Travail aux armes : Fondamental ou Accessoire ?

Publié le 11 Mai 2014

Jo, tanto et Ken (par Aïki-Kohaï)

Jo, tanto et Ken (par Aïki-Kohaï)

Qu'un Kohaï comme moi s'inquiète du travail aux armes ne devrait étonner personne. Il n'y a qu'à voir le regard émerveillé des pratiquants lorsqu'un professeur annonce qu'il va faire un cours ou une session d'entrainement consacrés à l'Aïki-jo ou l'Aïki-ken pour deviner que le buki-waza (les techniques avec armes) est assez populaire.

Je dois d'ailleurs avouer que j'apprécie beaucoup ce travail et la complémentarité qu'il apporte au travail à mains nues ainsi que la plupart des Kohaïs autour de moi. C'est également avec joie que je vois les groupes de travail de nos fédérations se former sur ce point et tous les experts accessibles aujourd'hui pour compléter et découvrir cette pratique.

Malgré les nombreuses possibilités pour étudier les armes de l'Aïki, je me suis toutefois souvent posé la question de savoir si le travail aux armes était vraiment nécessaire pour la technique et le développement du pratiquant ?

Il y a bien sur de nombreux articles sur le sujet et les avis de beaucoup d'experts commme Tamura Senseï, Tissier Senseï, Shimizu Senseï, Saïto Senseï etc...sur présents sur la toile.

En tant que Kohaï, j'ai tendance à plutôt constater qu'il n'y a pas de camp Anti buki-waza à proprement parler mais qu'on peut distinguer deux types de position :

- Ceux qui pensent que l'essence de l'Aïkido est avant tout le travail à mains nues mais qu'une étude des armes s'avère intéressante pour compléter sa pratique.

- Ceux qui pensent que la pratique des armes est indissociable de la pratique de l'Aïkido et qu'elle n'est qu'une facette logique et naturelle de cet art.

Alors sans rentrer dans la prise de position bête et méchante pour dire qui a raison et qui à tord (et qui ne mènerait pas à grand chose à mon niveau ridicule), je pense qu'il s'agit avant tout d'un choix personnel de tel ou tel enseignant au même titre que le suwari waza, l'efficacité, l'amplitude des chutes. Après tout, chacun est libre de son Aïkido et si personne ne rejette complètement le buki-waza hors de la sphère Aikido, il est bien normal que chacun souhaite ou pas développer cette facette de notre art martial.

A mon sens, ce qu'un kohaï se doit toutefois de savoir (qu'il souhaite encore une fois approfondir ce travail ou pas) c'est que l'Aïkido tire ses racines du Buki-waza et pourquoi il le fait.

Evidemment on peut passer toute sa carrière de pratiquant sans toucher un bokuto (ou bokken, le sabre de bois) un jo (le baton court) ou un tanto (le couteau de bois) mais je pense qu'un kohaï (pour l'avoir vécu de façon très concrète) comprend mieux la logique technique des mouvements d'Aïkido s'il voit le pourquoi de ces mouvements à travers la pratique aux armes.

Ikkyo par exemple (comme on peut le voir très facilement sur les vidéos de Nishio senseï et bien d'autres experts) est tout simplement un mouvement pour empêcher le dégainage du sabre et son utilisation (comme beaucoup de techniques de notre répertoire). Au départ, pour développer cet exemple, on est souvent étonné de voir qu'Ikkyo fonctionne si bien avec un sabre mais en fait : c'est parce qu'ikkyo est à la base utilisé contre lui depuis l'origine de ce mouvement. Ma-aï (la distance) dans cette technique est, si elle est optimale, la distance exacte (un peu plus courte d'ailleurs pour empêcher de tirer le sabre de la saya, le fourreau) du sabre.

Mais le sabre n'est évidemment pas le seul exemple, j'ai pu constater le même fonctionnement avec un Jo et un Tanto lors d'un sankyo, ou un kotegaeshi qui prennent soudain un sens nouveau à nos yeux et le travail à mains nues devient alors plus naturel, plus compréhensible (sans parler du fait que les occidentaux aiment à comprendre pourquoi ils font ce qu'ils font).

On se rend compte aussi que toute arme tradtionnelle japonaise est comme connectée au travail de l'Aïki et lui rend sa cohérence.

L'un des premiers experts à me l'avoir fait comprendre (ou du moins entrevoir) est une experte : la très talentueuse Céline Froissart (3ième dan) dans son article d'Aïkido Magazine de décembre 2012 (et que je vais citer en vous invitant à le découvrir sur la toile) : "le travail des armes permet également de comprendre, de façon « dépassionnée» les principes de la pratique de l’Aïkido. [...] Avec les armes, il n’est pas possible de travailler sans une véritable coopération des deux partenaires. On sait donc que le «tranchant », la « décision », et toutes ces autres qualités inhérentes au travail des armes, peut s’exprimer pleinement, et que sinon, ils ne s’expriment pas du tout".

A mon humble avis, toute la subtilité du bukiwaza est expliquée dans ces simples phrases. Lorsque je vous parle de cohérence, je veux dire aussi que lorsqu'on travaille un jo, un ken ou un tanto à la main les notions et les principes si difficiles à chercher en tachi waza par exemple (techniques debout et à mains nues) deviennent comme des équations ou les pièces d'un puzzle.

Avec une bonne distance ca marche, sans une bonne distance ca ne marche pas. Avec de l'intention et de la coopération ca marche, sans ca ne marche pas. Il s'agit alors pour le pratiquant d'assembler les bonnes pièces dans le bon ordre et de s'y appliquer avec minutie. Le travail aux armes est comme de la patisserie, la composition et la précision des ingrédients et l'exécution de la méthode ne laissent pas de place à l'approximation que l'on peut parfois faire fonctionner parfaitement à mains nues.

A mon sens, en plus de ramener la technique à sa logique naturelle le buki-waza rend aussi plus précis.

En conclusion et plutôt que de grandes explications supplémentaires que vous connaissez déjà sans doute (ou qu'un expert expliquera fort mieux), je vous invite vivement à interroger vos professeurs sur les techniques que vous utilisez déjà et à les pratiquer à présent avec une arme afin de prendre conscience de la complémentarité de leur utilisation. Ainsi, vous pourrez vous forger votre propre avis sur la question et choisir ou pas de développer le buki waza sur le tatami.

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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