NAMT 2014, L'Art de Recevoir du clan Tamaki

Publié le 1 Juin 2014

Léo Et Isseï Tamaki lors de la NAMT 2014 (Photo de Jérôme Liniger, le veinard!)

Léo Et Isseï Tamaki lors de la NAMT 2014 (Photo de Jérôme Liniger, le veinard!)

Je n'ai pas osé prendre plus d'une photo ou deux (sans flash) de la 8ième Nuit des Arts martiaux traditionnels et pour compenser ma frustration, je me devais de réaliser un petit article sur la qualité de cette grande soirée.

Car si mon appareil est resté bien sagement dans ma poche, mes yeux pouvaient observer pleinement et pour la première fois un défilé d'experts renommés que je connaissais peu ou pas et dont j'ai pu analyser, aimer et tenter de comprendre le travail en humble kohaï.

Mais commençons par le commencement...

Sagement (ou pas) installé dans le fond du splendide Théâtre de la Madeleine, j'ai été tout d'abord surpris et intrigué par Shizuka Sasa Tamaki et son morceau de flûte. Je ne connaissais pas Mme Tamaki (et Mme Aïki-Kohaï non plus d'ailleurs) et son talent pour cet instrument délicat.

Très vite, tout se met alors en place pour la première partie. Le mystérieux Allen Pittman s'en mord les pieds en nous démontrant la sagesse du corps qu'il a mis au point avec Victoire Slackey en guise d'introduction et de mise en bouche (ou plutôt d'orteils en bouche dans ce cas XD). C'est pour moi, humble kohaï je l'avoue, tout d'abord un état de perplexité totale qui ne m'empêche pas de repérer les indices d'un travail complexe et identique à celui des arts internes et d'en analyser par ailleurs tous les bienfaits.

Les mouvements naturels du corps ne sont-ils pas, après tout, un travail recherché et apprécié par tous les artistes martiaux faisant fi des préjugés et des apparences ?

Le Shoubo de maître Yuan Zumou s'enchainant ensuite, je découvre alors la lutte chinoise datant de la dynastie Qin. C'est également une découverte intéressante qui me laisse à penser que la violence excessive des techniques modernes de MMA n'ajoute en rien à l'efficacité. Je me demande aussi quel âge à Maître Yuan Zumou qui enchainent les techniques et les corps à corps contre des élèves bien plus jeunes. L'animalité des postures de Shoubo m'interpelle également et me donne à penser à propos de toutes nos techniques occidentales de lutte ne conservant pas toujours cette petite touche de noblesse et une certaine profondeur que je ne soupçonnais pas ici de prime abord et que j'ai pu constater avec plaisir. Il y aurait là de quoi en écrire un article entier !

Mais je n'ai pas le temps de m'y interroger d'avantage car Bruno Gonzalez senseï prend immédiatement la suite et je suis ravi de voir un pratiquant que j'observe souvent, un élève de Christian Tissier shihan, et dont la qualité du travail se passe de tout commentaire superflu.

Observer Bruno Gonzalez en vidéo et voir Gonzalez senseï enchainer les irimi-nage à moins de quelques mètres est un aperçu complètement différent mais aussi un plaisir rare pour l'humble novice que je suis. La qualité des uke qui entourent le maître force l'admiration et je reconnais bien là le style millimétré du cercle.

On me fera d'ailleurs observer que Gonzalez senseï est l'un des rares intervenants (avec Léo Tamaki et Brahim Si Guesmi) à ne pas laisser ses disciples s'approcher trop du bord de la scène (où ils pourraient transpirer bientôt sur la bande des Kinomichistes du premier rang que je salue respectueusement et qui étaient présents pour l'occasion). Gonzalez sensei, cela se sent, est un professionnel de qualité habitué à ce type de démonstration pour notre plus grand plaisir.

La première partie du spectacle se poursuit et je le reconnais, certains maîtres et certaines prestations me marquent plus que d'autres. Je garde un grand souvenir de la canne de combat de l'école Lafond (qui me laisse penser que le buki waza a la française n'a rien à envier aux koryus). Le Jyu Kempo (qui me rappelle l'Aïki-kempo que je pratique occasionnellement) de Philippe Cocconi est également très intéressant à observer ainsi que ce que j'ai gentiment appelé "les cosmonautes" du Kudo Daido Juku présenté par Shinya Tsuchiya  qui ne ménage aucunement ses élèves poussés dans leurs ultimes retranchements sous les yeux du public.

Evidemment, lorsqu'arrive Takeharu Noro pour démontrer le Kinomichi, je suis aux anges.

Je passe déjà mon temps à étudier (en tentant de ne pas l'ennuyer avec ses élèves) sa pratique incroyable au Korindo. Cela me rappelle aussi que Takeharu est (avec Gouttard senseï) ce que j'appelle un "chuteur invisible" (un pratiquant du ukemi qu'on voit très rarement prendre une chute en public au niveau incroyable qu'il possède en réalité). Le fils de Noro senseï est un "ukemiste" d'un niveau que je n'ose commenter et qui tord le cou aux néophytes usant à tord du mot "chorégraphie" pour qualifier le Kinomichi. Encore une fois, j'aimerais que les pratiquants d'Aïkido en prennent de la graine.

Je découvre également pour la première fois l'Aïkido Kobayashi par l'intermédiaire de Maître Cognard accompagné par le Taïko Paris Ensemble. Ce contemporain de Noro Senseï et Tamura Senseï que je connaissais uniquement par le biais de ses articles est une vraie surprise pour moi et je dois dire que l'accompagnement musical est une plue-value réelle que j'ai regretté de ne pas trouver par la suite pour les autres démonstrateurs (même s'il fallait évidemment que les artistes martiaux puissent s'exprimer sans craindre de heurter les tambours et les musciens dans cet espace restreint).

