Le corps Aïki et la non réaction : Retour sur le stage de Philippe Grangé du 22 février 2015

Publié le 22 Février 2015

Le corps Aïki et la non réaction : Retour sur le stage de Philippe Grangé du 22 février 2015

C'est un dimanche matin ensoleillé et mon GPS a décidé de m'empêcher de monter sur un tatami. Cependant, c'est sans compter les multiples solutions technologiques dont je dipose pour amener la kohaï-mobile jusqu'à bon port.

Cette fois-ci, je suis en partance pour rencontrer un maître dont jusque là, je ne connaissais que les travaux d'écriture, ses voyages au Japon et les articles de Dragon magazine mais qui me fait une forte impression. Je veux vous parler du très mystérieux Philippe Grangé senseï.

Qui est donc Philippe Grangé pour celles et ceux de mes lecteurs qui ne le connaissent pas forcément ?

Philippe Grangé est plus connu du petit monde version kohaï de l'Aïkido comme....le très respecté "Man of Taïchi"...

 

....

 

Oups pardon. Je voulais dire. THE Man of Taïchi (en plus on dit Taiji):

Là, je pense qu'on est plutôt proche non (manque le sourire) ?...

 

Bon ok, je sors...

Philippe Grangé découvre l’Aïkido en 1972 avec Jean-Paul Drapeau puis Daniel André Brun en 1976, Jean-Philippe Daney en 1978, et enfin le très connu Frank Noel en 1980. Ce dernier l'initie notamment à la pratique et au style de Yamaguchi Seigo sensei dont il gardera une appétence certaine. C'est également le même Franck Noel qui le recommandera plus tard à l'Aïkikaï.

Philippe Grangé fait ensuite ses débuts comme enseignant d'Aïkido en 1978 à l’UST (Union Sportive Talençaise), puis en 1982 avec Jean-paul Drapeau au Dojo, rue Monthyon à Bordeaux. C'est avec ce solide bagage qu'il part ensuite au Japon en 1984 où il restera neuf ans à se perfectionner au Hombu Dojo auprès de Yamaguchi senseï mais également de nombreux autres enseignants de l'époque comme le second Doshu, Tada Hiroshi, Arikawa Sadateru, Endo Seishiro etc...

De retour en France, il reste proche jusqu'à nos jours du style de Yamaguchi senseï et notamment par le biais de contact avec certains de ses élèves les plus assidus comme Yamashima Takeshi senseï. Dans une optique de large diffusion de ses connaissances, il reprend l'enseignement et notamment au Cercle d’Aïkido et de Taijiquan de Gradignan (Gironde) et donne de nombreux stages en France et à l'étranger.

C'est également un homme de lettres qui parle couramment le Japonais et n'est pas avare de travaux d'écriture sur ses propres recherches et sa pratique. Autre chose ? Philippe Grangé est aussi très intéressé par les arts internes Japonais et chinois et notamment le Shintaido, le Xingyquan, le Baguazhang et le Taijiquan qui influencent fortement ses recherches. C'est enfin un grand spécialiste d'une certaine utilisation du corps et des arts utilisant l'énergie interne et il fut également l'élève de maître Su Dong-Chen, virtuose du kung-fu traditionnel ainsi que de maître Wang Changan du style Zhaobao de Taiji Quan.

Bref.

On dit qu'il "s’attache à transmettre aux pratiquants français l’âme et la technique d’un Aïkido le plus en accord possible avec la théorie de l’Aïki." Je dois avouer que c'est totalement véridique.

 

De gauche à droite : Jean-paul Drapeau, Yamashima Takeshi, Philippe Grangé

(source : site de Philippe Grangé)

 

Philippe Grangé dispose d'un style et "d'une patte" se rapprochant effectivement de celui de Yamashima Takeshi (d'ailleurs de passage en France il y a peu et que j'ai malheureusement raté). Je veux parler d'une pratique fortement épurée, très sobre avec peu de mouvements et de "techniques visibles". Le tout aspergé d'explication également très épurées et vous avez de quoi perdre une pauvre cloche comme votre serviteur mais je me suis bien accroché à mon gi.

