Comment progresser sans douleur ?

Publié le 8 Mai 2014

Une belle projection sans douleur de François Khougaz Senseï (Par Aïki-kohaï)

Une belle projection sans douleur de François Khougaz Senseï (Par Aïki-kohaï)

Au détour de conversations avec des Kohaïs, je me rends compte que nous avons souvent la même conversation : Comment progresser sans se blesser ?

Gouttard Senseï dans ses articles précise souvent que les Aïkidokas sont de gentilles personnes et non, nous ne sommes pas des trouillards (vu le nombre de fois où les gradés nous envoient au sol par session d'entrainement). Nous n'avons en général pas non plus une peur bleue de la douleur sinon, nous ne serions pas pratiquants d'un art martial. Alors comment expliquer que l'évitemment de la douleur et des blessures prend une place si importante dans notre progression et notre recherche ? De même, comment progresser sans douleur ?

Tout d'abord, je pense qu'il faut couper court à un poncif bien connu : celui qui veut qu'on ne progresse pas sans mal dans les arts martiaux !

Effectivement, les blessures sont souvent inévitables, effectivement la pratique intensive d'une activité comme l'Aïkido qui sollicite tant le corps et l'esprit engendre son lot de désagréments et évidemment la construction et le développement physique n'est pas sans entrainer une certaine souffrance....

...Mais pouvons nous pour autant nous contenter d'un haussement d'épaule à chacune de ses douleurs en nous disant : c'est seulement comme cela qu'on progresse ?

Une fois n'est pas coutume, je pense qu'il faut prendre le raisonnement à l'envers. La douleur n'est pas là pour faire progresser le pratiquant mais c'est le pratiquant qui est là pour faire progressser sa connaissance de la douleur.

C'est peut être quelque chose que l'on entend pas souvent (ou pas assez je ne suis pas le seul à parler de ça évidemment) mais il me semble à mon humble avis de Kohaï que nous gagnons à responsabiliser chacun sur le tatami de son propre corps, de ses propres faiblesses et de comprendre ce qui engendre la douleur afin de mieux l'éviter.

Et cela commence entre nous, de pratiquant à pratiquant !

En tant que Kohaï, il est sur que nous sommes moins forts, moins endurants, moins habiles et moins à l'écoute au niveau tissulaire, musculaire et articulaire et que souvent, nous nous blessons bêtements (j'en suis le premier concerné) mais mon raisonnement est le suivant et je suis très à l'écoute des professeurs qui enseignent ce regard particulier sur l'Aïkido : Apprendre l'Aïkido, c'est écouter son corps et éviter la douleur car c'est en apprennant à l'éviter que nous progressons.

Il ne s'agit pas ici de dire que l'on doit éviter toute situation technique ou physique qui pourrait nous blesser en ne faisant rien mais bien de comprendre les mécanismes qui entrainent douleurs et blessures, de les analyser puis d'en tirer un enseignement applicable sur le tatami dans notre pratique.

Je le répète souvent : pour ma part l'Aikido c'est la joie. Et où est la joie si vous faites la grimace à chaque kotegaeshi ? Où est la joie d'arriver à 50 ans sans être capable de tirer un maximum de nos séances d'entrainement et de notre pratique parce que nous nous sommes auto-martyrisés ?

En somme, c'est justement en comprenant comment nous protéger de nos douleurs que nous progressons car une fois débarrassé un maximum de ce qui peut l'engendrer, nous gagnons une plus grande liberté et nous pouvons nous absorber tout entier dans le plaisir de la pratique.

Cela m'amène à la seconde partie de mon propos messieurs les pratiquants ! Respectons nous et ne pratiquez surtout pas la technique du jaugeage que décrit si bien Stanley Pranin dans l'Aïkido Journal (merci à lui à son travail), je le citerais d'ailleurs :

"Il semble qu’en plusieurs occasions au Japon, des pratiquants sont morts de blessures contractées à la tête et au cou après être tombés lourdement en arrière sur le tapis en pratiquant shihonage. Je sais que ces incidents ont eu lieu dans des clubs d’Aikido où les juniors sont souvent malmenés par leurs seniors présumément pour leur “édification”. On peut en quelque sorte comparer cela au bizutage dans les écoles militaires aux Etat-Unis.

