Le petit Monde de l’aïkido (1ière partie : L’organisation)

Publié le 14 Avril 2014

On a toujours l’impression en lisant des articles sur l’aïkido dans les magasines spécialisés, sur le net ou encore dans les nouvelles de nos fédérations respectives que certains termes utilisés par les praticiens vont de soit. Il n’est rien de moins juste que cette affirmation !

Un débutant qui débarque sur le tatami va commencer à entendre des termes techniques pour parler des saisies, des projections, des frappes, de l’esprit qu’il faut avoir, de l’attitude ou que sais-je encore. Cette répétition de charabia va dans les premiers temps atteindre un tel degré d’intensité qu’il va souvent en avoir la nausée et mélanger les notions plus abstraites avec des éléments de langage concrets. Même si beaucoup de sempaïs (vétérans) et de professeurs font souvent l’effort d’introduire progressivement des concepts et des mots japonais dans leurs cours, il faut bien savoir qu’une connaissance rudimentaire s’impose souvent à la fois pour progresser mais également pour acquérir une meilleure compréhension globale ainsi qu’une culture générale (nécessaire au développement du pratiquant qui souhaite passer des grades officiels et on sait qu’ils sont nombreux).

Je pourrais me contenter d’un petit lexique pratique mais je pense que certains termes méritent plus qu’une simple définition basique. Ca permettra aussi aux kōhaïs (novice) les plus studieux de se doter de bonnes bases (et même avoir un peu la classe dans des discussions de vestiaire entre novices bien que cela ne soit pas le but recherché).

Je pense également qu’il faut séparer les termes organisationnels des termes techniques (que nous verrons dans une seconde partie) ce qu’un simple lexique tout con ne ferait sans doute pas :

O-Sensei/Le fondateur/Moriheï Ueshiba : Le fondateur et créateur de notre discipline, l’aïkido. C’est lui que vous trouverez en photo sur « le mur d’honneur » (le kamiza) avec parfois des calligraphies et/ou des offrandes diverses. Si vous ne le connaissez pas encore, c’est que vous êtes un authentique novice. Je vous conseille d’aller voir la petite biographie que j’ai réalisé sur ce même blog et/ou d’aller sur le net ou dans une bonne librairie afin d’en savoir plus (ma propre bibliographie peu aussi aider). Il représente la plus haute autorité dans notre art martial. A son décès, cette autorité « suprême » est placée entre les mains du Doshu (le gardien de la voie), qui sont jusqu’à ce jour les descendants du fondateur lui-même (Morihei est donc reconnu comme le 1ier Doshu).

Kisshomaru Ueshiba/Le second Doshu : Le fils du fondateur. Si on doit la création de l’aïkido à son père, Kisshomaru est bien le créateur de l’aïkido en tant qu’organisation mondiale. Son peut dire également que c’est lui qui « codifia » l’aïkido d’une façon officielle (Moriheï est bien l’inventeur mais il ne structura jamais complètement sa pensée et se contenta de la transmettre à ses disciples et à son fils). Pour cette dernière raison, on raconte souvent que Kisshomaru est décrié par d’autres nombreux disciples directs du fondateur pensant détenir la vérité sur le juste aïkido (cette allégation est vraie et fausse à la fois car Kisshomaru semblait historiquement disposer d’autant de partisans que d’opposants encore à ce jour). En réalité, étant donné que le fondateur n’a jamais cessé de faire évoluer sa discipline jusqu’à son décès, bien présomptueux est celui qui pense détenir LE bon aïkido en comparaison de tous les autres. Ce qu’on peut établir toutefois comme fait historiquement avéré, c’est que le fondateur semblait tout à fait disposé à laisser son héritage entre les mains de son propre fils (je doute donc qu’il désapprouvait son approche de la discipline). Kisshomaru est également le fondateur de la fondation aïkikaï qui est encore aujourd’hui THE principal QG de l’aïkido dans le monde. Je pense humblement à titre personnel que sa tâche fut ardue et qu’on lui doit beaucoup plus qu’il ne semble.

