700 pour Asaï : Retour sur le Séminaire Anniversaire des 50 ans de l'Aïkido en Allemagne

Publié le 12 Avril 2015

Kobayashi sensei si je ne m'abuse lors du séminaire historique (source : © Westfälische Nachrichten, photo : Pjer Biederstädt)

Kobayashi sensei si je ne m'abuse lors du séminaire historique (source : © Westfälische Nachrichten, photo : Pjer Biederstädt)

Hasard du calendrier, alors que j'étais moi-même en train de déguster avec mon épouse des Flams et des Fleischschnecke arrosés à la Météor dans la magnifique Strasbourg, se déroulait pendant ce temps dans la ville de Munster un incroyable événément dont je ne pouvais pas manquer de vous parler ici.

Je veux bien sur parler du séminaire anniversaire historique pour les 50 ans de l'Aïkido en Allemagne.

Ce week-end là mon coeur était aussi Allemand et comble de bonheur, pendant que je me reposais enfin, j'avais tout de même un agent infiltré sur place qui me permet de vous raconter le Jubilé presque comme si j'avais posé les pieds sur cet immense tatami pour vous (mais pas de photo montage cette fois d'Hélène, Richard et de Patrice).

 

La méga photo de famille (source : Aikikai Allemagne)

 

Imaginez donc amis lectrices et lecteurs, le temps allemand est ensoleillé avec juste un soupçon de vent pour illuminer le magnifique dojo de Münster. C'est un temps d'avril, un moment de printemps généreux et vous êtes à deux pas d'une zone quasi-rurale où les pelouses et la nature avoisinante appellent aux piques niques de Pâques (il parait même que les faisans s'invitaient à la fête) d'artistes martiaux venus très très très nombreux...

Et même si je suis habitué aux superlatifs, je dois dire que je n'ai pas vu un nombre aussi important d'Aïkidoka depuis les 30 ans de la FFAAA.

Plus de 700 personnes en Gi se sont en effet rassemblées ce week-end pour être de la fête et honorer la présence de Katsuaki Asaï sensei et ses invités de marque.

Mais comme à mon habitude, je préfère tout d'abord vous raconter pour mes amis novices qui est THE Katsuaki Asaï (aujourd'hui 8ième dan) :

Asaï sensei est né le 18 février 1942 à Tokyo et il grandit dans la capitale de l'archipel. L'histoire dit qu'il est alors un enfant chétif et souvent malmené par les autres. C'est d'ailleurs à la suite d'une mauvaise bagarre, cherchant un moyen efficace de se défendre, qu'il pousse la porte du Hombu Dojo le 31 mars 1955 à l'âge de seulement 13 ans.

Katsuaki Asaï est d'une nature extrêmement déterminée malgré son jeune âge et il est encore à l'école. De même, il n'habite pas à coté du dojo. Pourtant, mordu dès le départ par la fièvre de l'Aïkido d'O-senseï et ses disciples, il effectue quotidiennement le trajet pour participer au cours de...6h30 avant d'aller rejoindre sa classe. Un an et demi plus tard, il se met également à suivre les cours du soir de Kisshmaru Ueshiba mais comme il le dit lui-même dans d'autres interviews, il pratique alors sans comprendre réellement la philosophie du fondateur qu'il rencontre régulièrement en plus de nombreux instructeurs de l'époque (Tada sensei, et Tohei sensei notamment).

Tout le long de ses études primaires, secondaires et universitaires, Asai sensei restera un pratiquant fidèle et très assidu. Alors qu'il vient de débuter sa jeune carrière professionnelle, Kisshomaru sensei lui demande de remplacer de façon impromptue un enseignant devant quitter le Japon pour....l'Allemagne de l'ouest où l'Aïkido doit être diffusé.