Pour poursuivre, il est bien connu que les arts du bujutsu desquels sont dérivés les techniques d’Aikido évoluèrent historiquement avec pour but d’assagir et de vaincre l’ennemi. Etant donné que la structure du corps humain n’a pas beucoup changé à travers les siècles, à part pour devenir plus large et volumineux, le même potentiel à blesser existe encore."

Il est souvent inévitable pour un Kohaï de tomber au hasard d'un tatami inconnu sur un gros "balèze" (parfois Kohaï, parfois gradé) voulant absolument nous montrer à quel point il est fort. Le Kohaï que je suis se retrouve pris alors entre l'inévitable courtoisie de l'aïkidoka qui veut qu'on essaie de pratiquer un échange "gagnant/gagnant" si cher à Palmier Senseï et le fait qu'on est sur que le mec (ou la fille oui oui il y en a) en face n'est absolument pas de cet avis et que ca va faire mal.

Mon conseil de débutant à débutant : biaisez ! Votre technique, ce qui vous avez appris est votre meilleure arme et si vous êtes sensibilisé à ce qui peut et/ou doit faire mal, vous devez gagner assez de confiance en vous pour éviter ces situations. Au départ, je le sais, on peut avoir peur ou être en colère mais je pense qu'il faut voir ces courtes expériences de la même façon que nous pouvons les vivre dans la vie : avec pragmatisme et confiance en soit.

La force est l'arme de votre adversaire ? Répondez lui par la souplesse. On essaie de vous coincer au niveau articulaire ? Répondez lui en oblitérant le rythme qui va souvent s'accompagner avec la violence. Vous sentez qu'une immobilisation est un peu trop appuyée ? Détendez vous et respirez. Vous avez l'impression qu'on vous "corrige" plus qu'on nous ne vous projette ? Faites l'imbécile (c'est ma spécialité) et relâchez vous un maximum !

Rassurez vous aussi sur le fait que nos professeurs ne sont pas des aveugles et qu'ils interviendront souvent pour faire cesser une situation anormale. De même, ces cas de figure arrivent peu souvent et vous avez aussi le droit absolu de pratiquer à la fin de l'échange avec une autre personne.

Ce qu'il vous faut retenir est que la douleur n'est jamais une fatalité et ne sert à rien dans l'édification. Evidemment, on apprend des bêtises que l'on fait mais je pense qu'on apprend mieux en les anticipant et en les évitant plus qu'en nous rendant insensible à celle ci.

Pour conclure (et comme je suis loin d'être Chuck Norris et que je ne traverse pas les pare-brises de voiture d'un mawashi geri sans me péter la jambe), je ne saurais que trop vous conseiller de solliciter vos professeurs sur le sujet et de ne pas oublier que seule un mauvaise pratique de l'Aïkido ou un mauvais Aïkidoka fait mal. Et que bien évidemment une activité physique intensive s'accompagne de séance chez des praticiens qui peuvent vous aider comme un ostéopathe compétent, un acupuncteur ou d'autres experts des médecines douces et/ou traditionnelles que l'on néglige souvent. Pensez y et prenez soin de vous car c'est comme cela que vous progresserez et non l'inverse !

 

 

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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Matthieu 07/06/2014 11:45

Je com ici, mais j'aurais pus le faire n'importe où tellement ce blog me plait! donc bravo, c'est bien écrit et pertinent (mais pas impertinent rassure toi) et nombreux sont ceux qui ferait passer des propos comme les tiens sur un ton "sempai moralisateur" sans en avoir la réalité hors web). J'ai atterri ici par le blog de leo et les impressions sur le takai (auquel j'aurais adorer participer!) et du coup je lis tout! encore bravo et au plaisir de se croiser sur un tatami ou ailleurs
cordialement

Aïki-Kohaï 09/06/2014 13:19

Bonjour Matthieu, Je te remercie pour ton commentaire. Effectivement, loin de moi l'idée de faire la morale à quiconque. Il me semble juste qu'un kohaï (niveau ras les pâquerettes ou pas) se doit d'être utile et porte une responsabilité tout autant que ses sempaïs. C'est en prenant conscience de notre rôle que nous progressons plus encore et non en restant passif à imiter nos enseignants (mais ce n'est que mon avis). Au plaisir de relire un de tes commentaires.