Moriteru Ueshiba/Le troisième Doshu : Le petit fils du fondateur et actuel Doshu de l’aïkido. Si Moriheï est l’inventeur, si Kisshomaru est l’organisateur, alors Moriteru est sans doute le communiquant. Dans la droite ligne de son père ou presque, c’est grâce à lui que l’aïkido continue de se répandre tant par les nombreux stages internationaux que Moriteru effectue tous les ans, que par la reconnaissance du travail accomplit à l’étranger par de nombreux experts. Moriteru est présent sur le net, dans les journaux et télévisions du monde entier, mais il est également l’auteur de livres techniques de l’aïkido « officiel » et cet effort de vulgarisation est à mon sens un pas énorme pour faire connaître et reconnaître partout notre discipline (bien évidemment son père lui avait déjà emboité le pas sur ce chemin de la communication).

L’Aïkikaï : La fondation Aïkikaï est une organisation créée par Kisshomaru Ueshiba en 1940. Elle a pour but initial de promouvoir l’aïkido au japon et dans le reste du monde. Le siège de l’aïkikaï se nomme le Hombu Dojo et se trouve à Tokyo dans le quartier de wakamatsu-cho. Il a été construit sur le site originel de l’un des anciens Dojo du fondateur appelé le Kobukan (ou « dojo de l’enfer » comme l’avait surnommé ses contemporains). L’Aïkikaï est dirigé par le Doshu (le gardien de la voie) ainsi qu’un conseil d’anciens. Plus qu’un simple quartier général de l’aïkido dans le monde, l’aïkikaï est souvent mentionné par les pratiquants dans un dojo comme un style particulier de pratique. Le style Aïkikaï est le style d’aïkido le plus usité aujourd’hui car il résulte à la fois du travail de codification de Kisshomaru Ueshiba ainsi que d’une volonté de simplification et d’adaptabilité. Le style aïkikaï est à mon sens la base pour le débutant, le costume pour paraphraser Olivier Gaurin, dans lequel pourra se glisser tout pratiquant d’aïkido afin d’ensuite pouvoir pratiquer son propre aïkido ou le faire évoluer dans le sens d’autres styles ou d’autres pratiques. Certains puristes peuvent y voir cependant une trop grande simplification ou vulgarisation de la discipline au détriment de certaines qualités comme l’efficacité (parfois absente) ou bien le travail aux armes (qu’on ne pratique pas au Hombu Dojo).

Les Disciples d’O-senseï/Maîtres de la 1ière génération : Dans la pyramide organisationnelle de l’aïkido ils interviennent à mon sens à un niveau inférieur à celui du fondateur puis du Doshu bien que certains soient des élèves directs du fondateur de l’aïkido depuis aussi longtemps (voire parfois plus) que Kisshomaru Ueshiba. On ne notera bien sur que les élèves notables à mon sens (car le nombre d’élève d’un maître aussi illustre qu’O-senseï est légion et il est évident que les citer tous deviendrait un vrai casse-tête) et on peut déjà, pour mieux faire comprendre aux néophytes, séparer ces élèves en deux groupes distincts : Celui des débuts de l’aïkido jusqu’à 1942 et la seconde guerre mondiale (1925-1942) puis celui du retrait du fondateur après la seconde guerre avec la création de l’aïkikaï jusqu’en 1969 (1942-1969). Pourquoi faire cette séparation ? Parce que le style du fondateur a été constamment en évolution et pour simplifier on peut dire que son aïkido avant la guerre était bien différent de celui d’après guerre. On notera enfin pour les deux groupes que rares sont les disciples qui ont pu bénéficier d’un enseignement continu du fondateur qui se déplaçait sans cesse dans tout le japon et au-delà.

