Deux maîtres et une montagne : Retour sur le stage de Bernard Palmier et Patrick Benezi du 27 et 28 septembre

Publié le 1 Octobre 2014

Les maîtres à l'Aïkikaï (source : Aikido Commentry)

Les maîtres à l'Aïkikaï (source : Aikido Commentry)

Je demande pour une fois la plus grande indulgence à mes lecteurs, je devais prendre quelques photos mais je n'ai pas résisté à l'envie de rester sur le tatami durant ce stage exceptionnel d'un week end (27 et 28 septembre) qui réunissait deux maîtres : Bernard Palmier (7ième Dan, shihan) et Patrick Benezi (7ième dan, shihan).

Ce qui devait être un "album de photos" devient donc un article sans photo sur mon ressenti de kohaï mais je ne sais pas si cela vous apportera grand chose car mon ressenti tout le monde s'en fout (ou si peu).

Cela permettra toutefois aux kohaïs qui passent par là de découvrir un peu ce qui se passe lorsque deux maîtres d'un tel gabarit se rencontrent et décident de diffuser un enseignement fondé comme l'annonçait le Teaser  "sur la prise en compte et le respect des différences" mais aussi sur "l'ouverture, la diversité des techniques des formes, des styles et bien sûr, l' unicité des principes"...

Cela permettra peut être aussi aux vétérans qui lisent le blog (ils se cachent mais il y en a) de connaître la vision d'un débutant sur ce type d'expérience (peut être pourront ils trouver une utilité de voir le coté kohai de la force) si cela les intéressent.

Voyons voir...par où commencer ?
 

Ce stage devait être une fête de l'Aïkido et de mon point de vue, cela fut totalement véridique. Le week end était ensoleillé, les participants nombreux, l'ambiance chaleureuse et je dois dire que certains moments étaient même très détendus (mon propre senseï portant à bout de bras un P.B agitant les jambes fut notamment l'un des plus drôles).

Que dire de l'enseignement de ces senseïs ce week end là ? Précisons en préambule que je n'ai pu être présent que la journée complète de dimanche.

J'ai découvert pour la première fois Patrick Benezi et son style. On m'avait annoncé un mode Tonton Fligueur, soyons honnête, et il est vrai que le bougre à un petit coté Jean Gabin. J'ai également compris pourquoi on dit que le style PB (Patrick Benezi) est une forme qui plait particulièrement aux débutants. Certains en parlent comme d'un "'Aikido de posture", d'autres d'un Aikido basé sur la construction de la posture. Lors de la séance, P.B senseï parlait de "kata" et de "waza" et de l'importance de travailler correctement l'un avant de pouvoir effectuer l'autre d'une manière juste.

 

Patrick Benezi (Source : Aikido Journal)

Il est vrai que les exercices de base sur des frappes en yokomen (où PB insistait parfois sur "l'amour de la baffe" d'un rire puissant), puis sur ces mêmes frappes en enchainant Ikkyo, Nikkyo, Shiho nage ura ect ect... sont très codifiés.

Je dois reconnaître que ce mode de travail est parfaitement adapté aux kohaïs. Mon épouse, dont c'était le second stage, a particulièrement apprécié cet aspect. Tordons toutefois le cou à ceux qui disent que c'est un univers où l'on s'enferme vite. P.B shihan sut aussi malicieusement nous démontrer des variantes d'Iriminage en Ushiro Ryôte dori et katate Ryôte dori que certains des vétérans très expérimentés autour de moi n'avaient....tout simplement jamais vus. Ce moment du stage fut d'ailleurs probablement l'un de mes meilleurs souvenirs car, pile au moment où je me trouvais dans le désarroi le plus totale, je me trouvais face à face avec.....Eric Marchand.

Quelqu'un connait The Mountain dans la série Game Of Thrones ?

 

La Montagne (avec Cersei et Patri...euh un tiers) (source : Huffington)

 

Imaginez maintenant que The Moutain soit en fait très sympa et possède un...5ième dan d'Aikido ! Et bien, ça donne Eric.

