Aïkido et la légitime défense : Classe ou pas Classe ?

Publié le 28 Mars 2015

Le Maître d'Aïkido Steven Seagal allant faire ses courses à monop' Source : Nanardland

Le Maître d'Aïkido Steven Seagal allant faire ses courses à monop' Source : Nanardland

Parce qu'il n'y a pas que les articles de fond hyper sérieux dans la vie, je vous propose ce petit moment de détente/réfléxion sur un élément peu mis en lumière de notre discipline et qui pourtant bénéficie d'un dossier fédéral très complet (réalisé pour la FFAAA par Maurice Bodecher) dont, je l'avoue, je me suis inspiré :

Je veux parler de la légimite défense découlant de l'utilisation de l'Aïkido.

Ne cherchez pas ici une réflexion profonde sur l'efficacité de l'Aïkido dans la rue messieurs, dames, il est bien évident qu'il s'agit ici de se détendre et de vous exposer d'une façon inédite ce qui peut se passer au cas où vous auriez l'idée d'utiliser votre Aïkido sur un éventuel agresseur.

Pour rendre tout ça plus digeste qu'un condensé juridique, j'ai d'ailleurs choisi délibérement de vous exposer ce qui se passe sous forme de question/réponse.

Mais jugez plutôt :

 

La punition du maître :

Suite à la sortie d'un entrainement, je raconte une blague particulièrement provoquante à mon senseï qui décide de me rouer de coups pour me punir. Malheureusement, l'atémi est tellement bien porté que je fais un arrêt cardiorespiratoire et qu'on m'emporte à l'hôpital.

Légitime défense ou pas de la part du maître ?

Pas classe.

Pour la cour de cassation (cf un décision de la Chambre criminelle du 24 avril 2013), même si je suis à l'origine des violences, la réaction de mon senseï est totalement disproportionnée. De même, les coups les plus graves sont portés par mon senseï et non moi (même si j'ai pu essayer dans un geste imbécile pour contrôler son axe). La légitime défense n'est pas retenue.

La morale ? Réfléchissez donc bien avant de punir vos élèves/un tiers (ou alors demandez leur s'ils portent un pace maker avant ou s'ils sont particulièrement fragiles).

 

L'orange d'Eric marchand :

Lors de votre rencontre avec Eric Marchand, vous vous rendez compte qu'un vil kohaï lui a dérobé son orange favorite. Répondant immédiatement à la question du maître demandant : "Qui a volé, (à volé, à volé) l'orange du Marchand ?", vous vous précipitez vers le coupable, tentant de s'enfuir en shikko pour rester inaperçu, en lui donnant un violent jodan tsuki à la gorge. Vous êtes un héros pour Eric et ses élèves mais...

Légimitime défense ou pas de votre part ?

Pas classe.

Il faut savoir que la légitime défense des biens ne s’applique qu’aux crimes et délits. Pour ce qui est qualifié de délits (vol, escroquerie etc…) contre les biens, la loi peut admettre la légitime défense, cependant si la riposte peut se faire sur le délinquant on dit souvent que la jurisprudence est très stricte. Les conditions de son admission et particulièrement la règle de la proportionalité dans ce cas risque de ne pas jouer en votre faveur, a fortiori si le voleur finit à l'hôpital car votre tsuki à la gorge peut être interprêté comme un coup mortel. Vous risquez même qu'il porte plainte pour coups et blessures volontaires voire plus...

La morale ? Afin de devenir un héros pour Eric Marchand et/ou d'arrêter un voleur, tentez plutôt l'explication et la résolution pacifique du conflit.....ou bien le hurlement spartiate. Et si vous n'avez pas le choix, utilisez plutôt quelque chose de classe et permettant de neutraliser sans dommage (une saisie du col avec un kokyu nage si votre adversaire se défend ou encore un ikkyo bien rugueux).

Attention sur ce point, l'agression contre une personne peut être jugée comme terminée si l'agresseur est en train de s'enfuir et votre riposte jugée par conséquent disproportionnée et/ou hors cadre de la légitime défense.

 

L'ami du métro :

Vous sortez d'un entrainement Parisien et vous prenez le métro. Un gentil voyageur armé d'un couteau vous demande une cigarette/portefeuille d'un air louche. Il vous porte plusieurs coups et votre gestion du ma-aï et du taï sabaki est particulièrement fine. Beau gosse, vous ripostez par un gokyo (vous avez de la chance, admettez le, sisi) qui, dans sa finalité, lui emporte une partie des dents.

