L'intérêt de L'interclub

Publié le 5 Juillet 2014

Le Dojo du Bourget lors de l'interclub du 01/07 (source Aïki-kohaï) et le Mont Sushiyama lors de la rencontre Kinomichi/Kodokan/Kokyu-ho du 27/06 (source : Etsuko Iida)
Le Dojo du Bourget lors de l'interclub du 01/07 (source Aïki-kohaï) et le Mont Sushiyama lors de la rencontre Kinomichi/Kodokan/Kokyu-ho du 27/06 (source : Etsuko Iida)

Le Dojo du Bourget lors de l'interclub du 01/07 (source Aïki-kohaï) et le Mont Sushiyama lors de la rencontre Kinomichi/Kodokan/Kokyu-ho du 27/06 (source : Etsuko Iida)

Dans le milieu sportif, l'interclub est définit de façon générale comme "une compétition qui se joue entre différents clubs". Il s'agit d'un moment d'affrontement, une rencontre cordiale mais compétitive où des éléments qui n'ont pas l'habitude de se confronter trouvent le moyen de comparer leurs forces et faiblesses et d'en tirer un enseignement.

Le Kohaï prend toutefois conscience d'un fait : il n'y a pas de compétition en Aïkido en général. Un autre fait : L'Aïkido n'est pas un sport à proprement parler.

Alors à quoi peut bien servir un Interclub en Aïkido ?

Loin des sempiternelles rencontres musclées entre club de rugby ou de football, c'est pour des raisons bien plus profondes que les interclubs d'Aïkido existent et sont même à mon sens une nécessité pour le pratiquant.

Plusieurs éléments font de l'interclub un instant que j'estimerais même essentiel :

 

Rencontrer d'autres pratiques et d'autres pratiquants :

Premier élément essentiel, la rencontre d'autres horizons. En effet, il est sur qu'en l'absence de compétition, le pratiquant d'Aïkido ne peut progresser et ressentir sa progression qu'au contact de partenaires.

Il arrive cependant un moment, surtout dans les petits dojos, où se confronter aux quelques pratiquants habituels n'est plus forcément suffisant. L'intérêt de l'Interclub dans ce cas est le même que celui des stages (vers lesquels les professeurs orientent leurs élèves dès qu'ils commencent à se débrouiller un peu), cela permet de travailler avec d'autres personnes (gradés et débutants) et se remettre fatalement en question.

L'intérêt de rencontrer d'autres pratiquants lors d'interclub est aussi de couper court aux idées reçues et autres poncifs interfédéraux. Il faut encourager par exemple les prises de contacts (comme le stage codirigé par Brahim Si Guesmi et Mare Seye du 31 mai dernier à Montivilliers) pour que les pratiquants se rencontrent et qu'au delà de leurs différences, ils prennent conscience de l'importance d'un esprit fondamental : celui de l'ouverture.

Certes, nous empruntons des croisements différents sur la route de l'Aïkido et on ne peut pas plaire à tout le monde ni même aimer tout le monde. Il est toutefois, et c'est mon avis, très bon d'aller au devant de l'inconnu. En tant que Kohaï, je me souviens de quelques expériences où je n'ai même rien compris à telle ou telle technique mais le simple fait de m'y intéresser a considérablement permis des questionnements nouveaux sur ce que je fais et pourquoi ou comment je le fais.

Car comment savoir réellement ce qui est important pour nous si on ne sait pas ce qui est important pour les autres ?

Comment comprendre nos différences si on reste centré dans son propre microcosme et replié sur soit ?

Découvrir d'autres pratiques en Interclub, c'est aussi découvrir d'autres professeurs et à titre personnel cela m'a permis de constater à quel point nous sommes influencés par nos parcours respectifs comme l'explique si bien Gouttar Senseï dans son article intitulé "Comprendre un maître".

Au départ, nous agissons souvent par mimétisme et si cela est correct et normal au début, il faut s'affranchir peu à peu de cette atttitude sans faire n'importe quoi et c'est un exercice extrêmement complexe (et évidemment hors de ma portée pour l'instant). En revanche, nous restons pour toujours influencés par nos senseïs (ceux que nous aimons et ceux qui nous détestons) et cela je peux d'ors et déjà le constater en observant mes propres professeurs tour à tour "Palmiériste, Gouttardiens ou Tissieristes"...

S'ouvrir à d'autres arts martiaux que l'Aïkido :

Lorsqu'on écoute des conversations d'initiés ou de vieux routards de l'Aïki, un kohaï à souvent l'impression que l'Aïkido est un tout petit monde où tout le monde se connait, se reconnait et estime la pratique des uns et des autres avec franchise ou non.

