Aïkido et Coopération

Publié le 12 Mai 2014

Au détour d’une expérience personnelle que doit rencontrer d’autres débutants comme moi, je souhaitais développer le thème de la coopération en Aïkido. En effet, si l’on compare notre discipline à d’autres arts martiaux ou aux sports de combat, un novice viendra fatalement se poser deux questions : celle de l’efficacité (que je développerais peut être même si d’autres artistes blogaïkidokas le font fort bien déjà) et celle très importante de la coopération.

Pour débuter, je citerais un senseï qui m’a beaucoup inspiré et avec lequel j’ai hâte de travailler, il s’agit de Bernard Palmier shihan (très récemment promu 7ième dan bravo à lui). Palmier senseï précise sur le sujet dans son article évoquant la relation entre tori et uke : « Parler de coopération dans le cadre d’un art martial peut paraître surprenant. Pour autant la coopération dans la pratique de l’Aïkido ne signifie pas « complaisance », bien au contraire la coopération dont on parle s’appuie sur l’exigence et le respect. Il s’agit par l’échange de progresser mutuellement. »

A la lumière de ces mots, dont je me suis souvent interrogé sur le sens au début, je pense avoir maintenant compris (un peu) plus profondément cela en pratiquant avec d’autres novices dont certains très brutaux. C’est d'ailleurs à la lueur d’un Ikkyo sur saisie du poignet qui m’a littéralement explosé l’épaule pendant la technique et une fois au sol que j’ai enfin crié « euréka » comme le savant grecque Archimède. Je m’explique.

Bien sur nous sommes les joyeux pratiquants d’un art martial. Bien sur nous devons nous appliquer à répéter sans cesse les techniques montrées par le professeur. Evidemment il s’agit de les imprimer dans notre esprit et notre corps pour pouvoir en tirer une efficacité martiale. Reste cependant que nous ne travaillons pas seuls messieurs les pratiquants.

Oui, nous cherchons l’efficacité et la pratique et l’entrainement sont, à mon sens, des kata geiko à deux (un entrainement à la forme dans le sens premier du terme) car en Aïkido on peut difficilement s’entrainer tout seul.

Il s’agit d’imprimer la forme au fur et à mesure que notre corps s’imprègne de la discipline. Cette recherche de la forme doit donc répondre aux impératifs de l’aïkido : un travail sans force. Cette recherche doit également permettre de développer une stratégie gagnant/gagnant pour tori (celui qui exécute la technique) et uke (celui qui subit la technique). En effet, si vous vous amusez à plomber vos uke parce que vous voulez « être dans l’efficacité », vous êtes le seul gagnant de l’échange et bientôt vous serez seuls car plus personne ne souhaitera travailler avec vous (et vous ne progresserez donc plus du tout). Pire, lorsque vous prendrez la place de uke, vous risquez la même sanction (et vous vous amenez tout seul à l’échec).

De même, est il vraiment nécessaire au début de la pratique de l’aïkido de bloquer son partenaire ? De l’amener à chuter d’une façon qu’il n’aime pas ou dans n’importe quelle condition ? De le bloquer d’une façon à ce qu’il ne puisse faire qu’une chute plaquée (dans un état de non confiance ou il risque la blessure ou moins pire : la frustration d’un échange vain). Toutes ces stratégies sont des stratégies vouées à l’échec et à la non progression ce qui n’est le but de personne sur le tatami.

Je ne le répète que trop mais l’Aïkido c’est la joie ! Lorsque je pratique avec un partenaire, je dois m’adapter à son contact, son niveau, à ses préférences, je dois le mettre en valeur. Lorsque je suis uke pour lui, je dois m’appliquer à lui offrir de l’intention et de la souplesse. Lorsque je suis tori, je dois m’appliquer à ce qu’il sorte bonifié de l’échange et souhaite recommencer à pratiquer avec moi une fois de plus (et encore une fois etc….).

Tout ceci ne se construit bien sur que dans une intense coopération où parfois, il faut le revendiquer : l’efficacité n’a pas toujours sa place. Ne laissons nous pas nous même une porte de sortie à nos adversaires en leur permettant la chute lors d’une projection ?

En cessant respectueusement de tordre une articulation lorsqu’un uke frappe le sol ? Si nous étions incapables de le faire et si notre pratique ne le prévoyait pas il n’y aurait pas d’entrainement, pas de progression et seulement un combat ou celui qui se blesse se déclare vaincu. Il n’y aurait pas d’aïkido dans ce postulat car ce n’est pas de l’aïkido (et même des arts martiaux plus violents comme le Daïto-Ryu ou le judo prévoit, il me semble, ces mêmes conventions dans les mêmes objectifs de progression, de coopération et de respect de l’autre).

Dans un rapport de force ou dans un rapport ou « ippan geiko » (entrainement miroir : uke et tori sont des miroirs l’un de l’autre) ne peut être respecté et où le comportement de uke n’est plus la juste conséquence du travail de tori : il n’y a plus de convergence des énergies et donc plus d’aïkido.

Evidemment, ces erreurs et forfanteries ne sont pas la règle et la grande majorité des novices sont respectueux de cela ou du moins, s’acharnent à se corriger (comme moi) de leurs comportements si toutefois ils pouvaient ne pas toujours respecter ces principes (parce qui sont maladroits par exemple).

Il existe malheureusement des vétérans (et des professeurs oui, il y en a) qui oublient parfois ce postulat et peuvent s’écarter de cela pour diverses mauvaises raisons ou excuses (certains vétérans/professeurs sourient ou ignorent par ânerie lorsqu’un uke frappe le sol et qu’un tori continue à lui faire violence, certains cadets ou vétérans/professeurs veulent être dans l’efficacité avant tout « parce qu’on est pas des gonzesses », certains vétérans/professeurs pensent que c’est la tradition de se faire violence et que la blessure est normale, certains vétérans/professeurs aiment penser que l’aïkido découlant du daïto ryu, il faut faire comme cela même si cela n’a rien à voir avec le daïto ryu….).

Ceci est plus préoccupant mais responsabilise aussi le Kohaï et doit le rendre moins bête. Débutants ! J’ai toujours dit que nous étions libres (je dois être le perroquet de Philippe Gouttard senseï, le pauvre). Vous avez donc le droit de ressortir bonifié de chacun de vos échanges avec d’autres débutants mais aussi avec le professeur ou d’autres sempaïs (élèves cadets). A vous de leur rappeler gentiment ou de trouver un partenaire qui le fera. L’efficacité s’apprend dans le respect du corps : le sien et celui de son adversaire sinon nous ne sommes plus dans l’apprentissage.

Pour conclure, je pourrais vous parler de l’article sur l’étiquette à l’aïkido Yoshinkan (source : aikido-yoshinkan-fance.fr) qui mentionne explicitement (bien que ce style d’aïkido très intéressant de Shioda senseï soit réputé assez « dur », oui, oui) : Faire attention et sentir les limites du partenaire afin de ne pas le blesser. Cependant, je préfère vous quitter surtout avec les sages paroles du regretté Maître Tamura Nobuyoshi shihan qui servirait à elle seule d’excellent résumé à cette diatribe : « Le budo n’est pas la voie de destruction de l’adversaire. C’est une voie qui va au-delà de la victoire ou de la défaite. C’est une voie de purification. »

La persévérance du Uke (par Aiki-kohaï)

La persévérance du Uke (par Aiki-kohaï)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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