devient alors mon garde fou. Même quand je ne suis pas sur les tatamis, j'en fais ma mission d'étudier l'Art de Moriheï jusqu'à ses gènes, la moelle de ses os, son histoire, d'aller chercher des experts, de contacter des maîtres et de poser des questions stupides, d'observer, d'apprendre et d'écrire ce que j'apprends...avec toujours le sourire. Je me dis que si moi, je peux le faire, peut être que d'autres qui ne connaissent pas notre discipline, et qui sont comme moi des débutants perdus avec des malheurs au dessus de leurs têtes, le feront aussi et dans un cercle vertueux apporteront leur minuscule pierre à ce grand édifice de la joie et du mieux être. Et que tout cela se fera sans querelle de clocher, sans histoire d'égo, avec du travail et de la bonne humeur, tout simplement.

Le concept du site Aïki-kohaï est né de cet objectif que certains jugent à l'époque "bisounours". On me dit que je n'ai aucune légimité, que mes articles ne vont intéresser personne, que je n'ai pas le niveau technique pour expliquer les choses etc, etc, etc...

...Mais je le fais quand même.

Après tout, pourquoi avoir des regrets ? Au pire je passerai...pour un idiot. Et alors ? Je ne viens pas chercher le regard des autres, c'est moi qui décide de me tourner vers eux.

Je publie onze article le premier mois, ce mois avril 2014. Tellement que j'en perds le sommeil. Puis, comme dans un keiko où le partenaire en face de vous est 4ième dan, je me dis que si je veux durer, je dois le faire bien et très humblement (d'ailleurs un genou et un poignet m'aident à me rappeler à l'ordre). J'ai pris la liberté d'être un débutant différent pour que d'autres débutants trouvent cette même envie alors je dois faire les choses correctement et dans un esprit de préservation. Je ne veux surtout pas que mon "initiative" soit perçue comme une lubie folle furieuse ou pire, un manque de respect à l'ensemble mais bien comme un outil pour tous, une quête durable, à fortiori pour mes pairs les novices.

Il va sans dire que j'ai aussi beaucoup de chance, je bénéficie d'un retour exceptionnellement positif de beaucoup de maîtres appréciés, et extraordinairement bienveillants. Mes propres senseis tout d'abord (Philippe, Eric, Etsuko, Alma) puis Léo Tamaki, Takeharu Noro etc... Ces derniers m'offrent les premiers conseils et encouragements. Je serai éternellement reconnaissant de ces gestes désintéressés.

Quel sentiment étrange que voilà, ces maîtres sont d'ailleurs encore là (jusqu'à aujourd'hui) à écouter mes bêtises quand j'en ai besoin. Même quand j'ai l'impression que je les embarrasse. Même quand je sais que je vais dire quelque chose qui peut ne pas plaire, chacun a toujours essayé de me diriger dans la bonne direction sans jamais me mentir sur ce qui lui convient mais aussi sans jamais me décourager dans ma démarche.

L'une de mes marottes de dénicher partout des références motivantes pour mon épouse en matière martiale m'amène par la suite à porter mon regard sur les arts martiaux au féminin et je prends très vite conscience d'un vide que je n'apprécie pas...

J'y comprends quelque chose de négatif. Un esprit passéiste. Un frein au développement.

Alors qu'à cela ne tienne ! Si pas grand monde ne souhaite mettre en avant nos pratiquantes et bien....je prends la décision de le faire en plus de me diriger vers les kohaïs dont je fais ma ligne directrice. Une mention spéciale à Eléonore Lemaire, Sophie Roche et Marie Apostoloff (toutes les trois géniales, patientes et beaucoup trop méconnues à mon goût) qui sont dans les premières à accepter de répondre à mes questions.

Et puis tout s'enchaine à mon grand étonnement...jusqu'à Christian Tissier, Bernard Palmier, Eric Marchand (que je n'ai pas encore pu rencontrer oui...je sais :-) mais je m'accroche), Philippe Gouttard, Marc Bachraty, Hiroki Ogowa, JM Pang, Hélène Doué etc...

Chaque maître sur ma route est une étape à oser. Un pas à franchir. Chaque fois je me suis dit : "celui là va m'envoyer me faire voir" et chaque fois j'ai été surpris de la réponse de l'intéressé et de son intérêt.

Un an plus tard, le blog Aïki-kohaï dépasse les 20 000 pages vues, j'enregistre tous les mois plus d'un millier de visiteur et plusieurs centaines de lecteurs réguliers dont certains sont des abonnés féroces et exigeants mais je les adore. Je reçois des mails de pratiquants, des critiques, des compliments, des questions (moi l'imbécile, je reçois des questions...). "Nan mais allooo" comme dirait l'autre folle, je peux travailler maintenant avec un photographe si besoin, le Web-Magazine l'art de la voie me désigne comme "site de la semaine",  je vais même écrire pour la première fois pour....(chut....), et certains maîtres que je ne citerai pas viennent directement me voir en me disant "bravo/youpi/mais bosse"...

Aaaaaargh.

Quand j'y pense, il y a parfois de quoi me coller des sueurs froides. Un peu comme le docteur Frankenstein de Marie Shelley, je me rends compte que ma "création" me donne du fil à retordre et une étrange responsabilité car je ne suis qu'un kohaï à deux sous et derrière ma naturelle satisfaction je veux simplement aider et certainement pas être une référence.

Cela me rappelle une maxime Gouttardienne que je vais encore citer ici : "être un débutant qui vient pour la première fois au dojo est un moment émouvant mais qui passe très vite. Quelques mois plus tard, il se peut qu’un autre élève arrive et se retrouve dans la même position et qu’il se tourne vers vous pour savoir comment se comporter."

Pour ma part, je veux demeurer avec le Shoshin (l'esprit du débutant), peu importe qu'on se tourne vers moi. Comme le maître zen Shunryu Suzuki, je ne cherche pas à atteindre quelque chose même si le site peut me mettre parfois un peu en lumière alors que je ne suis rien. Je ne cherche pas à aller quelque part, je vais, c'est tout et si je peux en apprendre et transmettre ce que j'ai appris avec le sourire alors...et bien...cela me va tout à fait.

Et donc ? Un an de shoshin à votre disposition, est-ce suffisant pour m'arrêter là ? Bien sûr que non ! Il y a des choses à dire, à redire sous un oeil neuf, des éléments de l'Aïkido à analyser avec un esprit nouveau (vous souvenez de ce conte asiatique de la coupe qui déborde ?) et je suis un débutant pour au moins 40 ans qui avance plutôt lentement. Ne croyez pas que vous allez être débarrassés de mes facéties.

D'ailleurs, puisqu'on en parle, permettez-moi enfin de conclure par quelques créations de certains lecteurs pour cet anniversaire (je m'excuse par avance pour les autres car je manquais de temps pour tout compiler et vous solliciter à l'avance).

Parce que c'est vous qui me tenez en éveil sur la voie. Vous me donnez et j'essaie de vous rendre en un échange gagnant-gagnant qui j'espère, demain, vous laissera quelques bons mots à l'esprit.

Le dessin d'Hélène Richard pour l'anniversaire du Blog (un grand merci à toi)

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L'image dénichée (mais tronquée) de ma moitiée (c'est l'intention qui compte)

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L'Ikkyo caché de François (à voir si vous le repérez)

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La photo insolite de Sophie (je n'ai pas pigé tout de suite)

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Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Actualités-Nouveautés

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