Nous avons pu ainsi débuter par une serie d'exercices d'Aïki Taiso, des mouvements comme disait Philippe Grangé en corps partiel, corps total puis corps Aïki. Comprenez que nous utilisions tout d'abord une seule partie de notre mobilité dans ces exercices (exemple : les bras), puis le corps dans son ensemble et enfin nous devions intégrer le principe Aïki dans le même mouvement (parfois sur un travail où les différentes parties du corps devaient totalement travailler de façon séparée et non plus d'un bloc). La très longue série d'étirements avait achevé de polir le physique et le mental des TRES nombreux participants et c'est avec joie et curiosité que je me suis lancé dans ces exercices nécessitant une grande coordination et une attention maximale.

Par la suite, nous avons pu expérimenter quelques principes, techniques et déplacements (fort peu au demeurant comme un irimi tenkan sur saisie en Katate dori, Shomen uchi ikkyo, katatedori ikkyo, une variante d'irimi nage ou sokumen irimi nage, plusieurs types de kokyu nage etc...) en intégrant les mêmes notions et en les affinant peu à peu pour ne laisser qu'un travail de sensation très fin et très complexe.

Trop complexe ?

Comme dans son ouvrage "Le Corps Aïki" on sent que Philippe Grangé est très soucieux de nous faire partager une exploitation de l'Aïkido très sensible et particulière. Notre maître du jour est passé de nombreuses fois (et parfois avec insistance) pour "faire sentir" ce qu'il entendait par "la pratique interne de l'Aïkido". L'apprentissage technique externe devenait peu à peu secondaire pour laisser place à ce que le maître nomme lui-même comme "l’apprentissage de la science du corps et de l’esprit qui constitue la pratique interne".

 

Le sourire de Philippe Grangé.

(Source : Aikido Lyon Croix rousse)

 

La somme de tous ces gestes invisibles est extrèmement délicate à observer pour des kohaïs tels que moi et je suis heureux d'avoir eu la chance de passer entre les mains de Philippe Grangé lui même pour tenter d'appréhender ce monde assez nouveau (bien que d'autres enseignants comme Léo Tamaki ont parfois su avec délicatesse me faire goûter de façon très très superficielle ce type de sensation). Je dois le confesser amis lectrices et lecteurs, parfois j'étais un peu perdu dans le cosmos pendant quelques unes de ses explications et après dans la recherche d'un mouvement juste.

J'ai, en revanche, éprouvé de la frustration en travaillant avec certains participants qui ne faisaient clairement pas le même effort que moi et je me suis également heurté à quelques incompréhensions et les sempiternelles corrections de kohaïs (pas plus newbie que votre Aïki-kohaï attention messieurs dames). Je ne vais pas également m'appesentir sur le cas de quelques vétérans présents mais vraiment peu impliqués (très peu nombreux chaque fois rassurons nous, mais ça devient un grand classique).

La seconde partie du stage fut toutefois largement "sauvée" par des praticiens tels que Michel Lapierre et sa bonne humeur (je crois que c'était lui ou alors j'ai bu?), Arthur Frattini et d'autres gradés (Palmieristes notamment) que je connaissais. Un immense merci à Arthur qui a mis un point d'honneur à me faire travailler longtemps et avec la plus grande rigueur. C'est presque au maximum de mes propres possibilités que je suis donc allé grâce à lui.

Je n'ai pas forcément pu travailler non plus avec d'autres têtes connues et très motivées, membres du club d'Aubervilliers ou de Gagny et je le regrette mais j'ai préféré aller à la rencontre des inconnus, parfois des gradés, parfois les rares kohaïs présents. Je dois et je le redis, faire le constat qu'à ma grande déception, ce sont les débutants qui se montraient le plus "impatients" avec leurs semblables (parfois à tord, parfois à raison).

A noter que Philippe Grangé est l'un des rares senseï que j'ai vu à passer autant dans les rangs de ses élèves pour expérimenter vraiment chacun d'entre nous, souvent plusieurs fois. Et pourtant nous étions vraiment très nombreux. C'est aussi l'un des rares que je connaisse à afficher un sourire et une joie aussi éclatante lorsqu'il exécute ses techniques. Bien sur, c'est n'est pas un blagueur ni un grand déconneur devant son parterre d'étudiant mais il n'en demeure pas moins qu'il semble irradier d'une "tranquilité satisfaite" et d'une bienveillance que je juge réconfortante et bénéfique.

