L'Histoire à l'aune des partis pris : Retour sur le stage d'hiver de Guillaume Erard à Neuilly sur Marne

Publié le 18 Décembre 2014

La photo de famille pour l'événement (source : Guillaume Erard)

La photo de famille pour l'événement (source : Guillaume Erard)

Par cette matinée d'hiver, froide et pleine de brouillard, c'est une kohaï-mobile bondée qui filait à la rencontre de Guillaume Erard (et ca rime en plus).

Mais qui est Guillaume Erard vont me dire immédiatement les kohaïs les plus lents d'esprit qui dorment au fond de leur lit à l'heure où je sors de ma zone de confort pour braver les éléments déchainés de l'hiver (ndl : ok, j'avoue, je n'habite pas très loin de Neuilly sur Marne...) ?

Invité pour l'occasion par le non moins sympathique Sebastien Heurteau dans son lointain (pour les autres) mais agréable Dojo de Neuilly sur Marne, Guillaume est plus connu par tout le petit monde de l'Aïkido principalement du fait de....son blog en direct du Japon où il s'est installé.

Guillaume Erard est pourtant un pratiquant de l'Aïkido depuis 1996 et aujourd'hui, c'est un 4e dan qui a pas mal bourlingué sur les tatamis de l'Aïkikaï et d'ailleurs.

Guillaume senseï c'est aussi un pratiquant de Daito-ryu Aïki-jujutsu Takumakaï depuis 2008 (1e dan de cette discipline). C'est également un docteur en Biologie Moléculaire. C'est aussi le seul mec qui possède un site sur l'Aïkido traduit en Roumain, en Espagnol, en Anglais, en Italien, en Russe, en Arraméen du Ve siècle, en Klingon, en Ravnos, en wookie, en chien de traineau ect...

Si vous cherchez une vidéo et/ou une info sur l'Aïkido dans le monde et que vous êtes un snotling des cavernes de la région sud des montagnes bleues, et bien il y a de grandes chances pour que Guillaume Erard soit justement l'auteur d'un article traduit dans votre langue avec des sous-titres adaptés...

...Ahem...

Je sors ?

Plus sérieusement, cet enseignant de valeur est devenu en quelques années (2007, date de la naissance de son blog notamment) un "chercheur" (bien qu'il n'aime pas le mot) incontournable pour la qualité de ses écrits, pour ses articles, ses reportages, ses analyses, ses interviews ect... Mais je dois reconnaître que pour moi Guillaume Erard est simplement un remarquable Gouttardien dans l'âme et à mon sens, c'était amplement suffisant pour que je vienne étancher ma soif de tatami auprès de lui  sans plus en rajouter dans les compliments et les hyperboles.

 

Guillaume et Philippe Gouttard en action

(source : Guillaume Erard, j'espère qu'il me pardonnera cet emprunt)

 

Comme le démontre la photo de famille en préambule à ce billet, nous étions assez nombreux à avoir la même idée folle de venir tâter du brouillard Et du tatami un dimanche matin. Je dois dire que personne n'est parti déçu du voyage.

Guillaume Erard est en effet passionné et passionnant. On sent l'âme et le travail de l'historien derrière ses analyses et commentaires et beaucoup sont repartis avec des pistes de travail nouvelles et inattendues.

Malgré cela, les propositions et pistes de pratique exposées par Guillaume étaient à chaque fois ponctuées sobrement d'un "votre forme est bien comme cela aussi".

Très simplement (et justement) notre enseignant du jour précisait chaque fois : "Je prefere prendre les gens exactement comme ils viennent et refuse de leur imposer un cadre, c'est a moi de travailler avec ce que j'ai et de faire en sorte que ce que je demontre marche sur tout le monde."

C'est ainsi que nous avons pu débuter une série d'exercices où Guillaume tenait à mettre l'accent sur le travail des pieds et des mains comme fil conducteur de la séance sans nous soucier de trop d'une forme ou bien d'une autre en particulier.

Le pourquoi de cette optique ? Je cite le maître de notre dimanche himself : "Les deux mis ensemble permettent une liberte, une vitesse d'exécution et un kuzushi superieurs".

Je pense avoir compris qu'il souhaitait notamment nous démontrer que le travail des mains est indispensable sur une saisie franche et une présence forte entre les deux partenaires permettant comme le dit Guillaume "le maximum de changement sur la structure du partenaire sans avoir à bouger beaucoup". Il nous démontra avec brio que le relâchement est un concept de débutant car en effet, le vétéran expérimenté doit être capable d'être relâché sur les parties du corps ne nécessitant pas de dépense d'énergie mais doit demeurer ferme sur des points stratégiques.

Par ailleurs, nous avons pu expérimenter en ce sens l'intérêt d'une saisie forte de uke et son intérêt à travers des saisies du poignet à une main (katatedori) et deux mains (ryote dori).

Concernant le travail des pieds, Guillaume souhaitait également axer nos techniques du jour (ikkyo, gote gaeshi etc...) sous l'angle d'un hanmi réduit (une position de pieds moins écartée que la position que j'appelerai "hanmi classique" et avec un ecartement de jambes equivalent a une largeur d'epaule ainsi qu'une ouverture un peu plus importante sur la jambe arriere) que nous devions nous efforcer de reproduire avec nos différentes problématiques de niveau, de style etc... Je dois dire que j'ai été convaincu de l'intérêt d'un hanmi reduit avec une ouverture de hanches superieure mais l'exercice n'était pas forcément évident surtout lorsqu'on travaille le plus souvent avec une position de pieds plus écartés que cela. Très attentif à nous faire expérimenter cela par le corps, c'est avec joie que Guillaume passait de l'un de ses élèves du jour à l'autre pour donner un ressenti plus concret de ce qu'il exposait.