-Les disciples d’O-sensei d’avant guerre (1925-1942) : Je citerais de façon notable son propre fils Kisshomaru (pour son apport vital au développement de la pratique de son père), mais également Minoru Mochizuki (à l’origine avec son fils du Yoseikan Budo, un mélange en substance entre le karaté et l’aïkido), Kenji Tomiki (à l’origine du style dit Shodokan qui pratique la compétition), Koichi Tohei (pour son apport technique fondamental au style aïkikaï et à son développement puis parce qu’il est à l’origine du style d’aïkido dit « Ki-Aïkido » et de l’école Ki no kenkyukaï) Gozo Shioda (à l’origine du style d’aïkido dit Yoshinkan, école d’aïkido réputée plus « dure »), et Sunadomari Kanshu (à l’origine du Manseïkan Aïkido).

-Les disciples d’O-sensei d’après guerre (1942-1969) : Je citerais de façon notable Tadashi Abe (pour son apport technique à l’aïkido européen), Morihiro Saïto (à l’origine du style d’aïkido dit Ywama réputé plus rude et axé sur le travail aux armes), Seigo Yamaguchi (pour son apport technique à l’aïkido mondial et notamment en France, parce qu’il incarne à mon sens techniquement le « style aïkikaï ») , Michio Hikitsuchi (pour sa fidélité au fondateur qui lui transmit l’enseignement du Bo style Masakatsu et du sabre style Choshokubaï, pour son engagement à la diffusion de l’aïkido dans le monde et notamment en France), Shoji Nishio (pour son travail aux armes et parce qu’il est le père du Iaïdo moderne et fondateur de l’aïki toho iaïdo), Nobuyoshi Tamura (pour son apport technique dit « classique » et la diffusion mondiale de l’aïkido, parce qu’il fut le chef de file d’une des fédérations française), Masamichi Noro (parce qu’il est à l’origine du Kinomichi, un aïkido à mon humble sens plus axé sur l’esthétique du déplacement et du mouvement qu’un néophyte qualifierait de « danse martiale »), André Nocquet (pour sa diffusion européenne et Française de l’aïkido, pour avoir été l’un des premiers occidentaux à travailler avec le fondateur, parce qu’il est fondateur du GHAAN) , Mitsugi Saotome (pour son travail mondial à la diffusion de l’aïkido notamment aux états unis, parce qu’il est fondateur de l’Aikido Schools of Ueshiba), Terry Dobson (pour sa diffusion de l’aïkido aux états unis et comme André Nocquet parce qu’il est l’un des premiers occidentaux à s’intéresser et à découvrir cette discipline), Seishiro ENDO (pour son travail mondial à la diffusion de l’aïkido) , Virginia Mayhew (pour sa diffusion de l’aïkido, parce qu’elle l’une des rares femmes élèves du fondateur) et Kenji Shimizu (parce qu’il est à l’origine du style d’aïkido Tendokan et de l’école d’aïkido Tendoryu au Japon et en Europe).

Tous ces disciples (précisons à nouveau que je ne cite que ceux que je connais le plus et que beaucoup d’autres mériteraient d’être cité aussi à des débutants), sont à l’origine de l’aïkido moderne et de sa diffusion dans le monde. Certains se sont éloignés de l’aïkikaï et sont eux-mêmes les parents de disciples dérivés de l’aïkido (Yoseikan Budo, Kinomichi etc…). D’autres sont restés plus fidèles à la discipline telle que pratiquée à l’aïkikaï bien que chacun possède un travail qui lui est propre et eux-mêmes des disciples qui perpétuent cette façon de voir et de faire de l’aïkido (Ywama Ryu, Yoshinkan etc…). Cela donne un étonnant et riche melting pot ou tout le monde pratique l’art du fondateur sans pour autant faire exactement la même chose et dans le même style. Je sais que certains peuvent trouver là une certaine dénaturation de l’aïkido originel (qu’ils soient partisans de l’aïkikaï ou pas) mais il est évident que l’aïkido évolue, doit évoluer et évoluera forcément au contact des pratiquants et de leur façon de voir les choses. Selon mon humble interprétation, sans dénigrer aucun et en gardant un esprit d’ouverture que j’estime fondamental, chacun trouvera en apprenant du travail de ces illustres disciples une façon de faire et d’apprécier son aïkido.

