Kinomichi, l'art de la joie

Publié le 27 Avril 2014

Takeharu Noro présentant le Kinomichi lors de la NAMT2013 (vidéo de Paris Kishinkaï)

Il y a quelques jours, j'ai fais la connaissance de Takeharu Noro (fils de Masamichi Noro, le fondateur du Kinomichi) lors d'un de ses cours où j'ai pu lui offrir mes deux bras et mon oeil de photographe en herbe.

Cela m'a donné l'idée de parler un peu de cet enseignement mystérieux qu'on appelle le kinomichi et que j'ai pu découvrir.

Alors évidemment, certains kohaï vont me dire (pour ceux qui aiment ne pas aller au fond des choses et ne regardent que cette vidéo) : que fait le Kinomichi dans la catégorie Art martial ?

Je précise donc en préambule qu'il s'agit d'un budo créé en 1979 par un maître Aïkidoka, un enseignement dans la tradition des arts martiaux et découlant directement de l'Aïkido, il est donc tout naturel que je le présente comme un art martial et non dans la catégorie danse folklorique nanmého ;

On peut traduire le Kinomichi en examinant ses idéogrammes ; le Ki (l'énergie), le no (qui veut dire de) et Michi (la voie, comme l'idéogramme do). Le Kinomichi est donc en substance "la voie de l'énergie" ou "le chemin de l'énergie". Il s'agirait donc d'un art visant à renforcer son Ki (son énergie).

Vous me direz oui, la voie du ki mais encore ?

Pour citer Noro Takeharu lui même (dans son très bon article "Budo et respect du corps" du HS.Aïkido n°3 de Dragon Magasine que je vous recommande) : "Respecter l'intégrité corporelle de l'autre c'est ouvrir une perspective sur une nouvelle forme d'échange. [...] L'accompagnement avec bienveillance met en lumière les trésors de la pratique". Je trouve à titre personnel que le Kinomichi peut se résumer dans ces phrases très simples car il s'agit à mon sens lorsqu'on le pratique d'utiliser le répertoire technique de l'Aïkido en l'épurant à un point où tout devient contact, douceur, respect de son partenaire et bienveillance sans jamais oublier la justesse et la technique du mouvement. C'est un système de restauration de soit même. Historiquement, les bases techniques du Kinomichi furent créés par Masamichi Noro après un grave accident de voiture en 1966 qui lui laissa de très lourdes séquelles. Lorsqu'on voit la suite de sa carrière d'expert, on peut estimer qu'il a démontré à lui seul que le Kinomichi était un facteur important de restauration de son physique et de son mental.

Alors effectivement, cela peut ressembler à de la danse (mais les qualités physiques et mentales d'un danseur ou d'une danseuse sont souvent exceptionnelles car il s'agit comme je ne manque jamais de le rappeler d'un sport aussi exigent voir plus qu'un art martial). Effectivement, le Kinomichi peut sembler énigmatique ou étrange. Et pourtant s'arrêter sur cela c'est oublier toutes les qualités dont bénéficient les arts internes et corporels avec un répertoire technique très lent et précis.

Je parle ici d'un art interne car un observateur extérieur à l'impression qu'il s'agit d'un art interne, comme s'il s'agissait de l'Aïkido mais en forme de Taï-chi-chuan. Et tout le monde connait les qualités indiscutables de cette discipline (que votre serviteur a pu expérimenter il y a fort longtemps) sur le corps et sur l'esprit. Je peux vous assurer d'ailleurs que la pratique du Kinomichi semble solliciter de la part de ses pratiquants leur concentration la plus totale et la souplesse et l'harmonisation de toutes les parties de leurs corps exactement comme s'il s'agissait de l'Aïkido.

Le Kinomichi utilise un répertoire technique important à mains nues mais également avec les armes de l'Aïkido (Jo, Bokuto, tanto) ou même Iaïto ou tessen. Les techniques se font debout (tachi waza) mais aussi à genoux (suwari waza), avec un ou plusieurs partenaires. L'apprentissage s'y fait par niveau (ou initiation). Il y a 7 initiations progressives puis des initiations avancées. Les pratiquants les plus avancés sont dits dans l'étape du Kishindo (et je me garderais bien de vous expliquer ce que je ne maitrise pas mais je ne manquerais pas d'interroger Takeharu à ce sujet).

Les techniques de base que j'ai pu observer humblement sont soit de terre (et tendent alors vers le sol), soit de ciel (et tendent alors vers le ciel) en un spectaculaire étirement du corps en spirale où la coordination est totale. C'est très impressionnant et esthétique mais ce n'est pas ce qui m'a frappé dans le Kinomichi avant tout. Je dois dire que j'ai été stupéfié par l'état d'allégresse de ses pratiquants lorsque je l'ai vu. Le cours comptait jeunes, moins jeunes, enfants et tous s'exerçaient dans une joie que j'aimerais voir souvent dans la pratique de l'Aîkido et qui conditionne ma pratique à titre personnel.

La joie qui se dégage du Kinomichi est identique à celle qu'on trouvait sur les vidéos du regretté Noro Masamichi et elle est identique à celle que j'ai trouvé sur le visage de Takeharu. Tous les pratiquants de budo devraient en prendre de la graine et particulièrement l'aïkido où le fondateur insistait sur le principe de la joie dans la pratique.

Cette joie absente si souvent dans l'Aïki traditionnel, je suis heureux de la voir perpétuer par le Kinomichi. Et je vous invite vivement à découvrir sa pratique et à vous initier.

Avec le sourire !

 

 

 

Rédigé par Aïki-Kohaï

Publié dans #Arts martiaux

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