L'ambiance de la NAMT est bonne, familiale, décontractée, et il faut le noter.

Le public conquis rit souvent aux éclats, retient son souffle, il est aussi souvent compatissant pour les pauvres tatamis si souvent déplacés et replacés. L'entracte survient soudain sur un air de flûte de dame Tamaki et le commentateur (Isseï Tamaki ?) nous prévient d'une surprise que nous n'aurons qu'un peu plus tard.

Nous n'en profiterons en effet qu'une fois achevée...notre petite séance de méditation sur la vacuité de l'écran vide accompagné d'une coupe de champagne (private joke inside). C'est en effet l'anniversaire de Leo Tamaki et des milliers d'élèves et ses proches tenaient à lui dédicacer un petit film. Nous nous joignons tous ensemble à la liesse de cet événement.

Mais je n'ai même pas le temps d'aperçevoir Takeharu ou une tête connue de votre serviteur pour lui glisser un mot pendant la pause qu'il me faut déjà repartir à la découverte d'autres experts et retrouver nos places. Et cette seconde partie de la NAMT est encore pleine de surprises et de contrastes nous laissant parfois hors d'haleine :

Le Taïko m'enchante littéralement. L'Hapkimudo de Kang Jong Lee fait une grosse impression sur le public qui peut y observer des élèves et un maître tout entier dévoués à l'efficacité et prêts à subir des étranglements à coups de ceinture et autres bourrepifs bien sentis sans cette fois, les fameux casques de cosmonautes du Kudo Daido Juku. L'Aigle de Corée est un rapace féroce, à mille lieux d'Allen Pitman et de la danse des Amazones qu'il exécute en complément d'une succinte présentation de Ba Gua.

Très éloigné des "Hapki" martiaux, Nakata Kenji reprend également le public en main par sa déroutante démonstration de Karaté Shito Ryu et son sens de l'humour (je n'avais jamais vu un senseï lancer des pièces de deux euros avec son ventre pendant que ses disciples font la posture de l'arbre). Je suis également très impressionné par le Kokodo Jujutsu de maître Yasuhiro Irie et je garde et garderait un fort souvenir de la technique à l'ombrelle japonaise qui est peut être pour moi l'un des moments les plus captivants de la soirée.

L'Aïkido reprend par la suite la fête en main par des démonstrations de haut niveau comme celle du Yoshinkan Aikido de Muguruza Senseï et la très attendue démonstration de Léo Tamaki qui, à ma grande surprise, est l'un des rares démonstrateurs d'Aïkido à prendre parfois lui même le rôle d'Uke, démontrant là encore, une touche très personnelle et intéressante de son travail.

En regardant notamment la "partie buki waza" de la démonstration de Léo, le public avertit murmurait, il faut le noter, le nom de Kuroda senseï (dont j'ai déjà un peu parlé dans un précédent article) et je me dispenserais là de commentaires supplémentaires étant incapable moi même d'y trouver les références que certains vétérans dans le public autour de moi savaient "repérer" immédiatement dans l'exécution des techniques (mais je ne demande qu'à être "éclairé", c'est dit).

Si je devais toutefois développer brièvement ce que j'ai observé, je me contenterais de dire que la démonstration du Kishinkaï Aïkido était à l'image de l'ambiance et de la qualité de cette 8ième NAMT. Rappelons ici que uke vient du terme japonais ukeru (qui veut dire recevoir) et force est de constater que le clan Tamaki savait ce soir là, tous nous endurer (problème technique et aléas du direct compris) et nous recevoir comme il se doit en rendant un hommage vibrant et invisible au rôle d'uke que Leo mettait lui même d'avantage en avant (comme s'il s'agissait d'un clin d'oeil).

Masato Matsuura et sa présentation du Nô ainsi que la danse des deux sabres ponctuaient enfin admirablement la seconde partie du spectacle tout comme la démonstration très attendue du Daito Ryu Takumakaï nous plongeant alors dans les racines traditionnelles de l'Aïki.

J'attendais également beaucoup du Katori Shinto Ryu (en armure pour l'ultime conclusion de la soirée) présenté par Jean Paul Blond et de l'Aïkido magnifique de Brahim Si Guesmi et j'avoue ne pas avoir été déçu.

Je crois d'ailleurs que beaucoup dans l'assistance étaient fortement attristés que Si Guesmi senseï fasse une démonstration qui nous semblait alors si courte de ses talents. Et je crois que nous étions tous affamés de sa technique à un point où je serais bien allé lui en redemander dans les loges !

Que dire pour conclure ce billet que certains jugeront peut être très/trop élogieux (on me dira sans doute que c'est normal pour un kohaï d'être émerveillé de base) ?

Ah oui, peut être une critique  ou deux ! Léooo ! Où était le Gouren que j'attendais si joyeusement (snouif) ? Et pourquoi ne pas avoir utilisé d'avantage de talents musicaux traditionnels japonais (de Koto, de Shamisen, de Shakuhachi, de poisson de bois etc...) ou pas traditionnel du tout d'ailleurs pour agrémenter le passage de certains d'experts (pas tous bien sur, certains comme Farouk Benouali savait si bien s'habiller du silence) ?

Evidemment, je me rends compte de l'énorme travail que tout ceci représente et sans plus de plaintes de kohaï, je remercie finalement Léo, Isseï, Shizuka et leurs proches pour leur dévouement, leur patience, leur gentillesse et la qualité de cette grande messe des arts martiaux qu'il faut bien reconnaître, est très inspirante et pleine de richesses insoupçonnées.

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Arts martiaux

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