Dès le début, kohaï en carton, je lui confessais immédiatement que je n'avais jamais pratiqué les formes que démontrait P.B shihan (j'appris plus tard que j'étais loin d'être le seul).

D'un air hyper détendu, il me dit alors : "On va manquer de temps mais je vais tout te montrer". Et là, j'ai compris pourquoi mon senseï tient tant ce maître en estime. Jamais je ne me suis senti aussi minuscule. Lorsque je passe entre les mains d'un Gouttardien, je me sens acculé. Lorsque je passe entre les mains d'un Palmieriste, je me sens aspiré vers le sol. Et bien là c'est comme si une partie de mon corps était aspiré vers le sol et l'autre vers le ciel tout en me sentant poussé dans mes retranchements (je pense nommer cela l'effet Blender). Saisir les poignets d'Eric, c'est comme saisir deux troncs d'arbres. Prendre un contact c'est heurter doucement la surface d'un...dolmen breton virevoltant.

Ce compagnon de longue date de Bernard Palmier m'a tout simplement scotché je dois le dire et l'en remercier vivement pour cela (j'ai d'ailleurs pu travailler d'autres techniques avec lui avec un ressenti identique).

Mais je n'étais pas au bout de mes peines et de mes joies.

Concernant l'enseignement de Bernard Palmier Shihan, j'ai pu redécouvrir une nouvelle fois ce maître de mon maître auquel j'avais été présenté cet été. Moins surprenant, son travail est resté fidèle à celui de son co-animateur tout en explorant des aspects totalement complémentaires. Nous avons  explorés ensemble la verticalité , le centrage et surtout un long voyage autour du De Aï, le mode de rencontre. Comme le dit Bernard dans un article sur ce travail : "C’est le choix du mode de rencontre (de aï) qui permettra d’être en phase avec le partenaire : aller dans la distance du partenaire sans la subir (pression) ou amener Uke dans sa propre distance (extension)".
 

Palmier Shihan insista beaucoup sur cette connexion essentielle entre Uke et Tori car j'ai compris qu'à travers ce travail se trouve l'art de créer la relation tout en maintenant une certaine cohérence martiale. Travailler le De Aï apprend aussi à des kohaïs comme moi à rester présent, en pression, tout en demeurant disponible et relâché.

Bernard Palmier en action (source : Léo Tamaki)

 

Ce travail trouva son climax lors d'exercices de Kakari geiko contre plusieurs partenaires qui attaquent l’un après l’autre. A ce stage, j'étais largement épuisé et demeurer présent devenait très difficile mais gratifiant. Ne pouvant plus demeurer en Seiza durant les phases explicatives, je trouvais aussi beaucoup de plaisir à voir évoluer les uke. J'ai pu notamment observer le travail de Fabrice Croizé et Mare Seye, présents pour l'occasion comme d'autres experts dont, je m'en excuse, je n'ai pas pu me rappeler.

Que dire pour conclure ? Un Grand merci à Bernard Palmier et Patrick Benezi pour ces heures passées à démontrer cette grande cohérence pédagogique, cette complémentarité des styles et cette unicité dans la diversité.

Bien sur, je n'ai pas la prétention de dire que j'ai tout compris. Bien sur, il y a sans doute 80% des choses importantes qu'un kohaï comme moi ne peut pas savoir ou remarquer de façon efficace. Bien entendu, je suis sur que certains vétérans feront les gros yeux en voyant que j'ai omis tel ou tel aspect tout comme certains tournent la tête quand un kohaï les sollicite pour pratiquer dans ce genre de stage. J'espère toutefois qu'à mon humble niveau, j'ai su vous démontrer qu'il était très enrichissant et possible pour un kohaï d'aller à la rencontre de ces prestigieux professeurs.

Et la prochaine fois, je tacherai aussi de prendre des photos...

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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jalabert 01/10/2014 13:17

...en effet, nous, les "vieux", avons, un jour ou l'autre, été impressionnés par ces deux enseignants très professionnels...!!!