Katsuaki Asai ne parle pas un mot de la langue de Goethe mais après un mois de réflexion il décide de tenter malgré tout l'aventure de la RFA pour trois ans. Il n'est que 4ième dan et il n'a, alors, que 23 ans. C'est en 1965 qu'il débarque à....Münster justement où il enseignera  longtemps là-bas à l'université, l'école de police et la section Aïkido du Judo Club de Münster.

Soyons honnêtes, ses débuts en Europe sont, à l'instar de Maître Noro, extrêmement difficiles. Asaï est marginalisé à cause des mentalités des Judokas allemands de l'époque et il refuse le second rôle que lui laisse l'organisme fédéral de judo allemand. En 1967, il fonde avec le docteur Leisinger l'Aïkikaï d'allemagne, un organisme indépendant. Rencontrant un franc succès du fait du talent indéniable d'Asai sensei, l'Aïkido allemand prend enfin l'ampleur qu'il mérite et le dojo central de l'Aïkikai allemand déménage à Düsseldorf le 3 janvier 1972.

Depuis cette date, l'Aïkido allemand n'a cessé de grandir en qualité et en nombre de pratiquants. Chaque décennie fêtant l'arrivée du maître à Munster est une fête incroyable de l'Aïkido dans son ensemble et de nombreux experts sont toujours présents et répondent à son appel des années durant (je pense surtout à Noro sensei, ami/frère de longue date d'Asai mais également à Kisshomaru sensei, Tada sensei et Kobayashi sensei). Asai est présent partout dans le monde encore à ce jour et très souvent en France. C'est un membre déterminant de la discipline.

Que dire de plus ?

Il est impossible de condenser dans ce billet le parcours impressionnant d'un tel maître et il est bien naturel qu'un événement en son honneur implique un nombre hors normes d'autres experts invités et de participants.

La ville de Munster était calme et peu encombrée en ce week-end pascal où les Allemands organisent le dimanche soir les feux de Pâques, coutume locale pour fêter le printemps comparable à nos célèbres feux de la Saint-Jean, il va sans dire que voir débarquer un tel cortège ne devait pas passer inaperçu.

Dans le gymnase de Münster proprement dit, un échafaudage avait même été mis en place pour installer les deux belles caméras qui allaient permettre, bien après l'article de votre serviteur, de se faire une idée de la qualité de l'enseignement des maîtres présents.

Et quel programme !

Dès le vendredi, tout ce petit monde bien installé sur la surface dantesque du Gymnase a pu suivre l'enseignant de "Meister" Tada senseï (9ième dan). Oui, oui, il s'agit du même Tada sensei dont je vous parlais il y a peu. Le pedigree de ce Tada sensei là mériterait d'ailleurs un article à lui tout seul pour lui rendre vraiment justice. Hiroshi Tada est en effet le pionnier de l'Aikido Italien et aussi un élève proche du fondateur. C'est d'ailleurs l'un des derniers géants comme on appelle les instructeurs de l'Aïkikaï d'après guerre ayant pu bénéficier plus longtemps de l'enseignement d'O-senseï.

Mon agent secret sur place ne voulant se permettre de rentrer trop dans les détails techniques sur les autres interventions m'indique toutefois que l'un des thèmes directeurs évoqués par Asaï était la protection du partenaire et ses articulations, l'intégrité du corps de uke mais nous y reviendrons...

L'ambiance sur le tatami était très bonne malgré le nombre de techniciens important au mètre carré et la diversité des pratiques. Il est aussi à noter également une belle délégation de Kinomichistes du Korindo présente sur place avec Robert, Jean-Paul, Jonas, Odyle et Takeharu mais il y avait aussi des "pratiquants surprises" à croiser au hasard des exercices proposés comme un certain...Philippe Gouttard, ancien élève d'Asaï et toujours affectueusement fan de l'Aïkido allemand.

J'imagine déjà l'état des participants les plus fougueux et innocents...