Même si ces conversations sont sans conséquence ou méchanceté, l'intérêt de l'interclub est ensuite de comprendre que le reste du monde (ultra majoritaire et oui :-)) est totalement ignorant de l'Aïkido. Cela permet de prendre du recul.

Nous ne sommes que des Aïkidokas (qu'on soit 5ième Kyu ou 4ème dan). Et le monde des arts martiaux est extrêmement vaste et varié. Dans cette optique certains professeurs éclairés organisent des Interclubs ou bien des "rencontres" entre l'Aïkido et des clubs de Karaté ou encore l'Aïkido et le Kendo ou même des rapprochements amicaux entre l'Aïkido et le Kinomichi. Parfois il s'agit d'un cours normal, parfois il s'agit de venir partager un repas et de démontrer aux autres ce qu'on fait afin qu'ils puissent voir de leurs propres yeux et non par les "on-dit" d'un tel ou d'un tel.

L'interclub a ce pouvoir de mettre en contact les gens, de les obliger à s'observer, à se parler, à chercher des solutions entre eux et/ou de grandir ensemble tout en échangeant. J'ai le souvenir d'un karatéka que je connais qui pensait que l'Aïkido n'était qu'une chorégraphie pathétique et qui s'est justement mis à l'Aïkido au hasard d'un interclub. J'ai également l'expérience d'une pratiquante qui ne connaissait que les préjugés sur le Kinomichi et qui désormais est très attentive à cet enseignement.

Atteindre ses limites grâce à l'interclub :

Le dernier coté que je juge intéressant lors des interclubs est identique à celui des stages. L'interclub permet d'atteindre ses propres limites. En effet, sans en avoir conscience nous connaissons peu à peu les partenaires habituels de nos clubs respectifs. Nous savons qu'un tel est plus dur, qu'un tel pratique plus lentement ou plus souplement, que le gradé X est un rigoureux au point d'être psychorigide, que le ceinture noir bidule est extrêmement perché dans ses explications, que le maître Y porte un hakama invisible etc etc...

Le fait d'obtenir ce savoir fait de nous un membre à part entière de la communauté du club et c'est aussi une source de plaisir. Mais Eric Jalabert senseï vous dirait en fronçant les sourcils que s'il y a du plaisir là dedans c'est qu'il y a un loup et évidemment il a raison (qui a dit fayot dans sa barbe au fond de la pièce ?).

Ce plaisir là est aussi source d'un méfait bien connu chez les pratiquants : la facilité.

Ce qui devient facile ne nous permet plus d'arriver à ce point terriblement éprouvant où le corps ne réfléchit plus et se contente de ressentir. C'est ce point là qu'il faut chercher pour atteindre nos limites et progresser. Sans cet état, nous stagnons.

L'avantage de l'interclub est donc de nous mettre en face de partenaires différents et nouveaux. Et donc des partenaires dont nous ignorons tout. J'ai pu ainsi expérimenter les joies de la chute enlevée lors de l'Interclub entre Kokyu-Ho et l'Aïkido-club du Bourget de l'excellent David Desport ou bien encore l'intérêt de la pratique entre kohaïs lorsque les mouvements du partenaires sont totalement inattendus.

Ne nous trompons pas, c'est très loin d'être évident mais c'est extrêmement formateur. Tout comme lorsque vous débarquez dans vos premiers stages et que vingt "hakamas" vous contemplent d'un air résigné (ou sadique) en sachant que vous êtes le seul kohaï sur place et que ca va chier des bulles pendant trois heures.

On peut tous se perdre à pratiquer avec nos amis mais même s'ils sont excellents je dois avouer qu'il est bien plus salutaire pour nos progrès futurs d'aller se faire "fouetter" par les vétérans sur le tatami.

L'Interclub ne vous donne pas le choix et c'est en cela qu'il est intéressant. Le plus souvent, on se mélange et on évite ses compagnons habituels et donc c'est la loterie la plus complète en terme de niveaux.

 

Pour conclure ce billet :

Surtout ne pas manquer ce genre d'événements, c'est le moyen le plus efficace et le plus simple pour affuter sa pratique et ouvrir son horizon personnel. Un célèbre proverbe chinois ne dit-il pas "Tant que tu ne peux pardonner à autrui d'être différent de toi tu es encore loin du chemin de la sagesse" ?

 

 

 

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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