L'Aïkido, c'est quoi ce truc ?

Publié le 11 Avril 2014

L’AIKIDO, c’est quoi ce truc ? 

Ne nous voilons pas la face, beaucoup de gens ne s’intéressent absolument pas aux arts martiaux. Et même à l’intérieur d’un public de connaisseurs, nous pourrions aisément trouver d’innocentes âmes ne sachant pas ce qu’est l’aïkido à proprement parler.

Pour remettre un peu les pendules à l’heure ; messieurs les pratiquants vétérans, jeunes et fougueux novices, vous pouvez donc fort bien vous trouver en face de quelqu’un de nombreuses fois par jour qui ne connait absolument pas O-Senseï (Morihei Ueshiba, le fondateur de la discipline), qui n’a jamais entendu parler des élèves de O-Senseï (Shoji Nishio, Minoru Mochizuki, André Nocquet, Masamichi Noro, Nobuyoshi Tamura etc…) ou encore de Christian Tissier (l’un des aïkidokas français les plus connus). Il faut d’ailleurs être clair : la majorité des gens sont totalement ignorants de l’aïkido et de l’enseignement qu’il contient.

Alors si par hasard, toi, gentil visiteur néophyte, tu passais par là, que tu as découvert ici et ailleurs les trois kanjis (aï-ki-do, voie de la convergence des énergies), que cela te parait un peu obscur et que tu te posais aussi des questions sur la nature concrète de cet art martial un peu mystérieux que ses pratiquants tentent de définir sans jamais y arriver totalement…. alors tu es tombé au bon endroit, ou du moins je l’espère. Evidemment, les autres aussi ne sont pas forcément obligés de prendre la fuite et d’esquiver en tenkan ce qui va suivre :

Pour reprendre la définition d’une certaine fédération bien connue en guise de préambule, on pourrait définir l’Aïkido comme « un art martial en forme de self-défense avec des techniques tellement particulières qu’elles permettent de préserver l’intégrité de l’adversaire. C’est le principe de non-violence qui prédomine. Obtenir le désarmement volontaire de l’agresseur est à la fois l’objectif et la méthode de l’Aïkido ».

On peut donc comprendre si l’on découvre totalement l’aïkido que :

-il s’agit d’une méthode qui ressemble à de la self défense mais qui n’en est pas vraiment.

-qu’on doit y respecter les principes de non violence avant tout et l’intégrité de son adversaire.

-que l’on doit obtenir de l’agresseur de se désarmer volontairement grâce à cela.

Evidemment, pour un pratiquant de l’aïkido, même dilettante, cette définition peut sonner tout à fait juste à l’esprit. Ce qu’un novice peut en revanche y comprendre peut parfois largement différer et c’est pour cela qu’en bon kōhaï, j’espère apporter quelques éclaircissements et désamorcer de nombreux poncifs pour mes pairs.

Un art martial oui, mais qui ne transforme pas en Texas ranger :

Premièrement, je suis heureux d’affirmer que non, l’aïkido n’est pas dédié à péter les dents de son adversaire ou à devenir le prochain Chuck Norris (bien que Steven Seagal soit un aïkidoka reconnu et réputé). D’ailleurs, on ne parle généralement pas d’adversaire en aïkido mais de partenaire (nous y reviendrons sans doute un de ces jours).

Pourtant, il est évident que l’aïkido est un budo, un art martial. Art de synthèse des koryu (anciennes écoles d’arts martiaux japonais) et plus particulièrement du Daïto-Ryu du clan Takeda (que le fondateur appris de Sokaku Takeda dont il fut l’élève) destiné originellement à terrasser ou tuer ses opposants dans un contexte d’affrontements guerriers, il est évident qu’un utilisateur expert de l’aïkido saurait (s’il le souhaitait) en tirer une potentielle violence. L’aïkido possède donc une efficacité martiale et dispose d’une capacité de self-défense certaine.

Comme le mentionne Christophe Marchal dans son excellent blog, « l'Aïkido porte donc l'appellation art martial et les personnes qui s'y intéressent sans rien y connaître s'attendent à certaines choses qui relèvent du combat. ». Tout débutant venant à l’aïkido peut être rassuré sur ce point, il s’agit donc bien d’un art martial doté d’une composante martiale intrinsèque et historique. Vos propres capacités martiales en la matière seront renforcées en apprenant. En revanche, il est très important de préciser à ce stade au kōhaï qu’il arrêtera très rapidement l’aïkido s’il pense y chercher une méthode pour se battre dans la rue ou encore une façon d’être le héros de son quartier (il arrêtera d’ailleurs beaucoup d’arts martiaux plus percussifs). De même, un sportif cherchant un adversaire ou encore la compétition ne trouvera pas dans l’aïkido quelque chose qui convienne.

Pourquoi donc me direz-vous un art martial potentiellement violent dégouterait les esprits avides de combat et de compétition ?