Le samedi matin, les cours furent données par Nishida sensei (7ième dan) et l'après-midi par Hatayama sensei (7ième dan), moins connus en France mais tout aussi intéressants. Je sais qu'à cette étape du stage le nombre d'heures accumulées commençait à devenir un véritable challenge pour les participants dont certains dormaient déjà sur place, dans le dojo comme à la bonne époque ou bien dans des campings cars sur les parkings. Les repas entre les cours étaient pris sur les pelouses et les nuits très courtes.

Miyamoto sensei (7ième dan) assurait ensuite le cours le dimanche matin et le toujours très dynamique Kobayashi sensei (8ième dan) était présent l'après-midi en criant de facétieux Dozoooo tout en sautillant joyeusement sur place durant son intervention.

Le dimanche soir, après ces cours, le tatami fut réorganisé pour dégager les sièges pour les invités d'honneurs, les messieurs à gauche du Kamiza, les dames à droite, les pratiquants en face. Asaï sensei se lança alors dans une incroyable démonstration introduite par ses élèves venus et travaillant en famille (frère, soeur, parents etc...), suivi de deux autres catégories de ses disciples (femmes, puis hauts gradés tous genres confondus) puis par les maîtres invités et enfin par le "Meister" himself.

Mon espionne-reporter garde un souvenir très ému de ce dernier "tour de force" bien que tous les commentaires et cours sur place étaient conduits en Japonais traduits en allemand et que personne dans mon entourage espion (dont moi-même malgré un certain temps passé dans un lycée allemand de Hambourg, cela ne s'invente pas...) n'y comprend un traître mot. Comme dans plusieurs démonstrations récentes, Katsuaki Asai a débuté sa démonstration par des mouvements propres au Kinomichi avant de rentrer dans sa propre sphère technique. On m'indique d'ailleurs que cette façon de faire se rapproche, avec le temps, de celle de Maître Noro mais je laisse seuls juges les membres présents sur place.

Pour ma part, c'est effectivement ce que j'avais pu constater à mon humble level lors du dernier Embukai Italien qui date d'il y a quelques mois et que je vous invite à observer pour vous faire votre opinion.

Asaï sensei présenta finalement le dernier cours, le lundi matin, portant bien l'attention des participants sur la nécessité de prendre soin de ses articulations et de celles de ses partenaires à travaers des gestes fluides et sans heurts.

Une chose est sûre, ce week-end était magique pour tous et Asaï sensei était le magicien en chef. Son dernier cours axé sur le uke et sa préservation comme je le disais plus haut, permettait aux chanceux toujours sur place jusqu'à lundi d'avoir de nouvelles pistes de travail intéressantes et je suis sûr que cet enseignement de "l'hôte des 700" fut un climax de façon assurée. Je pense d'ailleurs que quelques petites vidéos ne manqueront pas d'être partagées par le plus grand nombre.

Je n'ai d'ailleurs évidement pas résisté à l'envie de vous faire partager à la fin de ce billet quelques premiers clichés choisis dont le mérite revient à l'excellent Aïkido Journal que je remecie bien. Vous trouverez d'ailleurs sur ce lien tous les albums partagés par le magazine pour cet événément.

Seul et infime bémol final et amusant que je voulais finalement vous offrir en mode "comme si vous y étiez" ?

La restauration sur place, confiée à un traiteur allemand "parfaitement intraitable", ne parlant pas anglais et....demandant systématiquement le bon ticket avec la bonne couleur et au bon endroit. Je vous laisse imaginer comment expliquer cela à d'autres citoyens du monde moins organisés que nos voisins du Rhin, ne parlant pas du tout l'Angela Merkel et souhaitant simplement se restaurer avec le premier met à portée de main. Beaucoup de cette affaire s'est finie, si j'en crois mon espionne bien aimable de me confier ce petit détail croustillant...à nouveau en pique-nique.

Permettez-moi d'imaginer avec vous pour finir, lectrices et lecteurs, l'armée d'Aïkidokas et de Kinomichistes envahir les pelouses du fait du désoeuvrement, épuisés par les cours de si prestigieux maîtres, et les souvenirs plein la tête.

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido, #Photos

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