 

Il n'est pas avare d'explications (source : Guillaume Erard)


Ce que j'ai particulièrement apprécié au delà de la technique c'est avant tout l'humilité du bonhomme. Accessible, disponible, j'ai d'ailleurs eu la chance pouvoir prendre contact avec le maître à l'issue du cours et d'entamer par la suite un échange par mail où se disputaient précisions constructives et réflexions autour du Daito Ryu.

Il n'est pas rare je dois dire que je prenne contact avec mes maîtres de stages du moment pour appréhender l'homme derrière le professeur et je dois dire que je n'ai pas été déçu car j'ai senti un vrai désir de communiquer une envie et non d'apposer une façon de faire. Guillaume, comme il l'a précisé de nombreuses fois, n'était pas présent pour juger de nos styles ou de nos façons de pratiquer mais au contraire de tenter de nous faire comprendre que nous jugeons souvent nos voisins à l'aune de nos propres partis pris. Et qu'il faut corriger cela par le fait de nous enrichir et non par la critique !

Tout l'intérêt de l'analyse d'un homme comme Guillaume Erard est qu'il nous fait prendre conscience que souvent, nos jugements sont faits par ignorance et voir que ce que nous estimons une pratique pas ou peu  correcte est en réalité une forme que nous ne connaissons pas le plus souvent. Le prisme de l'analyse lors de ce cours et, du fait du parcours de notre maître de ce dimanche, était bien évidemment enrichi grâce à son vécu de pratiquant du Daito-Ryu.

Sur ce point, j'ai d'ailleurs beaucoup apprécié l'explication détaillée de Guillaume sur Ikkyo, Nikkyo, Sankyo, Yonkyo etc... qui (je l'avais déjà appris par mon propre sensei) ne sont pas des principes mais le théorème pour illustrer un principe (le principe Ikkyo est ici celui d'un contrôle de l'épaule par le biais d'une capture du coude). Normalement, et ça un kohaï comme moi ne le sait pas forcément, chaque principe de l'Aïkido comme "Ikkyo" est en réalité dérivé en une variante de 30 techniques de Daito Ryu. Et cela, qui mieux qu'un pratiquant du si mystérieux Daito Ryu peut nous le faire passer ?

Je me souviens aussi du regard pointé de Guillaume en direction du portrait de notre fondateur et nous disant :"Cette homme là détestait la forme". Et de nous démontrer alors tout le génie d'O-senseï d'avoir synthétisé dans son art martial un condensé de tant de variables et d'infinis issus de son parcours martial.

Que dire aussi de l'envie qu'il donne d'aller comprendre pourquoi O senseï souhaitait définir un principe par une technique en particulier ? Et pourquoi en retirer tel ou tel aspect ? Et pourquoi en ajouter d'autres ?

L'illustration de ces nombreuses variables pour illustrer celà avec différents types de Gote Gaeshi (qui firent notamment voler un très étonné Guillaume Roux pour l'occasion) se passe de tous les commentaires superflus du monde. Il y a des moments où on sait que la magie opère quand on commence à se poser des questions avant même d'avoir mis en pied en dehors du tatami.

Que dire de plus ?

Nous avons eu droit dans ce stage très condensé à notre petit cadeau de Noël : une technique de jujigarami sur katadori menuchi avec....une immobilisation identique à celle de Karamenage de Ikkajo en Daito Ryu. Evidemment, toucher du doigt cette discipline fut sans aucun doute l'un des points culminants du stage, chaque étudiant s'efforçant de reproduire avec passion et intérêt ce qu'on venait de lui démontrer.

Maintenant je sais que Karamenage est une façon très pratique d'emballer un humain comme un cadeau de Noël. Je sais aussi à présent que ces immobilisations genre "pretzel-humain" (dixit Guillaume Himself) étaient d'avantage destinées aux forces de l'ordre pour pouvoir immobiliser puis ligoter un suspect qu'au champ de bataille.

What else ?

Je dois remercier Guillaume pour toutes ces bonnes choses et ces nouvelles questions qu'il ne manque pas de susciter. Merci de nous expliquer à la fois l'intérêt du parti pris du hanmi spécifique de notre aikido tout autant que l'intérêt d'expérimenter des variantes. Merci de nous ramener  à l'essentiel tout en souhaitant nous offrir d'autres prismes, d'autres angles, d'autres approches de réflexions permettant parfois oui, parfois, de nous optimiser.

Je dois aussi remercier les nombreux autres participants du stage (et les spectateurs) pour leur gentillesse. Je veux bien sûr parler de Guillaume R, sa compagne, d'autres comme la fameuse Alice Feneyrols dont j'ai hâte de rencontrer le kenjutsu Kashima, l'excellent Arthur Frattini de Pantin, Eric Phanithavong et bien d'autres...

 

Un exemple du mode "paquet cadeau" proposé ce dimanche par Guillaume s'est caché ici

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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Guillaume R. 18/12/2014 23:40

Un compte rendu plein d'humour mais néanmoins très juste de ce dimanche qui fut très enrichissant bien que brumeux. Par contre ce qui m'a le plus étonné, c'est pas les différents kote gaeshi (bien que j'ai sentit la puissance de l'essorage Erardien) mais surtout mon expérience de pretzel humain comme le dit si bien Guillaume.
Si les Japonais en rajoute certes un peu dans les démo de Daito-ryu, les immobilisations sont réellement douloureuse, et qu'en plus il est dur de s'en dépêtrer si on ne se relache pas totalement car immobilisé par son propre poids.

Bref une expérience à reconduire.
Au plaisir de se recroiser en stage ou au Korindo.

Guillaume