Histoires de duels au Japon et ailleurs

Publié le 1 Août 2014

Histoire de duel (Source : illustr. L5A, vol sur L'art du Duel/Photo et traitement Aïki-kohaï)

Histoire de duel (Source : illustr. L5A, vol sur L'art du Duel/Photo et traitement Aïki-kohaï)

Fin prêt à l'étude et la pratique de centaines de suburis lors de ma pratique au milieu des bois des confins campagnards, je ne tenais pas à partir cette prochaine semaine sans armer mes lecteurs de quelques bonnes histoires au coin du feu.

Evidemment, ce ne sont pas des histoires de fantômes (un peu trop classique et puis je déteste les marshmallows de toute façon) mais bien d'authentiques histoires de duels japonais qui donnent à réfléchir sur l'histoire de cette pratique martiale oh combien idéalisée.

Afin d'allier l'utile (et l'intelligent) à l'agréable, je tenais également à me replonger brièvement avec vous dans les différentes évolutions du duel dans le monde puis plus particulièrement au Japon ;

La coutume du duel :

Le duel est une coutume de combat par les armes, soumise à une étiquette et des règles très précises. Il s'agit d'une forme de guerre ritualisée comme l'indique l'étymologie du mot duellum. La société s'en sert depuis l'antiquité pour organiser, limiter la violence entre les individus et arbitrer des conflits personnels, juridiques ou moraux.

Le but du duel est souvent de réparer un tort, de reconnaître un coupable, une injustice ou de décider radicalement de l'immuable question "ais-je raison ou pas sur mon prochain". Le duel est (ou deviendra) également une épreuve technique entre deux individus qui disposent bien souvent du choix des armes, des protections et des moyens de leurs époques. Bien sur, la nature et les conditions des duels connaissent depuis cette période la même évolution que l'humanité elle-même.

Les premières histoires de duels sont judiciaires :

Les premiers duels connus (mythologiques ou légendaires, parfois documentés par les historiens) sont les premiers duels "judiciaires" antiques. Evidemment, le terme judiciaire est utilisé dans ce développement non pas dans le sens d'un affrontement devant produire du droit mais plutôt dans le sens d'une action qui nécessite un jugement sommaire et brutal entre deux protagonistes. Ces duels premiers sont quasiment tous ce que la société humaine qualifiera des siècles plus tard de "duels à outrance", c'est à dire des duels à mort où le vainqueur est concrètement celui qui mettra un terme à la vie du vaincu pour mettre un terme au différent ou réparer une faute. La "justice" antique est évidemment une justice brutale et expéditive. Dans ces cas, les deux combattants s'affrontent sans règle.

Pour citer quelques exemples non japonais, on peut citer premièrement le duel entre les divinités Horus et Seth pour venger l'assassinat d'Osiris et déterminer qui régnera sur l'Egypte (racontée principalement par le papyrus Chester Beatty 1 datant de la XXe dynastie). Il existe également d'autres exemples mythiques de la culture Judéo-Chrétienne comme le duel Biblique de David contre Goliath de Gath raconté principalement par la bible et narrant l'affontement d'un géant philistin (peuple antique originaire de la mer Egée et dont les cinq cités-états dominaient la région méditérannénne de canaan du XVIIe siècle avant J.C. au IIe siècle avant J.C jusqu'à la conquête assyrienne) et d'un simple berger.

Il est dit dans cet exemple que Goliath sortit du camp Philistin au début d'une bataille et mit au défi l'armée adverse de trouver un homme suffisamment fort pour le battre. De l'issue de ce duel dépendait alors l'issu du conflit de la vallée des térébinthes. On sait tous que le géant fut vaincu par David, armé d'une fronde qui lui fendit le crâne.

Le dernier exemple mythique connu que je souhaite citer est enfin le combat du légendaire Achille contre Hector (épisode légendaire de la guerre de troie racontée par Homère dans l'Illiade. Cet événement daté de façon incertaine aux environs du XIIe siècle avant J.C) pour venger la mort de Patrocle. Là encore, on sait tous l'issue du combat et Hector finit par mourir sous les coups de son opposant qui trainera sa dépouille en l'attachant à son char.

Au japon l'une des toutes premières mentions d'un duel est également un épisode mythologique. Il s'agit du combat entre Susanoo et Yamata No Orochi.

 

Susanoo combattant Yamata No Orochi en duel (source : shinkitaikarate.ca)

 

Pour la petite histoire, Susanoo est un divinité brutale bien connue et issue du floklore japonais courant. Susanno est en effet le fils d'Izanagi (l'une des deux divinités primordiales ayant donné naissance au Japon et aux kamis) et ses frères sont Tsukiyomi et Amaterasu.