Les fédérations : C’est LE terme que le débutant moyen est totalement capable de saisir, comprendre et d’imaginer dans toute sa complexité car il renvoie forcément vers l’image que nous avons des fédérations sportives (le foot, le basket, le rugby, le judo etc…). Deux choses vont sans doute surprendre le kōhaï moyen : Premièrement il n’y a pas de compétition en aïkido mais il y a quand même des fédérations (avouez le, chaque novice à cette question qui lui passe un jour par la tête). Deuxièmement, il y a plusieurs fédérations d’aïkido en France (deux en l’occurrence bien qu’il existe de nombreux sous groupes et affiliations) et il semble parfois qu’au détour d’un vestiaire on comprenne que ces fédérations ne sont pas en bon termes (vous trouverez tout ce qu’il vous faut sur le sujet sur de nombreux sites d’aïkidokas comme Léo Tamaki qui en parlent bien mieux que moi et connaissent le sujet).

Pour répondre simplement à ces deux questions afin que n’importe qui comprenne et sans rentrer dans les querelles de clocher il suffit de préciser pour la France que la loi française impose un fonctionnement par fédération (de même qu’elle impose un grade d’état, c'est-à-dire que les grades en aïkido ne soient reconnus que s’ils sont sanctionnés par un diplôme que l’état reconnait). Pour la France mais aussi pour le reste du monde la structure fédérale est également un moyen (le meilleur, cela se discute), sans rentrer dans les polémiques sur le bien fondé d’une fédération ou pas, de permettre la diffusion et l’enseignement de la discipline en restant accessible à tous et de qualité. Même dans son aspect non compétitif, l’aïkido et l’aïkidoka a évidemment besoin de repères facilement identifiables et d’une structure permettant son développement.

Cela hérisse peut être certains mais l’aïkido doit pour vivre « se vendre » comme un sport même si beaucoup rejette cet aspect sportif ou même l’appellation sport parce qu’il impliquerait un aspect compétitif. Le fait que, pour la France, plusieurs fédés existent et n’arrivent pas à se mettre d’accord sur certains aspects ne doit pas faire peur aux nouveaux : les bases de l’aïkido dans leur presque totalité sont souvent les mêmes et vous serez accueilli de la même façon si vous êtes de l’une ou de l’autre des fédérations ou même hors fédération (mais je suis peut être un grand naïf).

Il faut toutefois savoir l’essentiel : nos deux fédés (FFAAA et FFAB) disposent de repères techniques parfois différents mais ce n’est pas non plus un fossé irréconciliable du moins pour un novice (je n’ai personnellement jamais ressenti de différence profonde en tant que débutant même si on peut effectivement constater à moyen terme que chacune des fédés à son "style"), elles bénéficient aussi toutes les deux de professeurs reconnus et légitimes quoi qu’il en soit du fait d’un certain encadrement dans leur formation (de base et continue), et toutes les deux disposent enfin d’une organisation certes différente mais regroupée en quelque sorte sous le giron étatique Français du ministère par le biais de l’arlésienne UFA (union des fédérations d’aïkido, coquille administrative qui devait à l’origine accueillir l’union des deux fédérations). Le débutant y gagnera je pense à y adhérer quelque soit la fédération qu’il choisit. A noter cependant qu’il existe également une fédération internationale d’Aïkido dont la France fait partie et qui organise chaque année des événements. Il existe aussi des groupes et écoles fonctionnant fort bien hors du système fédéral comme l’EPA dont je ne connais pas suffisamment le fonctionnement et la pratique pour m’aventurer à émettre un jugement négatif ou positif (le monde fédéral n’est évidement pas tout et il faut s’avoir garder l’esprit ouvert).

Kamiza Aïkikaï (Source : Site P.Gouttard)

Kamiza Aïkikaï (Source : Site P.Gouttard)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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