Planches et Dragons : La sensation du Centre

Publié le 19 Août 2014

Ce qu'il y a de bien avec mon site Aïki-kohaï, c'est que je n'ai jamais le temps de m'ennuyer et de me reposer sur mes lauriers. Pendant que mes senseïs sont en route pour Follonica et le stage de Gouttard Senseï (que je regrette de ne pas pouvoir suivre plus souvent à cause de mes obligations professionnelles), je m'amuse entre deux séances de suburis et de courses à tenter de résoudre à travers les questions de mes lecteurs certains questionnements personnels d'Aïkidoka en apprentissage.

Parfois la question est simple : Est ce que vous avez un hakama ? Est-ce que vous pourriez parler de cela ou quels sont les professeurs que vous aimez ? Il y a aussi le très classique (mais rare, ouf) : pourquoi faire un blog alors que vous êtes un kohaï a demi-idiot ?

Parfois les curieux comme je les appelle me posent des vrais colles : Pourquoi faire de l'Aïkido ? Est ce que vous pensez que c'est le meilleur Art martial ? Pourquoi écrire sur le blog qu'il n'y a pas d'Aïkido féminin ?

Dernièrement, la question qui m'a fait gamberger est la suivante (Merci à C. pour cette réflexion d'ailleurs) : Que faire lorsqu'on est débutant en Aïkido et que ça ne marche pas ? Et Pourquoi on nous répond toujours de nous concentrer sur le centre quand ca ne marche pas ? Et d'abord... à quoi ca sert le centre ?

Si j'ai déjà pu aborder brièvement la question dans mon petit lexique maison que je vous invite à compulser, j'ai pu définir physiologiquement de façon très (trop?) cartésienne le hara comme un centre nerveux et de gravité, le point de bascule de notre corps. Il est vrai qu'il est plus facile à définir qu'à utiliser sur un tatami.

Et dans la pratique martiale, nous le savons tous, il ne suffit pas de savoir pour réellement connaître et maitriser. Comme l'indique d'ailleurs Luc Mathevet dans ses excellents articles "c'est l'image du mouvement qui s'imprime en premier lieu chez l'élève" mais l'image ne remplace jamais le vécu et le ressenti physique.

En ce qui me concerne et comme beaucoup de kohaïs, je n'ai commencé à expérimenter le centre qu'à la lueur de mes échecs. On commence à entrevoir une technique et on croit la connaître alors on "teste" cela. Et si cela marche sur un autre débutant bien complaisant il y a toujours un moment où vos efforts vont totalement échouer face à un pratiquant expérimenté (même si celui ci ne "bloque" pas) ou à un partenaire particulièrement réticent à la chute.

C'est comme le dit Christian Tissier Shihan (Aikido et Progrès n°3) :" (L'Aïkido) n’exprime que ce que l’aïkidoka concerné possède déjà plus ou moins et utilise pour se rassurer, rien de plus".

Le premier raisonement idiot qui vient à l'esprit (je l'ai eu et oui, on est tous un peu débile parfois) est : l'autre fait mal. C'est tout à fait incorrect. Cette pensée est un piège qui mènent certains débutants à se dire que l'Aïkido "ne marche pas" et qu'il vaut mieux aller faire du Krav ou de la boxe.

Le second raisonnement qui vient ensuite est : si ce n'est pas l'autre, c'est que je fais quelque chose de la mauvaise façon. Et on se remet en question (ce qui est le début d'un long processus perpétuel).

C'est ce second raisonnement qui amène invariablement (du moins, je l'espère) un humble étudiant en Aïkido comme moi à tenter d'étudier le centre et son travail. On en vient aussi à gérer les difficiles questions comme celle du Ki. Car oui, il n'y a pas que les vétérans 42e dan à ponpons qui s'intéressent à cela. D'ailleurs, si certains voulaient bien se donner la peine de s'intéresser à nous, les kohaïs, on se rendrait compte que beaucoup s'y intéressent et tatonnent dans la brume éternellement hors de portée, à la merci du premier charlatan venu.

Mais revenons au Centre, le Hara. A quoi sert il ? Je le répète, c'est tout d'abord un point de bascule, dans le sens classique de "l'instant où les choses sont différentes".

Un exemple ? Si vous placez une planche sur le bord d'une table (moitié sur la table, moitié dans le vide donc) et si vous poussez le coté de la planche qui est dans le vide, il s'agit du seul endroit où la planche restera appuyée à la table jusqu'à sa chute sur vos pieds. Le centre regroupe à la fois l'emplacement de la table (tori dans cet exemple bizarre) et celui de la planche (uke).