Susanoo, régnant selon la légende sur les océans et les tempêtes que son père lui avait offert, ne pouvait s'empêcher de malmener son frère et sa soeur (se querellant souvent entre eux). Un jour il effraya Amaterasu au point où la déesse souhaita se cacher dans une caverne. Sa soeur étant la source de toute lumière et du jour, le monde sombra alors dans les ténèbres et la déesse n'accepta de sortir qu'à la condition que son frère fut banni sur la terre des hommes.

C'est ainsi que Susanoo se rendit sur terre et arriva finalement au village d'Izumo menacé par un monstre à huit têtes et huit queues nommé Yamata No Orochi. Le dragon étant très fort, Susanoo usa de stratégie et lui tendit un piège  avant de le défier en duel. Evidemment, Yamata No Orochi finit par se faire décapiter et grâce aux queues du monstre, le dieu fabriqua un sabre nommé Kusanagi qu'il offrit à sa soeur afin de se faire pardonner et de réparer sa faute.

Popularisation du duel et Japon "préféodal" :

Si les premières histoires de duels relèvent du mythe (au Japon et ailleurs), beaucoup d'histoires de duels connus restent souvent dans le domaine du légendaire et de l'exagération. On peut toutefois affirmer que le duel se codifie peu à peu pour produire un droit coûtumier. Avec l'évolution de la technique et de l'armement, le duel devient non seulement un moyen de réparer une faute mais également de mesurer sa force. Coté occidental, les premières trace d'une codification sont narrées par César et Montesquieu à propos des pratiques des Germains.

Là encore, les familles Germaniques partaient en guerre pour réparer les injustices (viols, meurtres, agressions, vols...) et la solution du duel permet de minimiser le nombre de morts tout en apportant une solution acceptable. Le Grand Larousse Universel du XIXe siècle narre que "Ce combat avait lieu dans un champ clos, autour duquel était tendue une corde qui tenait la foule en respect (…) Celui des deux combattants qui avait provoqué l'autre lui jetait un gant que ce dernier ramassait pour indiquer qu'il acceptait le défi. Ils faisaient choix d'un ou de plusieurs parrains, lesquels, dans le principe, étaient de simples témoins, mais qui plus tard durent descendre dans la lice pour soutenir leurs filleuls ou venger leur mort (…)".  Cette pratique Germanique est également reconnue par la Loi Bourguignone dit Gombette datant de 501 et la coutume des Francs Rhénans. Dès lors, le combat rituel ne cessera de se populariser afin de devenir un mode de justice courant (ordalie judiciaire et preuves par combat sont consacrés à la fois par l'autorité royale et religieuse pendant les siècles à venir).

Cette codification du combat connait une trajectoire similaire sur les autres continents (bien que moins connue) comme l'atteste les études de Philippe Rochard sur la lutte iranienne (le Koshti gereftan, lutte ancestrale iranienne dont est issue le Varzesh-e Pahlavani décidait parfois de l'issue d'une guerre) ou bien les ouvrages de Paul Sigrid dans ses travaux sur les luttes Africaines. La confrontation y reste cependant mortelle la plupart du temps.

Au Japon, pays sur lequel nous allons axer mon développement suivant, la codification du duel n'échappe pas à la règle bien que le mythe du duel au katana tel qu'on le connait ne puisse réellement apparaître qu'à partir du XIIe siècle où la forme courbée du sabre  se stabilise peu à peu et reçoit le nom bien connu de Nihon tô pour marquer une différence avec les autres sabres droits d'origine chinoise (Jokoto).

Au 5ième et 6ième siècle, la structure sociale japonaise est encore organisée en clans sous la régence unique d'un chef militaire (et souvent religieux) de façon héréditaire (la réforme de Taïka de l'Empereur Kotoku mettra fin à ce système en 645 en créant un gouvernement centralisé qui entrera en concurrence directe avec les puissantes influences issues du sytème clanique).

Un système dit "ultra hierarchisé" et inspiré du modèle chinois prend peu à peu place dans la société japonaise. On peut toutefois imaginer que chaque clan rendait déjà sa propre justice avant et après la centralisation du pouvoir impérial puis féodal (shogunat/daimyo) et que bien souvent, des combats codifiés devaient tenir lieu de justice locale pour régler un différent.