J'ai apprécié aussi les nombreux développements du maître sur l'utilisation de l'Aïki et le fait de nous sensibiliser à la nécessité de la "non réaction". Philippe Grangé senseï indiquait notamment qu'une utilisation optimale du corps dans un principe Aïki doit générer une sensation minimale du partenaire, comme une absence. Il appelait celà "l'absence de réaction" et l'utilisait effectivement sur un Ikkyo ou un Irimi Nage en appliquant un minimum de mouvements pour une réaction de pure verticalité chez ses partenaires qui tombaient comme des mouches. Evidemment, il ne fallait pas entendre là une absence de présence martiale mais il est vrai que la fenêtre entre un geste juste mais très fin et un geste "mou" peu parfois sembler floue pour des quiches intergalactiques telles que votre serviteur.

 

Philippe Grangé pratiquant le Taiji Quan

(source : site de Philippe sur les arts internes à Gradignan)

 

L'objectif des exercices du stage nécessitait également un travail en trois puis "six dimensions" où Philippe tentait de nous expliquer comment utiliser le minimum (voire pas du tout) de force dans tous les cas avec un maximum d'efficacité. Ce dernier point est intéressant mais extrêmement fin à mettre en oeuvre.

Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris (vous me direz, évidemment, idiot !) mais j'ai fait de mon mieux pour ne pas demeurer dans le vide spatial tel le Georges Clooney tournoyant de Gravity et j'ai même trouvé des pistes de travail très intéressantes. Je note également le fait que seul l'Aïki qui n'est pas "visible" possède une réelle efficience martiale et une utilisation concrète pour la self-défense (mais si ce n'est absolument pas sa finalité, entendons-nous).

Reste pour moi un grand mystère durant ce stage. Peut-être le plus grand mystère de ce jour....Pourquoi est-ce qu'à chaque démonstration de Philippe Grangé sous nos yeux ébahis et/ou plissés par la concentration résonnait le très reconnaissable générique de la série Games of Thrones (totalement véridique) ?

Eric Marchand dit "la montagne" essaie-t'il de me signifier qu'il se vengera de mon absence à son dernier stage ?

Philippe Grangé est-il arrivé à un stade technique de notre discipline tellement avancé que son KI peut produire la musique de son choix lorsqu'il est dans l'action ?

Quelqu'un a t-il oublié d'éteindre son portable durant TOUT le stage (dans ce cas, pourquoi la sonnerie résonnait PILE POIL au moment ou Philippe officiait à chaque fois?) ???

Mystère ? Complot ? Activité paranormale ? L'esprit d'O-senseï attendant la saison 5 depuis l'au-delà ? L'esprit blagueur de Guillaume Roux (qui fait semblant d'être malade) planait t-il sur notre assemblée ?

Vous en saurez plus (ou pas) en continuant de rester fidèle à l'Aïki-kohaï...

En attendant permettez-moi de remercier Philippe Grangé pour l'incroyable finesse de son travail et sa gentillesse communicative. Merci également à tous les participants (oui, oui tous, j'insiste) et au comité départemental de la FFAAA pour l'accueil et l'organisation du stage. J'en suis notamment reparti avec l'envie d'en savoir plus sur l'utilisation du corps et l'Aïki-Taiso.

 

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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Antoine (tenshi) 24/08/2015 14:26

Merci pour la qualité de ton blog et les articles que tu partages avec nous, j'ai lu avec grand intérêt
celui de Philippe GRANGE que j'ai eu la chance de suivre lors des stages donnés en Midi-Pyrénées
et lors des stages "école des cadres" pendant 2 ans. C’était toujours magique, pour moi,de le voir évoluer sur les tatamis, sa légèreté, ses déplacements m'ont toujours intrigué (dans le bon sens hein) "Comment se déplace t'il sans donner l'impression de bouger ?" c'était ce genre de questions que je me posai. J'ai beaucoup cherché a essayer de faire ce qu'il nous montrait même encore aujourd'hui et je me rends compte que ce n'est pas gagné. Encore merci, je viendrai te rendre visite sur ton blog ;)

Aïki-Kohaï 25/08/2015 08:53

Bonjour Antoine,

Merci pour ton retour sur cet article. C'est un grand plaisir effectivement que d'essayer de percer de mystère de Philippe Grangé et je suis ravi de ton intérêt que je partage même si j'avoue être totalement dépassé par sa recherche interne comme je le signifiais dans ce compte-rendu.

Son livre : le Corps Aïki est très intéressant et je te le conseille également,

Et bien entendu, tu passes quand tu veux, le blog c'est un peu ma maison et il y a toujours une bière au frais pour le forum-do.

Bien à toi,

Pierre (Aiki-kohai).

présent 22/02/2015 18:41

Et surtout en version Bontempi le générique !