Légitime défense ou pas de votre part ?

Claaaasse.

Pour la cour de cassation et la jurisprudence constante sur ce cas, vous êtes en état de légitime défense malgré les conséquences physiques plus lourdes pour l'agresseur (comparativement à vous même) car votre réponse est équilibrée. D'ailleurs, votre ami du métro ne peut pas vous poursuivre afin de récupérer des sous pour régler son prothésiste dentaire car dans ce cas, vous bénéficiez d'une sorte "d'immunité".

La morale ? On peut toujours s'enfuir (c'est d'ailleurs le plus salutaire) mais si vous n'avez pas le choix et lorsque la riposte est proportionnée, rien ne vous obliger à respecter l'intégrité physique de votre adversaire si ce n'est votre choix de gentil Aïkidoka. N'oubliez pas que nous pratiquons le Budo du Pardon (ce qui n'empêche pas non plus les torgnolles pour inciter l'autre à se faire pardonner et à renoncer au tabagisme).

 

La troisième mi-temps :

Comme à votre habitude, vous allez au bar du coin après l'entrainement. Malheureusement vous êtes complètement épuisé par les exercices proposés en buki waza par votre sensei et vous avez du fait beaucoup de mal à supporter la cinquième pinte. En sortant du bar avec votre set d'arme sur le dos, vous bousculez une vieille dame dont vous ne connaissez pas les antécédents de shodan en Hapkido et Systema (et qui se promène tous les jours avec sa bombe au poivre et une tonfa dans son sac à main car on ne sait jamais). Il va sans dire que mamie vous colle une bonne branlée. Indigné, vous portez plainte contre la vioque pour cette agression gratuite.

Légitime défense ou pas de sa part ?

Pas classe pour vous.

Votre attitude (vous êtes ivre et considéré comme armé) sera prise en compte par le juge. Même si vous êtes jugé non violent de nature, les coups portés par mamie peuvent être jugés proportionnés à la situation et nécessaire aux fins de vous désarmer. De son coté, mamie justifie de son matériel par le fait de se protéger au quotidien. Du vôtre, il s'agit d'armes considérées comme potentiellement dangereuses.

Même si ême si vous êtes jugé sur le plan légal comme "régulièrement inséré dans la société" et sans aucune mention à votre casier, il n'empêche que c'est vous avez de grandes chances d'être considéré comme le plus dangereux. Peut être aurez-vous de la chance que mamie ne porte pas plainte pour violences car selon les derniers arrêts de la chambre criminelle de la Cour de Cassation en 2014 et 2015 et les jugements rendus par le tribunal de police sur ces mêmes périodes, vous risquez quand même quelque chose (a minima une contravention de classe 4 mais quand même).

La morale ? Il faut toujours se méfier des vieux avec un sac bien rempli. Qui sait s'il y a trente ans de cela, le vieux en question n'était pas sur les tatamis à votre place ? Et soyez courtois même bourré ça aide (sinon, évitez de boire même si vous devenez pour cela de facto infréquentable par la bonne société des arts martiaux, après tout le diabolo kiwi c'est aussi bon).

 

Le partenaire maladroit :

Après l'entrainement, vous êtes encore en train de papoter sur le trottoir avec l'un des participants du cours. Particulièrement inspiré par les exercices en mae geri, vous démontrez à votre interlocuteur que vous êtes capables de "lui faire la misère" en joignant le geste à la parole et en poussant un kiaï si énorme qu'il vous repousse de frayeur. Malheureusement, ses mains sont dans la position dit de "la fourchette jalabert" et vous vous retrouvez avec un oeil en moins.

Votre partenaire est il dans le cadre de la légitime défense ?

Claaasse pour vous.

Dans l'arrêt Cousinet, rendu en date du 16 février 1967, la Cour de cassation affirme que "la légitime défense est inconciliable avec le caractère involontaire de l'infraction". Cette jurisprudence est toujours constante sur ce point de nos jours. Elle signifie que tout acte de riposte doit être absolument volontaire, c'est-à-dire "fait exprès", et donc maîtrisé.  Votre partenaire ne peut pas invoquer la légitime défense pour se dédouaner de vous avoir crevé un oeil.

La morale ? Arrêtez de faire le con en dehors du tatami et entrainez vous plus sérieusement. Evitez également les partenaires trop sensibles et privilégiez en cours pour ce genre de facéties les monsieurs et les dames avec des jupes.

 

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Humour

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