A cette époque, le guerrier est appelé mononofu et le terme Bushi n'apparait donc qu'à la période Nara (794-1185) afin de désigner ceux qui entrent dans le cadre de la nouvelle hierarchisation sociétale. Le terme samouraï, à partir de cette même période, apparait pour désigner les combattants entrant au service des nobles puis finit par être utilisé pour désigner les guerriers en général.

Dans une société où le pouvoir militaire prend clairement l'ascendant sur toutes les autres castes, les exploits au sabre des hommes (et non plus des dieux ou des créatures semi-divine et apparentées) deviennent légendes (on peut citer en exemple Minamoto no Yoshiie, ancêtre des Takeda qui deviendra l'idéal du Samouraï). Le rituel du duel devient monnaie courante pour régler un différent mais aussi pour mesurer sa force et confronter sa technique à un tiers. On peut penser que le nombre de duels livrés alors au Japon devient incalculable.

En voici un exemple que certains de mes lecteurs connaissent sans doute :

Saitō Musashibō Benkei (1155-1189) est yamabushi de l'ère Heian. La légende veut que Benkei aimait à se poster paisiblement sur un pont de Kyoto d'où il défiait en duel tous les guerriers qui passaient par là. Il remporta 999 duels et collectionnait les sabres des combattants vaincus (on pouvait donc imaginer qu'il tuait ses adversaires) mais perdit un ultime duel contre le non moins célèbre Minamoto No Yoshitsune dont il devient le vassal jusqu'à sa mort à la bataille de Kumorogawa. Comparativement, on peut dire que Benkei fait passer Musashi lui même pour un enfant de choeur :-)

 

Benkei sur le pont (par Tsukioka Kogyo, source : classicalpainting)

 

L'âge dor du duel au Japon sous les Shogunats sucessifs :

Les documents fiables sur la technique du sabre ne remontent pas au-delà de la fin du XIVe siècle. C'est d'ailleurs la période où les écoles de sabre traditionnels sont fondées par des maîtres légendaires comme Iiazasa Chôisai Ienao (fondateur de l'école Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu), Matsumoto Bizen No Kami Masabobu (fondateur de l'école de sabre Kashima Shin Ryu) et Tsukahara Bokuden (fondateur de l'école Shinto Ryu).

L'histoire de la période féodale regorge de duels remarquables qui démontrent à la fois de la popularité du duel et sa banalisation.

La légende de Bokuden raconte notamment qu'il livra son premier duel à l'âge de seulement 17 ans. Il livra ce duel avec un vrai sabre (et non un bokuto) et tua son opposant. Bokuden livra ensuite 19 autres duels. Le nombre de ses victimes s'élevaient à plus d'une centaine d'hommes à lui seul. Bokuden enseigna d'ailleurs à trois shoguns sucessifs les secrets de ses techniques de sabre ce qui était souvent l'aboutissement de la carrière d'un maître d'armes.

A cette période, on peut raconter également l'histoire de Kamiizumi Nobutsuna (1508- vers 1577), fondateur de l'école Shinkage Ryu et inventeur du fukuro Shinaï (le sabre en bambou surmonté d'un manche de cuir). Ayant éprouvé ses talents de bretteur à la suite de nombreux duels, on le dit autodidacte de son propre art. Il maitrisa la totalité du savoir de l'école Yagyu Shinkage Ryu d'Ikosai à l'age de 23 ans seulement et étudia la stratégie ainsi que les écoles de sabre Nen-ryū, Shintō-ryū et Kage-ryū. Enfin, Kamiizumi est célèbre pour ses exploits militaires et notamment dans des batailles légendaires où il se trouvait en infériorité numérique.

A cette période, le pays se referme peu à peu sur lui même. On compte alors jusqu'à 700 écoles de sabre. Le duel jusque là se soldait invariablement par la mort, la décapitation et/ou des blessures graves tout comme dans l'antiquité. Alors que les Shoguns Tokugawa établissent leur pouvoir sur l'ensemble du pays vers 1600, ils imposent peu à peu une période de paix qui transformera radicalement l'art du duel en une confrontation technique, puis spirituelle.

C'est une période de transition qui voit naître le plus célèbre des maîtres de sabre japonais : Miyamoto Musashi (1578/1584-1645) dont les très nombreux duels sont excessivement documentés par de bien plus grands experts (comme Yoshikawa Eiji, Naoki, ou Kenji Tokitsu par exemple) que votre serviteur et que je vous invite à découvrir. Musashi incarne d'ailleurs fort bien cette période de transition car s'il tue systématiquement ses adversaires dans les duels qui livre durant les premières périodes de sa vie (contre Arima Kihei, Akiyama, contre le clan Yoshioka...), Musashi semble prendre peu à peu conscience vers la quarantaine que l'intérêt du duel n'est pas forcément la mort physique de son opposant dont il cherche finalement à vaincre la volonté. Cet état d'esprit relaté dans l'oeuvre du maître est pour l'époque totalement inédit.

