Yoshinkan Aïkido, le carré qui voulait être un cercle

Publié le 5 Juin 2014

Le Yoshinkan de Michiharu Mori (7e dan Yoshindan, lors de la 17th Annual Demonstration, Brisbane)

De nombreuses démonstrations lors de la Nuit traditionnelle des arts martiaux de cette année m'ont donné à réfléchir notamment sur d'autres styles d'Aïkido que le mien. Et il est vrai que l'une des écoles qui m'intrigue le plus fortement depuis est celle de Gozo Shioda Senseï : le Yoshinkan.

En préambule et pour les plus kohai d'entre nous, il faut rappeler tout d'abord qui est le petit géant :

Il s'agit d'un disciple d'avant guerre d'O-Senseï qui resta pendant 9 ans environ auprès de lui. Après un long séjour hors du japon à partir de 1941 Gozo Shioda revint auprès du fondateur en 1946. Du vivant d'O-senseï, il fonde l’association Yoshinkaï en 1954 qui reprend le nom du dojo de son père (Tout comme Mochizuki senseï) et qui signifie "le lieu ou l’ont développe l’esprit". Gozo Shioda prend également en 1954 le poste d'instructeur en chef de la police de Tokyo avec laquelle il a déjà tissé de nombreux liens. Il officiera également auprès d'autres prestigieuses institutions japonaises comme l'université Meiji ou les forces aériennes d'autodéfense. Ses liens avec ces différentes institutions ne feront que s'accroitre avec le temps et perdurent encore de nos jours. O-senseï lui attribuera son 9ième dan en 1961 pour sa contribution exceptionnelle au développement de l'Aïkido.

Vers la fin de sa vie, Gozo Shioda fondera enfin avec son fils dans les années 90 la fédération internationale de Yoshinkan. Son style est réputé "dur", on dit qu'il met un accent particulier sur les atémis. Il n'en demeure pas moins que l'Aïkido Yoshinkan est le deuxième style d'Aïkido le plus pratiqué dans le monde.

En somme, on peut constater l'apport conséquent du Yoshinkan à la discipline. Il mériterait un article très approfondi (ainsi qu'un hommage appuyé) et je ne suis qu'un Kohaï facétieux.

Bien sur, j'ai toute de même été frappé par la qualité de la présentation de Jacques Muguruza (7ème dan, chargé du développement du Yoshinkan Français) lors de la NAMT 2014 que j'ai pu voir mais au delà de la technique, c'est une certaine conception de "cet Aïkido" que je trouve particulièrement intéressante :

Le Yoshinkan Aïkido est en effet réputé pour sa dureté, on l'a dit, ainsi que son pragmatisme (pour ne pas dire le mot dangereux : efficacité, sinon un "Hapkimudoka" va m'étranger avec sa ceinture) et je sais qu'il est toujours très apprécié de la police Japonaise (qui organise d'ailleurs d'intéressantes....compétitions d'Aïkido Yoshinkan que je vous invite à voir tout de même et à apprécier pour le tanto-dori). J'oserais même dire et là, décidément je vais me faire engueuler que le rapport qu'entretien le Yoshinkan avec le combat est peut être plus franc que dans d'autres courants d'Aïkido qui sont parfois mal à l'aise avec ces notions.

J.Muguruza note justement (dans une interview réalisée par l'Aïkido Journal en janvier 2010) :"Pendant très longtemps on a dit que l’aïkido du Yoshinkan était un aïkido dur. Moi, je dirais que c’est un aïkido solide, et non pas dur. Qu’est-ce que c’est que la dureté ? Quand vous regardez Ueshiba Morihei, son dojo était appelé « le dojo de l’enfer», alors… où est la dureté ? Ueshiba Sensei, au début de sa vie, quand on le voit à cinquante ans sur les photos, il est vraiment… personne n’a envie de l’approcher, et quand on le voit à quatre-vingts ans, là, tout le monde à envie de se rapprocher. C’est une évolution normale."

La lueur de cette analyse (et de la suite de l'interview que je vous invite à retrouver sur le net) me permet de croire qu'il s'agit pour le yoshinkan avant tout de mettre l'accent sur les fondamentaux et non pas d'afficher un style efficace. Les élèves de Gozo senseï semblent souhaiter également préserver une pratique à un moment T de la vie du fondateur, un héritage marqué et présentant certaines différences techniques, certes, par rapport à l'Aïkikaï bien évidemment, mais cette technicité mérite un profond respect.

Je n'aurais pas la prétention de donner un avis technique approfondi sur un style que je ne pratique pas mais j'avouerais tout de même y trouver un grand intérêt. Les vidéos et démonstrations du Yoshinkan résument bien le commentaire de Marie Apostolof (dans son article très court mais juste sur Gozo Shioda que je vous invite à lire) : "La vie est une lutte incessante, comment l'oublier lorsque vous êtes son Uke?"

De mon coté, pour ne pas parler uniquement d'efficacité, je noterais simplement que j'ai pris acte à titre personnel pour mes recherches et mon propre travail de la qualité des pratiques en miroir (Ippan Geiko) du Yoshinkan qu'accomplissent tous ces prestigieux spécialistes ainsi que la redoutable précision des saisies que j'ai pu notamment observer chez Michiharu Mori Senseï. Malgré nos différences certaines, j'ai été aussi intéressé par le concept commun de Sumi Kiri (couper les angles) qui veut dire qu'un pratiquant Yoshinkan est tout d'abord entrainé selon des principes dit carrés axés sur les fondamentaux et l'efficacité logique ainsi que des mouvements courts. Ce carré est alors suivant le cursus technique du Yoshinkan découpé (pour ne pas dire "épuré") peu à peu par les angles. Il devient alors un cercle puis une sphère qui nous rapprocherait alors de l'Aïkido dit "circulaire" plus commun, plus esthétique.

Pour conclure simplement (qui a dit pour une fois ?), je vous invite enfin à compulser l'ouvrage technique de Gozo Shioda lui même afin d'approfondir la question. Ce livre est un vrai trésor de sagesse car peu importe nos différences, nous suivons tous le chemin joyeux de l'Aïkido et je suis persuadé que tout le monde peut y trouver quelque chose d'intéressant à partager sur le tatami.

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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