Et si Masami Kurumada était porte-parole de l'Aikido ?

Publié le 7 Octobre 2014

Masami Kurumada en action (hishaku waza sans doute :-) )

Masami Kurumada en action (hishaku waza sans doute :-) )

Aussi loin que remonte mes souvenirs, le Japon et les arts martiaux tiennent une place très importante dans mon développement personnel.
 
Je sais que je ne suis pas le seul et qu'après l'Egypte ancienne, ce sont les pays d'asie et particulièrement le japon qui prennent une place prépondérante et quasi-obsédante dans le coeur des occidentaux et des Français en particulier.
 
Petit déjà, je voulais faire des arts martiaux, et je voulais habiter un jour le japon. Au delà des clichés, j'étais (et je demeure) un passionné d'histoire (il s'agit d'une maladie familiale très répandue chez nous) et je me souviens avoir eu la capacité d'assimiler des tonnes de choses sur l'histoire japonaise en même temps que mes propres leçons sur l'histoire en général. Le bakufu et restauration Meiji étaient une véritable passion et je dois le dire, reste encore pour moi le véhicule d'émotions particulières. Ma petite soeur Chartiste et mon cousin professeur d'histoire n'aident pas non plus à me retirer tout ce beau bordel de la tête.
 
Mais il y a un souvenir particulier et très drôle que je souhaitais évoquer avec vous. Quelque chose qui, je m'en rends compte aujourd'hui, fut un vecteur étrangement déterminant de mon arrivée sur la planète Aikido. Ce truc est historiquement pitoyable mais tellement important pour toute une génération d'enfants des années 80/90 qui ne manquaient jamais de le regarder à la télé et de torturer psychologiquement leurs parents/proches pour avoir le droit de le faire.
 
Ensemble, j'aimerai faire avec vous une petite retrospective amusante chez Saint Seya, ce manga du génial Masami Kurumada, que le Club Dorothée traduisait par..."Les chevaliers du Zodiaque".
 
"Kimi ha Cosmo wo kanjita koto ga aru ka (Rômaji)" As-tu déjà senti le cosmos ?
Saint Seya (Source : VIP Blog)
 

Tout d'abord, qui est vraiment Masami Kurumada ?
 
Ce grand touche à tout est avant tout un mangaka depuis l'enfance. Sa première oeuvre produite à seulement 21 ans, il se fait surtout connaître au départ pour ses mangas sportifs et notamment Ring ni kakero et Kojiro où règnent déjà un fort accent de mythologie grecque. Ces premiers travaux sont les pionniers d'un genre qu'on appelera alors nekketsu ("sang bouillant"), sous genre du shônen (mangas "pour garçons") où le heros courageux, souvent orphelin, parfois naïf et innocent (voire idiot) rencontre un groupe d'amis, participe à des tournois et des batailles qui lui apprennent le sens de l'existence et des valeurs.
 
Saint Seya, oeuvre majeure de Kurumada, est publié pour la première fois dans le très célèbre magazine Shonen Jump en 1986 et rencontre immédiatement son public. La même année une série d'animation est diffusée au japon mais le phénomène n'arrive en France qu'en 1988 sur TF1 accompagné d'une armada commerciale de jouets, accessoires, goodies, vêtements etc ect... Je crois que tous les enfants (majoritairement les garçons) sont passés par une phase où ils "voulaient" du Saint Seya au pti dej, à noel et/ou dans leurs cartables.
 
Avouez le ! D'ailleurs....Léo Tamaki aime les chevaliers du Zodiaque :-) lui aussi.
 
Mon personnage préféré était Hyôga du cygne (d'ailleurs, je l'avais en jouet :-) ). Orphelin, comme tous les chevaliers (bien qu'il connaisse l'identité de son père et que son origine soit différente dans le manga et l'animé), il décide de devenir chevalier pour acquérir la force nécessaire afin de pouvoir plonger dans l’eau glacée et rendre une dernière visite au corps de sa défunte mère reposant au fond de la mer de glace.
 
Hyôga n'est pas au départ un personnage positif. Il a pour mission de tuer les chevaliers qui participent au "tournoi intergalactique" (non, non, ne vous marrez pas, c'est hyper sérieux) car ce tournoi "sportif" est une violation du code de la chevalerie. Cependant, il fini très vite par refuser d'être un assassin et se range au coté du héros principal de la série (d'ailleurs, dans l'animé, ce premier rôle de méchant lui a été piqué par Ikki du Phénix, personnage également très apprécié des fans avec Shiryu).
 
Figurine Bandaï "vintage" 1986 de Hyôga (source : toutvendre.fr)
 
De même, Hyôga connait deux batailles épiques qui sont restées dans ma mémoire. Celui contre un chevalier d'or (le Scorpion) où il resiste à la douleur de l'Aiguille écarlate (technique "hyper mortelle" de son ennemi provoquant des hémoragies et ouais, rien que ça) jusqu'au quinzième coup (le coup fatal on peut l'espérer). Son ennemi, impressionné par sa détermination, le soigne alors puis le laisse finalement partir. Mais Hyôga affronte surtout le maître de son maître (qu'il considère aussi comme son senseï), le chevalier Camus du Verseau (nommé en hommage à l’écrivain français, son attaque fait d'ailleurs référence à un passage de "L'étranger" d'Albert Camus) qui tente d'abord de l'emprisonner dans une prison de glace pour le protéger d'un inévitable et fatal affrontement entre eux. Leur combat  final tournera tragiquement en faveur du disciple et le senseï y laisse tristement la vie en félicitant son disciple de lui avoir ouvert les yeux sur la cause qu'il défend.
 