Parce qu’il n’y a pas de compétition en aïkido (pas de médaille, pas de podium avec des vaincus et un vainqueur). Parce que la finalité de l’aïkido n’est pas de se battre, mais d’arrêter de se battre. Si l’on y apprend effectivement des techniques qui peuvent avoir une capacité martiale, il n’est pas uniquement question de cela et la finalité est justement d’utiliser cette capacité martiale pour arrêter la violence, pour la désamorcer, pour l’absorber et remettre les compteurs de l’agressivité à zéro d’une manière ou d’une autre. Le travail sur le tatami de aïte ou uke (celui qui attaque puis subit la technique de son partenaire) et tori (celui qui exécute la technique) ne peut se concevoir que dans un partenariat équitable (et donc sans compétition) afin de placer chaque aïkidoka dans un état d’esprit non violent qu’il sera à même de répercuter par la suite. L’aïkido est donc un art martial certes, avec une potentialité de violence certes (bien que beaucoup d’aïkidokas refusent catégoriquement de l’assumer), mais il n’est pas destiné au combat dit « réel » avant tout de par sa nature actuelle et ses objectifs (qu’on trouve cela dommage ou pas d’ailleurs). Sans cette prise en compte, le kōhaï va au devant de la déception. Avec cette prise en compte, le kōhaï peut envisager sa pratique sereinement, quitte à la compléter.

Respecter l’intégrité de l’autre ne veut pas dire qu’on lui sert le thé sur un pas de danse

Deuxièmement, la non-violence est poussée à un degré suffisant en aïkido pour que l’on parle de respecter l’intégrité de son adversaire (adversaire potentiel à l’extérieur, puisqu’en pratiquant l’aïkido sur un tatami vous ne trouverez que des partenaires comme je l’ai déjà évoqué) mais l’aïkido n’est pas non plus « une sorte de danse ritualisée» comme je l’entends souvent où le contexte martial est alors dénué de tout sens. Comment, demande régulièrement les kōhaïs, peut on respecter l’intégrité de son adversaire et le principe de la non violence si l’aïkido est bien un art martial et si je dois utiliser sur uke (le partenaire qui subirait la technique) des projections, des atémis ou des immobilisations ?

A ce genre de raisonnement je répondrais ce que j’ai appris : votre travail doit suivre la même logique éthique qu’un gardien de la paix ou de prison. Vous n’êtes pas là pour répondre à la violence mais pour la stopper, pour l’arrêter. Même si ces contextes sont évidemment très différents de la pratique martiale, la déontologie est à mon sens exactement la même : il s’agit de résoudre un conflit et de mettre un terme à la violence en tentant au maximum d’éviter à son opposant une atteinte à son intégrité. D’où l’utilisation principale de la force de l’adversaire et non de la nôtre, du déplacement, de la projection et de l’immobilisation (l’atémi étant là à mon sens comme un guide, un rappel permanent du fait qu’on ne danse pas, qu’on peut faire mal et qu’on sait où et à quel moment le faire d’où l’importance de ce travail).

Evidemment, une blessure peut arriver dans cette logique (même sur un tatami) mais il est primordial qu’un kōhaï comprenne l’intérêt du choix de ne pas user de la martialité plus qu’il n’est nécessaire pour terminer son échange avec son partenaire voire avec un adversaire potentiel. A fortiori, dans un dojo, nous sommes là pour travailler ensemble à cette logique et pas pour nous taper dessus. Mais que ce soit dans un cours ou à l’extérieur cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas le faire, juste qu’on a fait le choix de ne pas en arriver là. Nous ne sommes pas des ballerines.

L’aïkido n’apprend pas la technique secrète du regard qui tue à distance

Troisièmement, et peut être le plus difficile, comment dans le cadre de la découverte de l’aïkido peut on comprendre que notre art martial parvient à obtenir d’un agresseur de se désarmer volontairement si (on va voir si vous suivez toujours) vous devez respecter son intégrité au maximum et que l’on nous enseigne pas à se battre dans une logique d’efficacité ? Alors ? On sèche ?

Le néophyte un peu idiot pourrait même penser à un péché d’orgueil. Est-ce que l’on pense être, en tant qu’aïkidoka possédant notre méthode, tellement fort, impressionnant et rayonnant de notre propre force que les adversaires se couchent seuls au sol et réclament merci ?

Pour apporter de la lisibilité et de la clarté à un débutant j’expliquerais cette histoire de désarmement volontaire avec des mots simples. Il s’agit juste d’expliquer ceci dans un autre contexte: si votre adversaire ne peut pas vous atteindre et vous blesser alors il abandonne et renonce de lui même. Tout comme sur le tatami si votre partenaire vous assène sa force et que vous absorbez celle-ci, il finira par abandonner l’idée d’utiliser la force. Cela ne veut donc pas dire qu’un aïkidoka est capable de paralyser son adversaire d’un simple regard. Cela ne veut pas dire non plus que vous deviendrez comme les maîtres de légendes capables selon les mythes de stopper un combat par leur seul présence ou leur volonté. Cela se traduit simplement par le fait qu’on donne aux aïkidokas une méthode qui arrêtera le cercle de la violence sans en rajouter.