C'est le terreau des bujutsu japonais alors en plein developpement puis des futurs Budo modernes. Le  duel demeurera immensément sanglant jusqu'au milieu de l'ère Meiji et l'avènement des arts martiaux tels qu'on les pratique encore (ou pas...).

Miyamoto Musashi (Utagawa Kuniyoshi)

 

Le duel moderne au japon, un entrainement physique puis un combat d'esprit :

Le sakoku instauré lors de la période Edo (entre 1641 jusqu'en 1853 et l'épisode des vaisseaux noirs du Comorodore Perry) par la dynastie des Tokugama n'est pas réellement connue du célèbre Musashi bien qu'il soit un contemporain de cette dynastie et des premières actions en faveur d'un renfermement du pays. A son époque, le Port d'Hirado est encore ouvert aux Hollandais et aux Anglais, les Japonais commerçent avec les Portugais à Dejima et la religion chretienne ne sera interdite par Ieyasu Tokugawa en 1612. C'est le fils d'Ieyasu, Hitedata Takugawa et son fils Iemitsu Tokugawa qui assurèrent la pérénité de ce système avec une série de mesures (exécution, expulsion ou déplacement des étrangers, fermeture des ports de commerce etc...).

Compte tenu de la déification par le bakufu du mode de vie traditionnel japonais et ses valeurs sociales et morales, l'époque compte cependant de nombreux maîtres de sabre ayant éprouvés leurs compétences lors de nombreux duels.

On peut notamment citer Asano Denemon, un des trois disciples de Takemura Yoemon (troisième fils adoptif de Musashi) et surtout Chiba Shûsaku,(1794- 1855) fondateur de l'école Hokushin Itto-Ryu qui est souvent considéré comme l'un des plus grands maîtres de sabre après Musashi.

Avec la restauration de la période Meiji (depuis la guerre de Boshin en 1868 et le bakumatsu jusqu'en 1912), signifiant la fin de la période d'isolement du Japon (sakoku) et le début de l'industrialisation au Japon, le pays connait alors une période intense de guerre civile pendant plusieures années. S'affrontent sur le champ de bataille, sur les routes, dans les cités, les partisans de l'empereur qui cherchent à renverser le Shogunat appelés Ishin shishi et les alliés du Bakufu soutenant le pouvoir traditionnel des Tokugawa.

De nombreuses anecdotes de duels et de génie du sabre célèbres nous viennent de cette époque troublée. On peut notamment parler du Shinsen Gumi (groupe guerrier principalement composé de Ronins et chargés de la sécurité de Kyoto sous l'autorité du Shogun). Dans ce groupe, on peut raconter notamment l'histoire d'Okita Sôji (1844-1868), prodige du sabre et capitaine de la première division du Shinsen Gumi.

 

Photographie présumée d'Okita Sôji (source : wiki)

 

La légende raconte que sa famille le place à 9 ans au Shieikan, le Dojo de Kondo Shusuke du style Tennen Rishin-ryū (fondé par Kondo Kuranosuke Nagahiro en 1789, l'école descend du style Kashima). A seulement douze ans, il se bat en dans un duel féroce contre un adepte du sabre de très haut niveau et parvient à le vaincre. Son maître lui remet le Menkyo-Kaiden (le certificat-recommandation de l'ancien "système Honorable" japonais indiquant que le disciple a atteint le plus haut niveau de connaissance de l'école) à l'âge de seulement 18 ans. En 1865, à 21 ans Kondo le nomme 5e soke du Tennen Rishin-ryu.

La technique de sabre d'Okita devenue elle aussi légendaire se nommait Sandantsuki (inspirée en réalité de la technique Hiratsuki de Hijikata Toshizō), il s'agissait d'un triple coup d'estoc (à la gorge, l'épaule gauche et enfin l'épaule droite). Bien qu'atteint par la maladie, Okita participa à de nombreux combats dont la bataille de bataille de Toba-Fushimi en janvier 1868 mais il décèdera quelques mois plus tard.