Tout ce mic-mac hyper tragique est très représentatif des valeurs et des messages diffusés dans ce manga et dans sa série d'animation. Quelques années plus tard, quand j'ai découvert l'Aïkido, j'ai compris alors un truc essentiel. Ce manga (il n'est pas le seul) est en réalité une espèce de véhicule de l'état d'esprit du budoka et des valeurs martiales.
 
Je m'explique pour ceux qui se grattent la tête au fond.
 
Premièrement, jamais les héros de Saint Seya ne combattent par envie ou parce qu'ils aiment la violence (contrairement aux méchants évidemment). D'ailleurs, quand cela est possible, ils refusent tout bonnement le combat quitte à se faire trucider (pour ceux qui se rappellent de Shun et son armure gay friendly) ou à fuir. De même, la plupart des héros et des ennemis font souvent preuve de mansuétude et d'un grand sens de l'honneur.
 
Deuxièmement, les personnages principaux en prennent plein la face et endurent la douleur à chaque combat le plus souvent pour démontrer à leurs adversaires la valeur de leur entrainement et de leurs objectifs. On reconnait aussi un certain goût pour l'effort, la volonté de se dépasser et/ou d'outrepasser ses limites (atteindre le "7ième sens" dans la série).
 
Troisièmement et là je vais partir totalement en cacahuète mais Saint Seya parle beaucoup de cosmoénergie, source de leur puissance phénomènale (et de leurs techniques too much qui tuent trois fois). Le lien est évidemment fait avec le ki dont on parle souvent dans les arts martiaux traditionnels et qui justifie souvent les exploits hors normes de nombreux adeptes de légende (dont le fondateur de l'Aïkido). Dans la série, les chevaliers doivent d'ailleurs endurer des épreuves physiques et morales et s'affranchissent peu à peu de la force pour utiliser "la cosmoénergie", source d'un pouvoir plus grand. C'est d'ailleurs souvent la seule façon qu'ils ont de vaincre leurs adversaires pour la plupart bien plus costauds qu'eux contre lesquels la force brute ne peut rien.
 
Le 7ième sens de Saint Seya n'est il d'ailleurs pas "l'éveil" évoqué par O-Senseï au travers de ses expériences personnelles ? Il est souvent mentionné dans la série comme une fusion avec l'univers tout entier, une osmose avec...le cosmos où l'individu prend alors réellement conscience et, en découvrant cela, acquiert des capacités que ne possèdent pas les êtres humains lambdas. J'ai en mémoire une réplique culte que j'ai relu quelque part : 'Même si nos corps sont brisés, notre cosmos, lui, est immortel" que je peux mettre en comparaison avec une citation d'O-Senseï :"Le but de l'Aïkido est de nous mettre en harmonie avec l'univers et de faire de nous un élément intégré à cet univers. Ceux qui ont atteint cette unité ont l'univers en eux-mêmes."
 
Alors ? Toujours pas convaincu que Kurumada est un Aïkidoka refoulé ?
 
Non ? Ok. Je continue.
 
Ceci est un Aïki-Taïso avant un passage de grade et picétout
 
En étudiant bien Saint Seya, on se rend compte que l'armure censée rendre les chevaliers plus puissants, n'est d'ailleurs utilisable qu'à l'instant où ces derniers sont conscients de leur ki (cosmo-énergie). C'est cette dernière qui attirent l'armure en se "collant" à leurs corps (d'ailleurs, les morceaux tombent au sol, lorsqu'ils ne sont plus capables d'utiliser ce ki et de maintenir ce contact). Cela me rappelle (même si c'est un peu tiré par les cheveux) le très mystérieux "suivi de contact", les mains collantes en Aikido et les techniques de Sugawara Tetsutaka. Kurumada s'est il inspiré dans cet exemple de l'utilisation du ki dans la pratique des arts martiaux (et notamment l'Aikido) ? C'est possible ou du moins, il devait y être profondément sensibilisé (bon ok,ok, Tetsutaka senseï à ma connaissance n'a jamais parlé d'une technique pouvant coller une table basse ou un plastron...).
 
Autre chose ? Pour les fans les plus assidus existent aussi au delà du "7ième sens" et de l'éveil, un 8ième sens nommé Arayashiki et fait référence au 8 niveau de connaissance du zen (qui correspond au nirvana atteint) dont on sait que le fondateur était fortement imprégné en plus de son effection pour le mouvement Omoto-kyo et son approche shinto. Chiba senseï ne disait il pas d'ailleurs dans le texte "Zen et Aikido" que l'Aïkido est "un zen en mouvement" (Ugoku zen) ? C'est aussi le point de vu de Shimizu senseï à ce que j'ai pu lire et d'autres nombreux experts. On peut constater là un parrallèle précis entre le cheminement externe mais donc aussi interne d'un "chevalier" et d'un Aïkidoka (et ouais, ca vous en bouche un coin hein ?).
 
Comme Seya, chaque Tsuki que nous donnons sur le tatami sont ils autant de gestes de misogi (purification) amenant vers l'éveil....de notre...ultime cosmos ?
 
Ahem. Faut que j'arrête le tapis sérieusement...
 
Dans tous les cas, il est sur que Kurumada s'est fortement inspiré du monde des arts martiaux et de la culture des budo pour enseigner quelque chose à ses lecteurs et en cela, je pense qu'il a inspiré sans le savoir beaucoup d'entre nous dans le bon sens. Peut on trouver un tel niveau d'apprentissage et de valeurs dans les dessins animés d'aujourd'hui ? Je ne veux pas faire le vieux con réac mais...pas si sur.
 
Et vous ? Qu'en pensez vous ?
 
 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Humour

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Commenter cet article

Héros des chevaliers du zodiacs 08/02/2015 16:44

Vision très originale de Masami Kurumada. J'ai bien aimé ton délire (euh ta vision) sur le fait que Kurumada est un Aïkidoka refoulé.
Merci