Si vous me suivez toujours vous avez compris basiquement qu'il s'agit déjà d'une sorte de levier et pour un kohaï, c'est déjà pas mal (l'autre facette cachée du Hara est le seika Tanden et là c'est une autre histoire). Cela amène à la question suivante : Lorsque je pratique l'Aïkido, est ce que j'utilise mon centre en appuyant sur la planche du coté de la table où elle est posée (et dans ce cas, évidemment, impossible de la faire tomber à moins d'y aller à coups de marteaux et de détruire la table et la planche) où bien est ce que j'appuie du coté où la planche est dans le vide ?

Car si j'appuie du coté du vide, la planche peut tomber très facilement. Même pas la peine d'utiliser la force. Il suffit d'entrainer un très léger déséquilibre et cela marche. Attention toutefois, dans cet exemple, le centre (planche et table) est bien solide. La table (tori) est bien ancrée au sol. Si la table avait un pied en moins, il serait impossible d'utiliser le point de bascule et tout tomberait par terre.

Posez vous alors la question : En Aïkido, est ce que j'appuie du bon coté de la planche (uke) pour la faire chuter ? Et est ce ma table (moi même lorsque je suis tori) est assez stable pour permettre cela ?

Pourquoi est ce que je vous bassine avec mes histoires de tables et de planches ?

Il s'agit simplement de faire comprendre que sans un centre solide, sans la relation centre à centre et sans la capaciter à l'utiliser et bien il devient vite impossible de faire de l'Aïkido qui fonctionne.

Pour aller plus loin et citer d'ailleurs le très captivant Stefan Stenudd "l'essence de la technique est la relation entre le centre de Tori et Uke".

Ensuite, comment utiliser efficacement son centre dans la pratique ? En commençant déjà par prendre conscience de son existence et de celui de son partenaire. Il existe de nombreux exercices et éducatifs que vos professeurs connaissent (contacts croisés, sollicitations sans saisies sous forme de pression, travail de non opposition, etc..). Il s'agit également d'utiliser le centre dans et en dehors du tatami avec votre corps (votre bassin surtout) et notamment pour la respiration (en projettant l'air dans le bas du ventre le plus souvent possible). Plus votre travail est régulier et plus il deviendra un automatisme habituel qui servira votre technique. De l'autre coté, votre technique servira alors à affiner votre perception du centre et son utilisation.

Plus facile à dire qu'à faire ? Effectivement, c'est un travail de toute une vie (vous pensiez que j'avais une recette miracle ?) et cela ne se fait pas sans dépenser des litres de sueur sur le tatami.

A l'aube de ces succès (ils sont rares en ce qui me concerne), on se rend alors compte que travailler "avec son centre" est le plus souvent travailler avec des postures et des gestes naturels. Et que travailler "sur le centre du partenaire", c'est de supprimer un élément de son unité et de sa verticalité qui amène alors naturellement le déséquilibre (il s'agit dans mon exemple précédent d'appuyer sur le coté "dans le vide" de la planche ou bien même pour les plus expérimentés de pousser gentiment la tranche de la planche de façon à ce que ce déséquilibre arrive seul et de façon inévitable).

Alors bien sur pour terminer, le centre n'est pas qu'un élément physiologique comme je le disais au début de ce billet, il y a bien un troisième niveau d'étude où le kohaï s'aventure implacablement en terra incognita. Je veux parler de l'énergie du corps. Le Hara est également le centre du souffle des énergies (kokyu ryoku) et un point crucial des méridiens et points vitaux de notre anatomie. Loin des tribulations mystiques, on sait que les techniques de l'Aïki (tous comme de nombreux arts martiaux) utilisent ces méridiens comme l'étudie le très intéressant Yvan Bel (dont je vous invite d'ailleurs à découvrir le travail en ligne) et il n'est le seul (de nombreux experts dont Marc Tedeschi ou encore le légendaire Henry Plée sont également passés par là). Tout le monde s'y intéresse depuis Otzi mais peu de kohaïs trouvent assez de temps pour travailler déjà les premiers niveaux d'étude. Il y a également peu de professeurs aptes et désirant explorer cela si la chance le permet.

Pour citer Tamura Shihan (dans son ouvrage intitulé "Aïkido") à propos du kokyu ryoku : "Il faut l'apprendre par le corps dans l'exercice de tous les jours, il ne s'assimile qu'après un travail d'empilage". Je vais donc me contenter de commencer à empiler dans le bon ordre et je vous invite à faire de même à la lueur de ces quelques éléments.

 

Charpente Japonaise (source : La pierre et le sabre)

Charpente Japonaise (source : La pierre et le sabre)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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Lionel 20/08/2014 20:49

Il te suffit de peser ton corp et de placé ce poid dans la préssion atmosphérique ( une grande légèreté sur des déplacement énergétique)