A travers la vie sanglante et courte de cet adepte (on pourrait citer de nombreux exemples de duellistes célèbres de cette époque comme le terrible assassin Kawakami Gensai qui lutta contre le shogunat, adepte du Shiranui-ryu et membre du célèbre groupe des "Quatre Hitokiri", guerriers d'élite au service de l'empereur et assassinant pour sa cause), on constate que Musashi était résolument en avance sur son temps et que le duel était encore une confrontation physique terrible.qui continue d'entrainer la mort d'un des deux protagonistes bien que de nombreux entrainements dans les dojos se passent à l'aide d'armures et de shinaïs.

Avec la disparition (officielle) de la caste des samourais, la pratique guerrière du Bujutsu se transforme à la fin du XIXe siècle pour trouver une place nouvelle dans la société Japonaise en pleine mutation et fortement influencée par les occidentaux. Le rôle utilitaire (et mortel) disparait bientôt pour laisser sa place à un rôle plus éducatif et le duel devient un moyen de formation et non de confrontation pour sa survie. Comme le mentionne Kenji Tokitsu (dans les annexes de son ouvrage sur Miyamoto Musashi) "L'idée de la mort devient un moyen d'introspection et non pas un phémomène concret". Le Kenjutsu devient Kendo mais les duels qui en découlent n'en deviennent pas moins formidables.

On peut citer notamment l'histoire de Takano Sasaburô (1862-1950). Ce génie du sabre, obtint une extraordinaire éducation martiale de son grand père (expert de l'école Ono-ha itto-ryu). A l'âge de 5 ans seulement, Sasaburo était capable de réaliser les 50 mouvements de base du Itto Ryu. A l'âge de 10 ans (comme la plupart des maîtres du sabre des époques précédentes), il était capable de battre en duel la plupart des adolescents réputés bien plus forts et expérimentés que lui. Après l'épique confrontation contre un expert renommé de 31 ans nommé Okada Sadagoro qui se solda par un match nul (plutôt en la défaveur de Sasaburo), le jeune homme quitta son grand père pour Tokyo afin de s'entrainer et de prendre sa revanche. Là bas il reçut l'enseignement du célèbre Yamaoka Tesshū.(fondateur du Itto Shoden Muto Ryu) et oublia peu à peu son esprit de vengance pour se consacrer entièrement au Kendo. Il devient instructeur à seulement 24 ans et ouvre à 28 ans son premier dojo (le Meishinkan).

Photographie de Takano Senseï (source : Pinterest)

Malgré ses nombreuses distrinctions, on considère souvent que l'apogée de la carrière de Takano senseï est un duel historique de 1901 (évidemment, le "duel" est alors devenu ce qu'on appelle un match et les deux adversaires se sortent à présent vivants et sans trop de dommages physiques des confrontations). Il n'est pas le seul duel célèbre qui l'opposa à Naïto Takaharu (1862-1929) mais il est notable et fort bien documenté.

Ces éléments démontrent encore d'une incroyable maîtrise interne et externe des experts modernes du Budo (et non plus du Bujutsu) lors de combats au sabre codifiés. L'accent et la qualité de ces combats est à présent mis sur la finesse de la technique, sur l'utilisation du Ki et sur la dimension spirituelle de l'adepte qui ne lutte plus pour sa survie. Il n'en reste pas moins que c'est le genre de duel qui fait toujours rêver de nos jours de nombreux experts et qui mérite qu'on le raconte au coin du feu.

Duel de Kizeme d'après Takashi Koizumi et Akira Kurosawa (film Ame Agaru. 1999)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Japon traditionnel

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Fred 03/08/2014 10:41

Bonjour, Bel article. Je me permets une toute petite remarque, les duels au Japon, jusqu'au XII° se déroulaient à l'arc et à cheval en trois flèches. Pour la noblesse, c'est d'abord la voie de l'arc et du cheval dont va découler le bushido. Le sabre prends ses lettres de noblesses que bien après.
Pour le plaisir, une vidéo de l'entrainement des hongrois en PJ. (Kassai est resté un moment comme moi d'ailleurs au Japon) Merci. Bonne journée. Frédéric. https://www.youtube.com/watch?v=qB5szXUqNsU

Aïki-Kohaï 03/08/2014 12:33

Bonjour Fred. Evidemment vous avez raison, il existe d'autres formes de duel que celui du katana (sur lequel je m'attarde) et comme je le mentionnais on ne peut parler de duel au sabre avant la stabilisation même de sa forme . En revanche il existe effectivement des traces de duels déjà à l'époque heian comme vous le savez :-) Merci pour votre précieuse remarque.