Ma synthèse

En résumé, comment définir et « vendre » notre pratique à des débutants qui tentent de découvrir l’aïkido sans se prendre trop la tête (et sur cette dernière synthèse je m’inspirerais aussi du langage d’un de mes clubs pour être sur de viser juste) :

  • Il s’agit d’un art martial qui possède de grandes capacités de self défense.
  • Son efficacité ne repose pas sur l’usage de la force mais sur les déplacements, l’engagement des hanches, la souplesse, le placement et le relâchement musculaire.

L’aïkido est l’un des rares arts martiaux permettant d’arrêter la violence tout en respectant l’intégrité.

Gouttard Sensei (Kokyu-Ho)
Gouttard Sensei (Kokyu-Ho)

Gouttard Sensei (Kokyu-Ho)

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Pratique de l'Aïkido

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Commenter cet article

essaisautos 11/04/2016 20:51

Pratiquant l'Aïkido, il faut préciser que cet art martial ne demande pas d'être un athlète fort et musclé. Loin de là... Cet art martial privilégie la souplesse et associe des techniques qui permettent de venir à bout d'adversaires plus grands et plus forts. Certaines techniques demandent pas mal de pratique pour être efficaces et pleinement réalisables...

nabet 28/07/2015 10:28

et pourquoi steven seagal dans ses films casse les bras et ensanglante le visage de ses adversaires a cote bruce lee dans ses films c'etait un gamin pourtant j'aime bien seagal

Aïki-Kohaï 29/07/2015 11:24

Bonjour Nabet,

Pourquoi Steven Seagal pète des bras dans ses films au lieu de faire de l'Aïkido ? Parce que c'est un acteur de cinéma d'action lorsqu'il joue des films d'action comme Terrain Miné et Piège en Haute Mer. Il n'est pas là pour enseigner l'Aïkido mais bien pour jouer son rôle (sauve la belle>>>tue le méchant).

Ainsi l'expérience de l'Aïkido de Steven vire souvent dans ses films en mode baston de bar. Ce que l'on peut observer sur ses vidéos et démonstration d'Aïkido et dans Terrain Miné ou Piège en Haute Mer est souvent différent et c'est bien normal pour les raisons que je vous évoquais.

Le reste n'enlève rien à ses performances physiques ni à ses compétences martiales (il faut dire qu'il fut officiellement shérif dans sa jeunesse et qu'il est un 7e dan reconnu).

Cdt,

Eliya 28/04/2014 20:55

Sur la fin de sa vie, Miyamoto Musachi, le plus grand samouraï de tous les temps, et l'un des plus importants auteurs de la culture Japonaise avec son "Traité des 5 roues" (ou anneaux), est revenu sur sa vie de violence.

Après son dernier grand duel, contre le jeune et surdoué Sasaki Ganryû, il en vint à regretter d'avoir tué ce dernier, et il se tourna vers un enseignement et un style de combat qui visait a épargner une mort inutile. Vers la fin de sa vie, il se battait le plus souvent avec un simple morceau de bois avec lequel il parait et esquivait son adversaire jusqu'à son épuisement et son abandon.

L'Aîkido est probablement l'aboutissement ultime de cet état d'esprit, qui inverse les polarités habituelles des autres arts martiaux. La recherche de l'efficacité propre aux arts martiaux est modérée de l'expurgation des gestes les plus brutaux, le pratiquant s'imposant plus de contrainte qu'à son adversaire, puisqu'il s'expose à la violence sans lutter à armes égales.

Ce qui explique que la disparition d'un adversaire a terrassé est remplacé par un autre adversaire, soi-même. L'Aïkodoka doit surmonter ses restrictions qui l'empêchent de trouver l'harmonie, d'assumer la violence de l'adversaire pour rétablir l'équilibre.

Cet équilibre passe par le fait de doser sa propre force, pour opposer une pression à l'adversaire strictement proportionnelle à celle de l'adversaire, de maîtriser son propre équilibre et points d'appuis pour obliger l'adversaire à entrer dans son mouvement. Cet équilibre passe aussi par un cheminement humain, on doit surmonter sa répulsion, sa crainte, son attirance, ses a priori, pour pratiquer avec tout le monde, les grands, les petits, les minces et les gros, les vieux et les jeunes, les hommes et les femmes; les beaux et les moches, les souples et les brutes, les sympathiques et les antipathiques, les pédants qui veulent tout vous apprendre et les silencieux qui desserrent à peine les lèvres.

On aura la rentabilité minimale en terme d'aptitudes au combat en pratiquant l'Aîkido, par rapport à des sports infiniment plus violents comme la boxe Thaï, ou le Krav Maga, mais on aura une rentabilité maximale en découverte de soi, et en compréhension de l'autre.

Il ne faut pas avoir peur de comparer l'Aïkido aux danses de salon, avec lesquelles l'AÏkido présente des analogies, et permet de trouver des sensations similaires. Il faut être sensible aux gestes et à la pression de son vis-à-vis, et trouver un terrain d'entente. Si on met trop de force, l'adversaire fuira où vous sanctionnera, s'il est plus expérimenté. Si l'on ne met pas assez de pression, l'on avance pas. Dans une danse de salon, celui qui mène doit donner une pression similaire, et les polarités échangent de l'énergie, comme en Aïkido.

Le Uké et le Tori échangent de l'énergie, puis leurs rôles.